09/08/2017

Des festivals de journalisme vraiment festifs?

L’été est la saison des festivals et des rencontres. De musique, de théâtre, de photographie… Et même de journalisme. C’est plutôt inattendu. Les premières initiatives sont nées en Italie, à Pérouse en 2006, à Ferrare l’année suivante.

L’idée est de mettre en débat les enjeux et les pratiques du métier, non pas entre soi, mais en présence d’un public accueilli en libre accès, grâce au soutien des collectivités locales et de parrainages.

Elle essaime partout. Début juin s’est tenu pour la première fois en Angleterre, dans l’East Sussex, un Byline Festival, largement dévolu au journalisme et à l’information. Cet été, deux rencontres ont eu lieu en France. La première à Autun – un Rendez-vous de juillet organisé par les revues XXI et 6 mois, fondées par l’éditeur Laurent Beccaria. La seconde à Couthures, dans le Sud-Ouest, deuxième édition du Festival international du journalisme vivant.

Dans un article paru dans Le Monde du 27 juillet, Alexis Delcambre relève que les festivals les plus récents se situent «à la confluence de trois tendances».

La première est suscitée par une industrialisation de l’information qui réduit nombre de ses agents à s’effacer derrière le rôle que leur attribue le système médiatique. Elle est de permettre un contact direct, de personne à personne, entre le public et des journalistes qui parlent de leur métier – d’où la notion de «journalisme vivant».

La deuxième, plus constante mais aussi plus pressante que jamais, est de s’interroger sur l’information en démocratie. Question posée à Autun: faut-il brûler les journalistes?

La troisième est une autre conséquence des bouleversements imposés par l’Internet à la circulation des informations et des opinions. Elle tient à la recherche par les médias d’information, traditionnels aussi bien que numériques, des moyens de s’assurer la fidélité de leurs lecteurs et utilisateurs. L’enjeu est de les constituer en communauté, plutôt qu’en audience diffuse et volatile, et d’assurer ainsi leur propre survie.

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20/06/2017

Vents contraires autour de la médiation de presse

Suivant les usages internationaux, il est appelé ombudsman. En Suisse alémanique, on s’accommode fort bien de cette appellation. En France, il porte le titre de médiateur. C’est aussi le cas en Suisse romande.

Partout ailleurs, et même aux Etats-Unis,  les appellations varient : rédacteur public, avocat, représentant ou garant des lecteurs. Peu importe, la mission est la même: servir de relais entre le public et les entreprises d’information. Il n’est ni une autorité, ni même un recours: il est un intermédiaire.

Selon les médias, selon les latitudes, le médiateur est appelé à procéder à une conciliation, dans l’esprit d’une médiation au sens juridique; ou simplement à écouter les doléances de membres du public, expliquer le plus souvent, arbitrer parfois, suggérer à l’interne, au besoin, une rectification ou une réparation adéquate.

L’idée est née aux Etats-Unis en 1967, il y a 50 ans. Deux articles sont considérés comme fondateurs. L’un d’eux, paru dans le New York Times, considère que l’instauration d’un ombudsman dans les entreprises de médias est un moyen de lutter contre l’«l’indestructible suffisance» des directeurs et rédacteurs en chefs de journaux. Et plus encore d’offrir un contrepoids à une presse «adonnée au pharisaïsme, à l’autosatisfaction et encline à se féliciter elle-même». [...]

Autres temps, autres mœurs? Ironie de l’histoire, pour le moins! Alors que sont célébrés cette année les 25 ans de la médiation en Suisse, le Washington Post a déjà laissé s’éteindre la fonction depuis quatre ans (2013) et le New York Times vient de la liquider à la fin du mois de mai. Plus besoin d’entretenir des médiateurs! De toute façon ils sont débordés, par les effets de l’internet. Et sur les réseaux sociaux, les internautes font leur travail gratuitement.

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06/06/2017

Une mort abandonnée à ses mystères

Le suicide d’Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire neuchâteloise, a soulevé dans la presse romande une émotion profonde et partagée. L’homme était unanimement apprécié: ouvert, disponible, atypique, sympathique, imaginatif. Tout ce qui peut séduire un journaliste.

Le lendemain de sa disparition, les titres des quotidiens lémaniques sont d’une commune sobriété. Ils s’en tiennent à la mention du «décès» du chef de la police judiciaire. Cité dans le texte, un communiqué de la police neuchâteloise indique pourtant d’emblée que tout laisse à penser que celui-ci a mis fin à ses jours.

Au cours de la journée, la police confirme après enquête qu’Olivier Guéniat s’est suicidé. Elle précise qu’il a utilisé son arme de service. Cette information est alors portée en titre de l’information commune diffusée sur leurs sites internet par Le Matin, 24 heures et la Tribune de Genève (ainsi que par 20 Minutes).

Stop Suicide réagit en adressant un message aux rédactions numériques des quatre quotidiens. Cette association dévolue à la prévention du suicide est attentive aux possibles incidences des récits médiatiques. En l’espèce, elle relève que la mention dans le titre de l’arme de service pose problème. La Suisse est le pays européen où le plus grand nombre d’armes à feu est en circulation. L’accès en est relativement aisé, par les effets du système militaire de milice. Conjuguée à l’empathie suscitée par la personnalité d’Olivier Guéniat, la mention de l’instrument de la mort risque d’accroître les risques d’imitation.

La réaction de Stop Suicide est en phase avec la déontologie journalistique. La directive sur le suicide attachée à la Déclaration des devoir et des droits de la profession précise que «les journalistes renoncent à des indications précises et détaillées sur les méthodes et les produits utilisés». Dans ce cas, le seul argument pouvant expliquer la liberté prise avec la recommandation déontologique est l’évidence de l’instrument. Le mentionner est un moyen de couper court à d’autres suppositions.

Dans ce même communiqué, Stop Suicide salue la réserve de la presse romande, qui n’a pas spéculé sur les causes ou facteurs qui ont pu conduire Olivier Guéniat à se donner la mort. L’association a raison: sans être dûment étayées par des faits, de telles spéculations peuvent être sordides, selon les cas et les personnes.

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22/05/2017

Une méfiance ancienne, une virulence nouvelle

En 2016, la totalité des critiques substantielles (qualité journalistique et respect de la déontologie) adressées au médiateur à propos des deux quotidiens régionaux de Tamedia en Suisse romande, la Tribune de Genève et 24 heures, est venue de lecteurs des journaux imprimés. Et non des utilisateurs des versions en ligne. La tendance est confirmée par les lecteurs critiques du Matin. Ils restaient, de peu, plus nombreux l’an dernier à se manifester à partir du journal sur papier que de ses éditions numériques.

 Le lecteur demande des comptes à son journal. Il s’adresse à l’auteur d’un article, au rédacteur en chef, il rédige une lettre pour la page dévolue au courrier. Ou il recourt au médiateur. Il manifeste ainsi son exigence. Et dans le même mouvement, son attachement. Sur le Web, l’utilisateur exprime directement son mécontentement. Cela lui suffit, il n’attend rien de plus. Et si le vent l’y pousse, il va voir ailleurs.

 D’où une question simple: est-ce que la diminution de l’audience des journaux papier aura pour effet l’extinction des réclamations et des questions de fond touchant les choix rédactionnels et les pratiques journalistiques?

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02/05/2017

Crise de la presse papier: des lecteurs en fuite

Est-ce qu’une crédibilité accrue ramèneraient aux journaux sur papier une audience prête à payer pour leurs prestations et assez fournie pour leur rendre la santé économique? La question était posée en conclusion d’un récent billet.

 En Suisse romande, le bassin des lecteurs de presse est exigu. Pour imaginer surmonter la crise actuelle, les recettes de titres comme le New York Times ou le Washington Post paraissent inapplicables. La masse critique manque. Aucun journal ne dispose non plus d’un potentiel d’exportation significatif.

 L’étroit bassin se rétrécit chaque année, car il vieillit. Une rencontre avec des étudiants de l’Université de Fribourg, vient de le confirmer une fois de plus. Ils étaient une bonne trentaine. Aucun ne lit le journal, tous consultent leur smartphone.

 La crédibilité d’un titre influence son audience sur l’Internet. Elle ne suffit pas à l’imposer. Le journal Libération vient de comparer l’impact des pages et des contenus numériques d’une cinquantaine de médias français. D’un côté, des médias traditionnels (parmi lesquels Le Monde, Le Figaro ou France Télévision, mais aussi Mediapart, et Huffington Post). De l’autre, des médias dits «alternatifs», de droite comme de gauche. Le résultat est éloquent: ce sont les médias «alternatifs»  qui produisent les contenus les plus partagés.

 La crédibilité d’un titre ne suffit pas non plus à pérenniser sa diffusion en kiosque ou par abonnement, et donc à lui procurer des revenus à un niveau assuré de viabilité. La presse écrite est aujourd’hui – le couplet devient lassant – à la recherche d’un modèle économique.

 Cette évolution s’inscrit dans une lente et apparemment inexorable transformation des habitudes de lecture. Le temps de chacun est dévoré par d’autres activités, proposées notamment par les nouvelles technologies. Sous réserve d’exceptions, l'audience globale de la presse subit un déclin constant dès la fin des années 1980.

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19/04/2017

De bons apôtres au chevet de la presse romande

Les grands bouleversements sont propices à l’ouverture de nouvelles perspectives. Ils s’accompagnent aussi de moments de désarroi. La presse écrite en Suisse romande vit des temps difficiles. Cela vaut au médiateur ce commentaire d’un lecteur: «Il ne fait aucun doute que c’est la perte de crédibilité de la presse qui la conduit à la ruine».

 L’avis est largement partagé. Il n’est que de se balader sur la plate-forme des blogs de la Tribune de Genève, sur celle de 24 heures ou alentour. Les bons apôtres se bousculent.

 Il suffirait, dit l’un, d’écouter enfin la voix du peuple, qui a l’accent de l’UDC. En Suisse alémanique, la Weltwoche cartonne. Les quotidiens, dit un autre, n’ont qu’à se distribuer gratuitement. 20 Minutes s’en sort fort bien. Selon un troisième, les motifs avancés pour expliquer la crise – la révolution de l’Internet et l’exode des annonceurs – ne seraient que des prétextes. Ils ne tromperaient personne. Voyez Le Courrier, valeureux survivant presque sans publicité ni moyens sophistiqués!

 Dommage! Les derniers chiffres d’audience publiés en avril sont de nature à rafraîchir les enthousiasmes. La Weltwoche perd plus d’un lecteur sur cinq en un an. 20 Minutes reste le titre le plus lu de Suisse, ses trois éditions linguistiques confondues; mais l’audience de l’édition papier en français est en recul.

 Nos bons apôtres ne sont pourtant pas avares de conseils. Les journaux retrouveraient leur crédibilité, leur public et leurs revenus s’ils se laissaient insuffler davantage de pluralisme ou de goût pour la recherche. S’ils résistaient à tout suivisme journalistique, s’ils osaient s’écarter du sillage des décideurs. Ou encore s’ils s’affranchissaient de l’influence morale de la bien-pensance.

Pourquoi ne pas en débattre? Il est toujours possible de faire mieux, d’approfondir plutôt que de survoler, de rencontrer des gens plutôt que de reproduire des dépêches, de partir à la découverte plutôt que d’attendre la chute des marrons à la rentrée.

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05/04/2017

Des Noirs, dealers au coin des rues

Voilà une lectrice mécontente! Elle ne l’envoie pas dire au dessinateur Herrmann, de la Tribune de Genève. Elle glisse sous enveloppe la coupure d’un dessin récent sur la vente de cannabis légal, assortie d’un double commentaire: «Pourquoi le dealer est-il forcément noir? Et s’il n’y avait pas tant de clients blancs?» Le dessin applique en effet cette répartition des rôles.

Faut-il y voir un indice de racisme? Gérald Herrmann s’en défend. «C’est très exactement la deuxième fois que je désigne un dealer en représentant un Noir». La vente de cannabis et autres stupéfiants au coin des rues n’est pourtant pas un sujet rare. Hermann lui a déjà consacré plusieurs de ses dessins quotidiens.

Chacun sait que s’ils vivent ou vivotent de leur trafic, les revendeurs de drogue n’en sont pas les principaux exploitants. Ils sont les instruments de gros trafiquants, selon des filières liées à leurs origines : aux Maghrébins  le cannabis, aux Albanais l’héroïne, aux Africains de l’Ouest la cocaïne. Cette répartition reste toujours d’actualité, confirme un porte-parole de la police, sans exclure une part de diversification. Du coup, en attribuant à des Noirs la revente de cannabis, fût-il illégal, le dessin allègerait plutôt la charge.

Les collaborateurs de la Tribune de Genève sont les témoins quotidiens du petit trafic qui, dès la fin du jour, se déroule sur le tronçon de la rue des Rois longeant le cimetière et dans des rues avoisinantes. Ils observent de temps en temps des interventions de policiers. Tous les revendeurs du quartier, au su et au vu de ses habitant ou des passants, sont des Noirs. Cette réalité devrait-elle être occultée?

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24/03/2017

La photo de l'année au cœur d'un conflit d'interprétation

La scène se déroule dans une galerie d’art d’Ankara. Le 19 décembre 2016, l’ambassadeur de Russie est assassiné par un membre des forces de sécurité turc. Le meurtrier se réclame du djihad, en réaction à la prise d’Alep. Il sera abattu. Filmée en direct, la séquence est diffusée dans le monde entier. Comme souvent, c’est une image, une seule, qui cristallise l’événement: une photographie de Burhan Özbilici (Associated Press). World Press vient de lui attribuer le titre de «photo de l’année».

L’un des membres du jury, Stuart Franklin, a critiqué ce choix dans une tribune du Guardian. Selon lui, la notoriété du World Press amplifie le message du terroriste. «C’est la photographie d’un meurtre, d’un meurtrier et d’une victime, les deux présents sur la même image». Ainsi glorifiée, la photographie de l’assassinat  a le même impact que les images de décapitation mises en scène par Al-Qaïda ou l’organisation Etat islamique.

Stuart Franklin rejoint l’opposition exprimée depuis quelques années par de nombreux médias aux images de scènes sanglantes, dont la diffusion contribue à répandre la peur et fait le jeu du terrorisme.

La méfiance s’est étendue plus récemment à la reproduction de simples portraits de terroristes impliqués dans des attentats, souvent pris hors contexte : jeunes souvent, l’attitude plutôt avenante. De telles images sont promises au statut d’icône par d’éventuels disciples.

Spécialiste du photojournalisme et professeur à l’Université du Québec, Vincent Lavoie exprime un autre avis dans un entretien accordé au Monde. La «photo de l’année» lui paraît marquer une évolution du regard sur les pratiques des photographes de presse. Plus précisément, un retour à une vision moins elliptique de l’événement, à un traitement plus frontal.

Le professeur canadien relève que la scène n’est nullement orchestrée, au contraire des décapitations d’otages, que l’image est la saisie d’un moment imprévisible de l’actualité. La photo primée n’est pas  complaisante. L’angle de vue, sans doute aussi par l’effet du hasard, laisse caché le visage de l’ambassadeur assassiné. Aucune trace de sang n’est visible. D’autres images de l’assassinat sont plus douteuses.

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08/03/2017

Médias: une confiance en baisse

La crédibilité des médias est en débat. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est davantage, c’est le contexte: adaptation aux nouvelles technologies, déplacement des sources de revenu, crise de rentabilité, menaces sur la viabilité de titres de presse écrite. La Suisse romande n’y échappe pas.

En France, tous les médias ont vu leur crédibilité baisser dans l’opinion l’an dernier. La radio, tenue pour le média le plus crédible par nos voisins comme par d’autres, subit une perte de trois points. Plus de la moitié des personnes interrogées (53%) continue cependant d’accorder sa confiance aux informations qu’elle diffuse. Les baisses sont plus sensibles du côté des journaux (7 points de moins, au niveau de 44%) et de la télévision (9 points de moins, à 41%).

Le sondage a été réalisé début janvier 2017. Il est paru un mois plus tard dans le quotidien La Croix. Cela fait trois décennies que ce journal publie son baromètre annuel. L’enquête porte sur un échantillon de quelque mille personnes majeures. Dès l’origine, elle est confiée à la Sofres (Société française d’enquêtes par sondages), devenue Kantar TNS en 2016.

Sur la durée, elle permet d’observer des évolutions intéressantes. Au début, la télévision était tenue pour le média le plus digne de confiance: «C’est vrai, je l’ai vu à la télé». Selon l’enquête réalisée en 1989, les deux tiers (65%) des personnes interrogées considéraient encore que les choses s’étaient passées « vraiment » ou « à peu près » comme elle les avait relatées. La radio suivait alors de près (63%) et la presse à quelque distance (55%). Comparés aux chiffres enregistrés en 2017, les écarts sont sensibles. Et le classement entre les médias a changé.

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06/02/2017

Federer résiste au lexique religieux

Roger Federer, vainqueur du tournoi de Melbourne. On pouvait craindre le pire. Le pire ne s’est pas produit. Les titres des journaux romands ont été triomphants par la dimension de leurs caractères. Ils sont restés sobres par leurs contenus. Notées au vol, deux exceptions. Affichées curieusement par des quotidiens peu suspects de frivolité. L’un parle en titre de première page de «résurrection». L’autre proclame, en surcharge d’une photo du champion procédant à l’élévation de son trophée, «La canonisation attendra». C’est certain, Federer n’est pas encore sportivement mort.

Si prisé par la presse, le vocabulaire religieux cède ici clairement le pas au lexique de la chanson de geste. Il est question d’exploit, de légende, de héros, de «combat épique». «Il n’y a qu’un seul dieu dans le ciel du tennis», laisse néanmoins filer une plume de la presse régionale lémanique. Cette confession d’un monothéisme de la petite balle jaune coiffe «dieu» d’une minuscule, histoire de le désacraliser un brin.

Les narrations sportives ne sont pas avares de miracles et de souffrances christiques. Tel coureur cycliste vit un «calvaire» dans l’ascension du Mont Ventoux. Tel gardien de football se voit «crucifié» par une reprise de volée à dix mètres de la ligne de but. La «résurrection» de Federer s’inscrit dans cette nouvelle mouture du récit néotestamentaire.

Les appareils théologique et ecclésial sont aussi convoqués.

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23/01/2017

Les hyperliens ne sont pas que des nids de propagande

Depuis la réforme opérée par Le Matin dans les forums de son édition en ligne, le médiateur pensait avoir atteint le nirvãna: dès la fin de l’été, les réclamations, plaintes ou jérémiades à propos des commentaires se sont rapidement taries. Il en est redescendu dès les premiers jours de janvier.

Un internaute, qui s’était déjà signalé auparavant, commence par lui transmettre les aveux d’un familier du site lematin.ch. Ces aveux, il les a repérés sur un autre site, fort peu complaisant envers les titres romands de Tamedia (parmi d’autres). Ils remontent à l’ancien régime. A la façon du catalogue des conquêtes de don Juan lu par Leporello, le coquin décline divers pseudonymes dont il se glorifie d’avoir usé pour «foutre la misère sur LM». On en compte une douzaine, dont le dernier banni n’est pas le moins élégant: «Sal Bicco».

Bien que remontant à plus de quatre mois, l’information paraît d’emblée utile aux yeux du médiateur, tout le monde ne consultant pas le site en question. Elle confirme au moins que le temps était bel et bien venu de faire le ménage sur les forums. Merci donc à cet internaute vigilant.

Mais voilà que ce dernier livre une semaine plus tard le fruit d’autres investigations. Cette fois, ce sont les liens URL introduits dans leurs textes par certains commentateurs qui lui posent problème. «Votre forum, écrit-il, est toujours une foire aux liens propagandistes».

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11/01/2017

Le virus de la "post-vérité"

L’année écoulée n’a pas contribué à une remontée de la cote des médias dans l’opinion. Où qu’on en prenne la mesure, aux Etats-Unis, en Allemagne, en France ou ailleurs, cette cote est basse, et depuis longtemps. L’anémie de la crédibilité des médias est chronique. Elle pourrait atteindre son niveau d’étiage.

Cela tient pour beaucoup à la coïncidence dans l’actualité de plusieurs scrutins majeurs, dont les issues ont été contraires aux prévisions. Ces scrutins portaient sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (le Brexit); sur l’élection présidentielle aux Etats-Unis; sur l’élection primaire du candidat de la droite et du centre en vue de l’élection présidentielle de mai prochain en France.

Les résultats ont conduit à mettre en cause, le plus souvent sans nuance, le travail des journalistes – déclarations, polémiques, lettres de lecteurs, commentaires et tweets assassins. Les réseaux sociaux ont atteint sur le sujet un point de saturation.

Le débat s’est focalisé sur l’élection de Donald Trump. Plusieurs voix du journalisme aux Etats-Unis – prestigieuses, sinon unanimement respectées en dehors du métier –,  ont procédé à un impressionnant nostra culpa. Incapables de concevoir l’élection du magnat de l’immobilier à la Maison Blanche, les observateurs professionnels n’ont pas su en percevoir les indices annonciateurs. Des erreurs ont été commises. Des défaillances se sont produites. Ces voix en font l’aveu.

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19/12/2016

L'identité proclamée d'un pédophile britannique

Un ancien entraîneur britannique provoque le scandale dans le monde du football. Déjà plusieurs fois condamné, il est à nouveau poursuivi pour huit faits d’agression sexuelle sur mineur. Les actes auraient été commis au début des années 1980. L’homme  a travaillé pour divers clubs, dont Manchester City et Stoke City (la formation actuelle de l’international suisse Xherdan Shakiri).

L’annonce par les services du procureur de la Couronne met en émoi la Grande-Bretagne. Plusieurs joueurs de football accusent l’ancien entraîneur d’agressions sexuelles, subies alors qu’ils étaient encore adolescents. Le football est un sport universel, rien d’étonnant que la nouvelle fasse aussitôt le tour de la planète.

Les médias suisses s’en saisissent, comme beaucoup d’autres. La Tribune de Genève et 24 heures publient le même article circonstancié de leur correspondant commun à Londres, Tristan de Bourbon. Faut-il donner le nom de l’ancien entraîneur?

Le quotidien vaudois choisit de privilégier le thème et d’en élargir le champ. Il lui consacre le titre de tête de première page de son édition du 1er décembre. Il réserve une page entière à « la lutte délicate contre les prédateurs des vestiaires », évoquant les efforts de prévention de l’Association cantonale vaudoise de football. Le nom de l’inculpé, en toutes lettres, figure déjà à la première ligne du texte paru sous la manchette, soit sous le titre de la première page.

La Tribune de Genève, elle, ne porte pas l’affaire en «Une». Elle s’en tient au seul article du correspondant à Londres, placé en page intérieure. Le responsable de l’édition décide de désigner l’ancien entraîneur par ses seules initiales. La rédaction s’en tient à la consigne lors des deux premières occurrences, mais flanche à la troisième. Prénom et nom finissent donc par apparaître dans le texte. Qui plus est, le site Web du journal genevois, qui met en ligne des contenus communs aux titres de Tamedia, révèle non seulement l’identité du prévenu, mais publie sa photographie reprise du Daily Mirror.

Pour le dire brièvement, le traitement par 24 heures s’accorde à celui que réserve à l’affaire la plupart des médias; le traitement par la Tribune de Genève, dans son édition imprimée, se veut d’abord respectueux des normes déontologiques.

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07/12/2016

Les sondages d'opinion soumis à des coups de sac

Le printemps a fait surgir le Brexit des urnes britanniques et l’automne a été chaud. Election de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. En France, écrasante victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite et du centre. En Suisse, comme en catimini dans le brouhaha ambiant, un vote populaire sur la sortie de l’énergie nucléaire pas conforme aux sondages, et notamment à l’enquête d’opinion réalisée par Tamedia.

Les enquêtes sur l’électorat sont partout soumises à d’énergiques coups de sac. La démocratie aurait-elle mal à ses sondages? Fournies après coup, les explications les plus pertinentes, ou les plus probables, ne suffisent pas à convaincre. L’opinion publique est habitée par une incrédulité croissante. Cela ne l’empêche pas de guetter en chaque occasion les résultats délivrés par les instituts spécialisés, relayés par les médias.

L’oubli qu’un sondage n’est pas un oracle est tenace. Un sondage ne prédit rien. Il n’est que la photographie de l’état de l’opinion à un moment donné. L’indication systématique par les sondeurs d’un intervalle de confiance vise à relativiser le résultat chiffré. Elle est mal perçue et augmente le doute lorsque la marge est allègrement enjambée.

La photographie proposée par les sondeurs n’a pas la précision des nouveaux appareils digitaux. Une enquête d’opinion dépend de divers facteurs, dont la prise en compte varie selon les techniques et procédures utilisées.

L’idéal serait que l’échantillon défini corresponde exactement à l’univers concerné. Il serait aussi que chaque réponse soit à la fois sincère et assurée: la personne questionnée dit effectivement ce qu’elle pense; et ce qu’elle dit, elle l’exprime ensuite dans l’urne.

Or, les sondeurs savent depuis longtemps que des gens taisent leurs inclinations pour certains candidats, partis ou projets, stigmatisés à tort ou à raison par la majorité des médias. Ils essayent de corriger les distorsions, sans toujours y parvenir.

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14/11/2016

Les médias, cible à découvert

Cela n’a pas manqué. Aussitôt connu le résultat de l’élection présidentielle américaine, les snipers du nouveau populisme ont rempli les chargeurs*. La cible s’offre, désarmée, en plein champ de tir. La cible?

Là-bas, ce sont les grands médias proches des élites. D’emblée portés par un courant critique envers Donald Trump. Des quotidiens de renom comme le New York Times ou le Washington Post, qui se sont illustrés pourtant dans le passé par leur indépendance et leur courage: la publication des Papiers du Pentagone, à l’époque de la guerre du Vietnam; l’enquête sur le Watergate, qui poussa le président Richard Nixon à la démission.  Les principales chaînes nationales de télévision aussi. Dans leur sillage, deux cent journaux ont soutenu Hillary Clinton, six seulement le futur vainqueur, selon un décompte du site Politico.

Ici, ce sont en première ligne les journaux  les plus profilés en matière de politique étrangère qui sont prévenus de partialité, et la radio-télévision de service public.

 Pour expliquer la victoire de Donald Trump s’impose partout l’opposition à une mondialisation défendue par les classes supérieures de la société et une majorité des milieux intellectuels (l’establishment), escortées par le courant dominant dans les médias. Cette mondialisation est créatrice d’inégalités. Les nouveaux populistes s’en sont emparés. C’est électoralement payant.

C’est aussi un jeu auquel les médias perdent à tous les coups.

Hillary Clinton mène dans les sondages. L’explication est simple: les médias faussent le jeu démocratique, ils cherchent à influencer le scrutin par leurs informations biaisées. Ils manipulent. Trump ne s’est pas privé de recourir à de tels arguments au cours de la campagne.

Donald Trump est vainqueur. Changement de décor. L’explication est toujours aussi simple: les médias vivent en décalage par rapport à l’opinion, ils sont incapables de la sentir, et donc de l’exprimer. Ils sont mauvais. Les médias américains n’ont d’ailleurs pas tardé à faire l’aveu spontané de leurs égarements, de leur manque d’écoute. De la contamination de leurs observations des réalités américaines, surtout, par leur conviction qu’une élection du milliardaire tonitruant serait simplement impensable.

Excès de contrition?

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