13/09/2016

Les images et la voix de Marc Riboud

«La fille à la fleur»,  image saisie à Washington en 1967, lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam, c’est lui. Le vertigineux «Zazou, le peintre de la tour Eiffel» de 1953, c’était déjà lui.

Le photographe Marc Riboud est mort à Paris dans les derniers jours d’août, à l’âge de 93 ans. Pour l’agence Magnum, il parcourut la Chine de Mao, il fut le dernier photographe occidental à ramener des images de Hô Chi Minh. Il a couvert le procès de Klaus Barbie, la révolution iranienne de 1979, l’enterrement de Nehru. C’est pourtant une photographie qu’il n’a pas prise qui lui vaut une place à part dans l’histoire du photoreportage.

Au Bengladesh, Marc Riboud refuse de photographier un massacre d’opposants à l’indépendance. Les images d’autres photographes présents sur les lieux feront le tour du monde. Elles vaudront au jeune Michel Laurent un prix Pulitzer.

Dans son livre Profession photoreporter, le journaliste Michel Guerrin explique. La capitulation des troupes pakistanaises devant les troupes indiennes, appuyées par des maquisards bengalis, donne le 16 décembre 1971 naissance au nouvel Etat. Le lendemain, la résistance organise un grand rassemblement au stade de Dacca. Liesse de la libération, mais aussi fureur de l’épuration: des partisans du maintien dans le Pakistan sont sauvagement embrochés.

Riboud raconte: «J’ai vu les baïonnettes pénétrer les corps et le sang couler. Les malheureux hurlaient. Impossible de photographier. Une guerre, c’est rien à côté.» Avec l’une de ses collègues, il part à la recherche d’un officier indien pour arrêter le massacre. Il ne trouve personne. Il revient sur les lieux et voit des enfants pisser sur les cadavres. «J’ai dégueulé.»

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23/08/2016

Trump: c'est la faute aux médias!

A la mi-août, Donald Trump envoie une salve de messages sur son compte Twitter. Il dénonce l’action des médias. Coupables à ses yeux de la baisse des intentions de vote en sa faveur. Et d’une «protection» dont jouirait à ses yeux la candidate démocrate Hillary Clinton.

Il semble que cette brusque éruption soit provoquée par une enquête du New York Times, publiée la veille. L’article évoque les interrogations d’une équipe de soutien sur la capacité du candidat républicain à hausser son niveau.

Au même moment, un éditorial du Wall Street Journal suggère qu’à défaut de professionnaliser sa campagne dans les plus brefs délais, Donald Trump serait bien inspiré de se retirer au profit de son colistier Mike Pence. Depuis lors, son équipe tente tant bien que mal de corriger le tir.

Avant l’élection primaire, le magnat de l’immobilier s’en est déjà pris plus d’une fois à la presse: attaque contre une journaliste de Fox News, chaîne de télévision pourtant peu suspecte d’antipathie envers son parti; menace de suspension de l’accréditation du New York Times, permettant aux journalistes du quotidien de suivre sa campagne; mise au ban du Washington Post, en raison d’articles critiques; altercation avec la presse au sujet d’une promesse de dons, non suivie, à des anciens combattants; jusqu’à l’évocation d’une modification de la loi, afin de rendre plus faciles les actions en justice contre les entreprises d’information.

Le nouveau médiateur du New York Times, Jim Rutenberg, n’a pas attendu le dernier éclat du milliardaire pour signaler les dommages  collatéraux causés par cette candidature sur les pratiques journalistiques. «Trump teste les normes de l’objectivité en journalisme», affirme le titre de sa chronique parue le 8 août dans le quotidien.

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25/07/2016

Rencontres d'Arles: Rien que du ciel bleu

De toutes les expositions présentées aux Rencontres de la photographie, cet été à Arles, Nothing but Blue Skies ne compte pas parmi celles qui ont retenu l’attention la plus vive des médias. C’est un peu paradoxal, puisqu’elle parle d’eux. Cela s’explique pourtant. Par la thématique: l’attaque contre les tours jumelles de New York, le 11 septembre 2001, a déjà fait l’objet d’innombrables traitements. Par la place laissée à l’image photographique: elle n’est pas ici support d’un sujet, elle est le sujet lui-même, traité en surplomb par plusieurs artistes contemporains.

Cette relecture n'est pourtant pas superflue. Elle est une étape à ne pas manquer dans le stimulant parcours des Rencontres. Elle incite le visiteur à s’interroger sur la relation entre l’événement, son image médiatique et sa propre perception de la réalité. La multiplication d’actes terroristes la rend plus nécessaire que jamais. Que nous disent les images, de quelles réalités parlent-elles, de quels mots sont-elles accompagnées?

Le titre de l’exposition présentée au Capitole reprend celui d’une ancienne chanson d’Irving Berlin, qui parle d’un beau jour de ciel bleu. Le même que découvraient les Newyorkais le matin d’un certain 11 septembre.

Elle s’ouvre sur une salle tapissée de premières pages de quotidiens du monde entier, conçue par Hans-Peter Feldmann. La confrontation est passionnante. Les tours en flammes sous l’impact des avions dominent, reprenant les images diffusées en boucle par les chaînes de télévision. Par leur grosseur, par leur sens, les titres en infléchissent la perception. Contrairement à l’idée reçue, l’image ne parle pas d’elle-même. Ici, on évoque l’apocalypse. Là, on porte sur des nuages de cendre et de poussière ces simples indications: «10 h 02 le matin 11 septembre 2001» (10.02 am September 11 2001).

Il est vrai que le Times n’a pas choisi l’image la plus convenue. Contrairement à d’autres «Unes», que le temps a banalisées, celle du quotidien londonien, dont l’atmosphère n’est pas sans rappeler Turner, conserve une grande force symbolique.

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11/07/2016

Accidents mortels et commentaires déplacés

Une lectrice de Monthey se dit outrée par la publication de commentaires envoyés par des internautes à la suite d’accidents mortels. Elle prend pour exemple récent la mort d’une jeune fille sur un passage protégé à Vevey, dans les premiers jours de juillet.
Un certain nombre de réactions parvenues sur le site du Matin mettent en cause, en effet, l’un ou l’autre des protagonistes, alors que les circonstances de l’accident ne sont pas encore établies et sans égard pour leurs proches.
L’information du Matin s’illustre pourtant par la plus grande sobriété. Le journal, dans sa version papier comme sur le Web, observe les normes déontologiques. Celles-ci recommandent de peser avec soin le droit du public à être informé et les intérêts des victimes et des personnes concernées.
Des quelque soixante commentaires figurant en ligne deux jours après l’accident, quelques-uns sont déplacés, ou même stupides. Ils ne paraissent pas dépasser pour autant les limites ordinairement admise dans le courrier des lecteurs et sur les forums. Selon une directive de la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, les lecteurs et internautes se voient accorder la liberté d’expression la plus large possible. Il faut une violation manifeste des normes de la déontologie journalistique pour qu’un commentaire soit écarté. Il appartient au modérateur d’y veiller.

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21/06/2016

Rectification et précision: mode d'emploi

Aucun journaliste ne saurait prétendre à l’infaillibilité. Dans l’exercice du métier, le risque d’erreur est permanent. Il peut être dû aux circonstances, à la complexité d’une situation, aux dérobades de certains acteurs. Il peut l’être bien entendu à des défaillances professionnelles, à un travail précipité ou bâclé. Le constat en a déjà été plus d’une fois établi sur la Page du médiateur. Il appartient dès lors au journaliste de corriger ses erreurs aussitôt qu’il en a connaissance. Un journalisme de qualité se signale par la faculté de reconnaître les manques et de rétablir sans attendre la vérité des faits.

Ce qui s’applique au journaliste s’étend à son organisation. Les médias ne sont pas moins concernés. La frontière est souvent floue entre les fautes des journalistes, qui sont individuelles, et les défauts des médias, qui sont collectifs et structurels: vulnérabilité aux pressions du milieu social et économique, soumission aux lois de la concurrence, incitation à accélérer la circulation de l’information. Les médias sont aujourd’hui confrontés à l’exigence indépassable d’immédiateté, qui appartient à l’ADN de l’internet et des réseaux sociaux.

Votre médiateur est régulièrement saisi de réclamations portant sur la relation des faits. Les plaintes ne dénoncent pas forcément des erreurs. Elles signalent aussi des imprécisions. Le traitement en est distinct.

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06/06/2016

Proche-Orient: victimes ou agresseurs?

Quelle réponse apporter aux lecteurs qui se plaignent de déformations systématiques dans la relation des faits? Et le plus souvent les dénoncent comme délibérées?

«This is the column I never wanted to write»: voici la chronique que je n’ai jamais voulu écrire. C’est par ces mots que la médiatrice (public editor) du New York Times, Magaret Sullivan, commençait l’une de ses dernières chroniques de l’année 2014. Elle revenait sur l’été sanglant dans la région de Gaza. Elle traitait, inévitablement, des reproches adressés à la rédaction du Times de manquer d’impartialité dans ce conflit.

La lecture de sa chronique apportait de nombreuses confirmations quant à la difficulté à convaincre de la bonne foi d’une rédaction des lecteurs qui se sont fait une fois pour toute leur opinion. Il n’est pas aisé de plaider le respect des règles professionnelles par les journalistes et leur recherche de l’impartialité dans la couverture de situations gangrénées par la propagande.

Votre médiateur ne pouvait manquer de se reconnaître alors dans les embarras de son homologue newyorkaise. Au cours du même été 2014, il a été confronté à des réactions analogues, sous forme de lettres de lecteurs, de commentaires en ligne sur le Web ou de messages personnels.

Depuis lors, les choses n’ont guère changé. Le médiateur (readers’ editor) du quotidien britannique The Guardian, Chris Elliott, fait état de semblables accusations. Le conflit entre Israël et la Palestine appartient aux sujets qui provoquent le plus grand nombre de réclamations. Elliott relève que la plupart des plaintes émanent de partisans d’Israël, qu’il s’agisse de personnes privées, de groupes de pression ou des services de l’ambassade d’Israël à Londres.

Il signale cependant un changement significatif. Depuis la multiplication des agressions contre des sujets israéliens, commises par des Palestiniens utilisant des couteaux, des armes à feu ou des véhicules, ce sont pas les articles qui font l’objet principal de critiques, mais leurs titres. Selon un attaché de presse de l’ambassade d’Israël, les titres opèrent un renversement systématique: l’agresseur est présenté comme une victime.

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18/05/2016

Les vagues médiatiques des "Panama Papers"

La divulgation de données en provenance du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca commence début avril. Elle concerne des comptes offshore, placés donc sous la juridiction d’un Etat qui n’est pas le pays de résidence des détenteurs des fonds. L’affaire est d’une ampleur exceptionnelle, onze millions et demi de fichiers. Elle est passée dans l’actualité sous l’appellation de «Panama Papers».

A l’origine, une source anonyme transmet les données de Mossack Fonseca à la Süddeutsche Zeitung, quotidien réputé pour le sérieux de ses enquêtes. Selon ses dires, le lanceur d’alerte a essuyé auparavant le refus d’autres organisations médiatiques. Le journal allemand voit mal comment venir à bout d’une telle masse. Il fait appel à une organisation de journalistes préconisant la collaboration par-dessus les frontières, basée à Washington: le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ).

Près de quatre cents professionnels, plus de cent rédactions s’attellent au décryptage des données. Les résultats sont distillés dans leurs pays respectifs, 76 au total, pendant cinq semaines. D’un territoire à l’autre, l’information se diversifie selon la qualité des protagonistes, la nature des fonds, leurs liens éventuels avec des crimes ou délits comme le trafic de drogue ou la corruption.

Les matériaux se sont accumulés pendant quarante ans. Ils ne sont pas tous également intéressants ni pertinents. Ils contiennent de nombreuses données de comptes qui ont été fermés ou qui sont devenues obsolètes. L’examen des archives de Mossack Fonseca requiert du discernement.

L’opération conduit néanmoins à la mise au jour de renseignements substantiels, actuels ou récents.

Elle présente au moins trois volets.

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02/05/2016

Drame du Grand-Pont et retour sur information

Le 8 juillet 2003, un chauffard lance sa voiture contre des passants en plein cœur de Lausanne, au moment de la pause de midi. Trois personnes sont tuées, sept autres blessées. C’est le drame du Grand-Pont, resté fameux dans la capitale vaudoise et même au-delà. L’homme qui tenait le volant de la «voiture folle» en réchappe, il est incarcéré.

L’affaire est peu commune et fait grand bruit. Trois mois plus tard, un journaliste publie dans un magazine illustré un article portant notamment sur des aspects personnels du prévenu et sa vie en détention. Les pièces utilisées appartiennent au dossier de l’instruction. Le journaliste déclare les avoir reçues anonymement.

Avec le recul, le contenu même de l’article paraît plutôt anodin. Sa publication suffit cependant à fonder une action en justice. L’enjeu est de trancher entre la liberté d’expression du journaliste et la publication de documents officiels secrets.

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18/04/2016

Commentaires sur l'internet: excès et défaillances

L’attention requise de votre médiateur au sujet de la modération des commentaires sur les sites des journaux est permanente. Elle l’a déjà conduit à se demander s’il n’y laissait pas trop de temps et d’énergie. D’autres thèmes, plus directement liés aux pratiques journalistiques et médiatiques, paraissent plus substantiels et davantage dignes de soins. Il trouve donc un réconfort certain à la lecture d’une récente chronique de l’actuel médiateur du Monde, Franck Nouchi. Il y découvre, à l’identique, l’ensemble des questions que pose depuis dix ans le développement de cette forme d’interactivité sur l’internet.

Le médiateur des titres de Tamedia n’est donc pas le seul à recevoir de nombreuses réclamations concernant la modération des commentaires. Pas le seul à faire face à des accusations de laxisme, pour ne pas dire de complicité, lorsque paraissent des propos jugés inadmissibles. Pas le seul, à l’inverse,  à devoir répondre d’une prétendue censure imposée  à certains participants aux forums de discussion. Pas le seul enfin à fournir des explications à des lecteurs critiques, qui s’interrogent sur le fonctionnement du dispositif de régulation.

Ces aspects sont régulièrement abordés dans des correspondances particulières, en réponse à des réclamations. Ils l’ont été plus d’une fois sur la Page du médiateur. Ils le sont en début d’année, depuis que les rédactions des quotidiens de Tamedia (24 heures, Tribune de Genève, Le Matin) ont choisi de confier la modération à une société française spécialisée, Netino. Ils sont alors référés aux données de l’exercice écoulé, consignées dans un rapport.

Or il se trouve que cette même société modère les commentaires des lecteurs de plusieurs titres de presse français, dont les divers supports du Monde.fr. Il existe cependant de notables différences quant au champ de la modération.

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07/04/2016

Le choc de la photo

Publier ou ne pas publier.

Hier, c’était le corps sans vie d’un petit garçon de trois ans, échoué sur une côte turque. Image bouleversante par une attitude d’innocent abandon, celle des enfants endormis.

Aujourd’hui, c’est une femme hébétée, partiellement dévêtue, après les explosions à l’aéroport bruxellois de Zaventem. Elle est en soutien-gorge, sous les lambeaux d’une veste jaune. Les bourrelets de son abdomen s’abandonnent sur la ceinture de son pantalon. Elle est privée de toute dignité, au contraire de sa voisine, tenant un téléphone portable de sa main ensanglantée. Elle n’y peut rien.

La photo de Zaventem est prise par Ketevan Kardava, une journalistes de la télévision publique géorgienne, qui se trouve sur place. Tenue pour emblématique,  elle fait le tour des médias. L’effet produit sur le public dépend comme souvent de l’emplacement de l’image, de ses dimensions, de son cadrage. La Tribune de Genève et 24 heures ont choisi de la publier en page intérieure, en format moyen, sous une autre image de détresse individuelle, plus grande mais moins chargée. Le Matin la retient pour sa page de couverture. Dans Le Monde, sa publication en deuxième page, mais en grand format, fait débat.

Le dilemme est évident. La photographie dit aussitôt l’horreur, sans en montrer les pires aspects, les corps déchiquetés, les membres arrachés. Or l’horreur doit être dite, le public a le droit de la connaître. En même temps, la brutalité de l’événement ne prive quiconque de son droit à l’image. Malgré son état, la victime peut attendre des médias un certain respect.

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17/03/2016

Cisjordanie: à l'école de la rectification

L’édition du Matin du 24 février a publié dans sa rubrique «Le monde en images» une photographie accompagnée d’une légende fautive. La même photographie et la même légende ont été reprises dans l’édition web du journal, le même jour.

Dans cette histoire, rien n’est anodin. La photographie montre une douzaine d’enfants assis sur des chaises, en plein air. Ils sont placés devant un drapeau palestinien, planté dans ce qui ressemble à la sortie au sol d’une gaine technique. Ils écoutent une jeune femme voilée au visage découvert.  Derrière eux, un peu plus loin, des constructions de fortune, genre bidonville. A l’arrière-plan, sur une crête, la silhouette d’une bourgade.

Placée sous le titre «A rude école», la légende dit ceci: «Cisjordanie. Leur salle de classe ayant disparu sous les bombes lors d’un raid de l’aviation israélienne, c’est en plein air que ces jeunes Palestiniens suivent leurs cours à Al-Azariya».

L’image est portée au crédit de l’Agence France-Presse (AFP)  et d’un photographe nommé Ahmad Gharabli.

En soi, elle interroge. Pourquoi des enfants dépourvus de tout matériel scolaire? Ils semblent réunis en vue d’une photo de classe plutôt que pour un cours. Pourquoi une institutrice sans le moindre support d’enseignement?  La destruction de l’école peut tout expliquer. Mais pourquoi la présence des couleurs palestiniennes? S’agit-il d’une « tranche de vie » en territoire cisjordanien ou d’une mise en scène de propagande?

C’est pourtant la légende qui pose le problème le plus aigu.

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03/03/2016

De quoi la schizophrénie est-elle le nom?

Maladie mentale, la schizophrénie représente pour qui en souffre un lourd handicap. Elle se caractérise par une désorganisation psychique qui se manifeste par l’ambivalence des pensées et des sentiments. Elle se traduit par une conduite paradoxale. Elle entraîne une perte de contact avec la réalité et un repli sur soi. Par ses symptômes, des crises, elle est porteuse d’inquiétude pour l’entourage familial et social.

Comme l’ensemble des maladies mentales, elle est loin d’être partout traitée dans le monde à hauteur de sa gravité, ni même reconnue. Tous les pays n’offrent pas aux malades les soins de médecins et d’établissements spécialisés. Loin de là. La schizophrénie, selon les temps et les régimes, a souvent servi de commode passeport pour des asociaux et des dissidents politiques, envoyés dans des camps ou maintenus sous régime pénitentiaire.

En quoi cette triste réalité concerne-t-elle les médias? En premier lieu au titre de leur devoir de vigilance envers les abus de pouvoir et de défense des droits de l’homme. Il ne s’en sont pas privés à l’époque du goulag. Leur attention a été plus inégale par la suite, en d’autres régions de la planète où le déni de la maladie mentale est largement partagé.

Concernés, les médias le sont aussi par l’usage du terme «schizophrénie» qui est couramment le leur. Diverses études internationales démontrent  que le discours de la presse suscite une stigmatisation de la maladie capable d’influencer les politiques de santé et les soutiens privés.  Les médias tendent par ailleurs à la banaliser en lui attribuant un sens métaphorique,  contribuant ainsi à une incompréhension.

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08/02/2016

Ils ne l'ont jamais dit!

Les médias sont friands de citations, dont l’usage dispense souvent de penser. Les actes et menaces terroristes nourrissent l’actualité? Leur habit prétendument religieux offre une fois de plus une tribune à André Malraux : « Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas ! »

On l’a entendu de la bouche d’un présentateur de journal télévisé, il y a peu. C’est clair, carré, définitif. Sans qu’il soit même utile de distinguer foi et fanatisme. Ni de s’interroger sur un zèle dont la température se mesurerait à la charge d’explosif.

Sans se demander surtout d’où vient ce propos prophétique. On pourrait toujours chercher. Malraux ne l’a jamais écrit. Il ne figure dans aucun de ses légendaires discours. L’aurait-il lâché dans un salon?

Pour en en avoir le cœur net, le journaliste Pierre Desgraupes lui posa un jour la question. Réponse de l’auteur de la Condition humaine dans le magazine Le Point (10 novembre 1975) : « Je n’ai jamais dit cela, bien entendu, car je n’en sais rien. Ce que je dis est plus incertain. Je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire. »

La réponse au terrorisme par la liberté d’expression, Charlie Hebdo et son train ? C’est ici Voltaire qui se voit convoqué. La sentence est fameuse :  « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».

Introuvable dans l’œuvre abondante de l’homme de Ferney.

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28/01/2016

Mais que fait le médiateur?

Petit coup d’œil dans le rétroviseur. L’année 2015 reste marquée par plusieurs événements tragiques et proches, liés au terrorisme. Cela ne signifie pas que le médiateur ait été plus souvent sollicité. Soit que, dans l’ensemble, la couverture journalistique de l’actualité ait été considérée comme satisfaisante et n’ait pas justifié davantage de réclamations. Soit que, d’une manière générale, le lecteur se sente d’abord concerné par des manques ou des écarts professionnels qui se rapportent son environnement le plus immédiat. Rien n’exclut par ailleurs une combinaison des deux suppositions.

Pour rappel, les activités du médiateur comportent trois aspects.

Le premier est le principal. Il est de recevoir les réclamations sur le traitement journalistique de l’actualité, ainsi que sur les relations entre les journaux et leur public (gestion des lettres de lecteurs et des commentaires sur les sites web, notamment).

Le plus souvent, le médiateur rédige une explication, d’entente avec la rédaction ou de son propre chef, et l’adresse au lecteur ou internaute mécontent. Dans les affaires litigieuses, il intervient auprès de la rédaction concernée, préconise une solution et assure un suivi auprès du plaignant.

Il arrive aussi que le médiateur soit interpellé sur les activités non journalistiques des titres: un contenu publicitaire, une distribution aux abonnés défaillante, une campagne de marketing. Il se contente alors de transmettre la réclamation au service concerné de Tamedia, la maison d’édition, dans certains cas à son service juridique. Il en informe l’auteur.

Le médiateur assure enfin des réponses plus ou moins circonstanciées à des consultations internes ou externes sur des questions de pratiques journalistiques et médiatiques.

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08/01/2016

Haro sur le politiquement correct

Le «politiquement correct» a mauvaise presse. Il est perçu comme un obstacle à la liberté d’expression. Il est donné le plus souvent comme une valeur «de gauche» face à une droite qui cultiverait son franc-parler.

L’expression est née aux Etats-Unis. Elle a commencé par définir un discours conforme à une ligne de pensée. A sa manière, le discours marxiste se devait de l’être. Le qualifier de politiquement correct revenait à reconnaître son orthodoxie, que ce soit pour l’en louer ou pour s’en moquer.

Le sens s’est infléchi au cours des années 1980. La formule s’est étendue au gré de son usage dans les campus universitaires, suivant de nouveaux champs d’études sur la condition féminine (women’s studies) ou sur la communauté noire (african-american’s studies). Son développement s’est fondé en particulier sur la dénonciation du «discours de haine» (hate speach) dont sont victimes certaines personnes ou groupes sociaux. Une dénonciation qui se retrouve aujourd’hui à propos des commentaires déposés sur les espaces de discussion ménagés sur l’internet.

Marion Rousset relit cette histoire des origines dans un excellent dossier paru dans un supplément «Culture & idées» du Monde (23 mai 2105). Elle cite le sociologue Eric Fassin : «Le mot nigger était l’un des exemples de ces discours de haine, cela a toujours été une insulte. Quand une minorité est stigmatisée, son nom finit toujours par être dévalorisé».

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