05/02/2020

La parole des autres:quelle place dans les médias?

Dès le milieu de la première décennie du XXIème siècle, la communication s’est profondément transformée. Les réseaux sociaux ont drainé des flux importants d’opinions et d’informations. Le public a pris la parole. Les anciens médias ont dû s’adapter. En premier lieu les journaux imprimés.

Dans la presse traditionnelle, la parole des autres s’exprimait et s’exprime encore sur trois registres: l’interview, la tribune libre, la lettre de lecteur.

Ces registres d’expression ont en commun l’identité authentifiée des personnes, autrement dit la proscription des pseudonymes. Des exceptions ne sont admises que pour des motifs dûment justifiés.

Ils partagent aussi le fait que, dans tous les cas, la rédaction prend connaissance des textes avant publication. Le contrôle est important dans la mesure où un média peut être tenu pour responsable de tout ce qu’il publie.

La rédaction décide en somme qui est interviewé, qui est sollicité ou reçu comme auteur d’une tribune libre, quelles lettres sont retenues pour publication. Malgré les précautions prises, elle n’est pas à l’abri de tout accident: fausse identité ou, pire, usurpation d’identité. Mésaventure heureusement rarissime.

Les membres de la rédaction en charge du courrier appliquent les normes déontologiques du métier, tout en accordant aux lecteurs la plus large liberté d’expression. Ils sont tenus d’intervenir lorsque les lettres contiennent «des violations manifestes» de la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes.

L’évolution de l’Internet et le développement des réseaux sociaux intensifient désormais la circulation de la communication, accélèrent le rythme de diffusion de ses contenus. N’importe qui peut devenir un média à lui tout seul en ouvrant son propre site, répandre les messages qui lui chantent, sans le moindre contrôle préalable.

Deux nouveaux registres d’expression du public sont apparus.

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15/01/2020

Pourquoi tant de zèle à «mettre la honte»sur les réseaux sociaux?

Mettre la honte. Sur les réseaux sociaux, le phénomène est fréquent. Quels sont ses mécanismes? Qu’exprime-t-il des rapports sociaux? De l’ordre moral dominant? Au cours de l’an dernier, le journal Le Monde a publié deux amples analyses sur l’humiliation en ligne (8 juin et 15-16 septembre 2019) qui restent d’actualité.

L’humiliation publique est une sanction aux anciennes racines. Les femmes en ont été souvent des victimes désignées. On se souvient de La Lettre écarlate de l’écrivain américain Nathaniel Hawthorne, dans la Nouvelle-Angleterre puritaine du dix-septième siècle. Ou encore des femmes tondues de la Libération en France, trois cents ans plus tard. Mais les hommes aussi se voyaient autrefois infliger des humiliations publiques, pilori ou enduction du corps de goudron et de plumes, pratique courante dans les plaines du Far West.

Selon Benjamin Loveluck, chercheur en activité à la haute école Télécom Paris, l’humiliation vise à renforcer un ordre social et moral existant là où la loi n’intervient pas ou peu. L’idée est «soit de vouloir être plus rapide que la justice, soit de s’y substituer parce que la justice ne permet pas de prendre en compte efficacement certains types de transgression, comme le harcèlement sexuel ou le racisme».

Dans son essai sur l’écrivain japonais Mishima, Marguerite Yourcenar attribue l’obsession de la honte sociale à un besoin presque paranoïaque de «normalisation». Une obsession dont, rappelle-t-elle, l’ethnologue américaine Ruth Benedict (1887-1948) a si bien dit qu’elle avait remplacé celle du péché.

Mais pourquoi ce retour sur les réseaux sociaux? Antonio Casilli, de Télécom Paris lui aussi, lie la résurgence de la culture de la honte à la délégation, par toutes les grandes plates-formes numériques, de la responsabilité de la régulation aux utilisateurs eux-mêmes. Or, cette régulation idéalement conçue n’opère pas.

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03/12/2019

Alertes et autres dénonciations:les médias en cour suprême?

L’actualité médiatique déborde de divulgations et dénonciations de toutes sortes. Observé sous le seul aspect du rôle des médias, ce débordement se traduit de plus en plus par un recours en procédure accélérée à l’opinion publique. Il favorise la confusion entre lanceurs d’alerte et dénonciateurs.

Le lanceur d’alerte signale des dysfonctionnements d’une administration ou d’une entreprise. Il agit dans l’intérêt général, en prenant le plus souvent des risques personnels. Il appartient dans nos sociétés à une espèce à protéger.

Voilà un peu plus de trois ans la plus haute juridiction administrative française, le Conseil d’État, rendait publique une étude intitulée «Le droit d’alerte: signaler, traiter, protéger». Elle dressait un bilan des dispositifs d’alerte existants et recommandait le recours à de meilleurs outils pour en assurer l’efficacité. Elle s’attachait à une diffusion d’une culture apte à en assurer l’encadrement ainsi que la protection des lanceurs d’alerte.

En Suisse, une telle protection est considérée comme «faible» et le cadre juridique comme «peu clair» par le juriste lausannois Alexandre Curchod, auteur d’un livre tout récent sur «La liberté d’expression» (éditions Favre). Tirée d’une récente enquête du Temps, ce mot d’un ancien employé de l’Office cantonal de la viticulture valaisan: «Quand quelqu’un tire la sonnette d’alarme, on s’intéresse à sa personne plutôt qu’aux problèmes qu’il dénonce».

Le printemps dernier, l’Union européenne trouvait un accord permettant d’assurer l’activité des lanceurs d’alerte dans plusieurs domaines comme la fraude fiscale, le blanchiment de capitaux, les marchés publics, la santé publique, la protection de l’environnement, des consommateurs ou encore des données. L’accord définissait aussi des mécanismes de signalement sûrs et des mesures contre les représailles, souvent promises ou appliquées aux lanceurs d’alerte.

L’accord européen, la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme et l’étude du Conseil d’État français de 2016 convergent. Ce qu’il convient d’en retenir est le recommandation de procéder de manière graduée.

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07/11/2019

Médias et justice: Sus aux intermédiaires!

On appelle ça la «désintermédiation». C’est un néologisme lourd, emprunté au langage économique et commercial. Il se traduit par la réduction ou la suppression des intermédiaires dans un circuit de distribution. Étendu aux institutions d’une démocratie, c’est un très vilain mot. Il renvoie à l’escamotage des intermédiaires dans la formation de la volonté politique, dans la circulation de l’information et des opinions et jusque dans les procédures judiciaires.

C’est cette «désintermédiation» que cible Olivia Dufour dans son récent livre «Justice et médias», dont le projet s’affiche en sous-titre: «La tentation du populisme» (LGDJ, Lextenso éditions). Elle prend au sérieux l’avertissement précoce du sociologue Dominique Wolton, dans «Informer n’est pas communiquer» (2009): «Il faut se méfier de ce qui est apparemment moderne et renforce le mythe d’une société “en direct” débarrassée d’intermédiaires».

Olivia Dufour est française, avocate de formation passée au journalisme. Elle collabore à la presse économique et juridique de son pays. Elle tient un blog, «La plume d’Aliocha», pseudonyme que ses activités à découvert ont rendu limpide, en particulier depuis la publication d’un livre sur l’affaire Kerviel (2012).

Elle situe l’origine du phénomène dans le monde rêvé de la Silicon Valley et la vision d’un citoyen appelé à «s’émanciper des corps intermédiaires pour enfin exister pleinement». Olivia Dufour se garde de disqualifier par principe les réseaux sociaux, qui font voie à l’expression de chacun. Mais elle rapproche leur faculté de constituer très rapidement des foules nombreuses et puissantes – et pas seulement virtuelles! – du fantasme de la disparition des intermédiaires.

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04/10/2019

Dire ou ne pas dire:quelles responsabilités des médias?

A moins de deux semaines d’intervalle, deux affaires ont suscité la réflexion au sein des rédactions de Suisse romande. Elles sont sans lien entre elles: l’une relève du fait divers, l’autre de la justice. Mais elles placent les médias devant la même alternative: dire ou ne pas dire. Dans le premier cas, il s’agit de l’origine nationale de l’auteur de violences sur la voie publique, dans le second de l’identité d’une personne jugée pour escroquerie.

Brefs rappels.

Le 31 août, à Villeurbanne dans la banlieue lyonnaise, un homme armé d’un couteau et d’une fourchette de barbecue assaille des passants. Le bilan est lourd: un mort et huit blessés. L’homme est Afghan. Les médias répercutent cette information. Ont-ils raison?

Le lundi 9 septembre s’ouvre à Genève le procès pour escroquerie d’un gérant de fortune connu dans la République en raison de ses activités politiques. L’affaire n’est pas bénigne. Les dommages subis par les plaignants, appartenant pour l’essentiel à son milieu familial, sont considérables. Tous les médias locaux relatent largement les faits, ce que le public attend d’eux. Ils publient le nom du prévenu, qui sera condamné trois jours plus tard. Une telle divulgation est-elle justifiée?

Dire ou ne pas dire? La Déclaration des devoirs et des droits de la profession énonce des règles claires. Dans les affaires de justice, elles valent aussi bien à propos d’un suspect, d’un prévenu que d’un condamné.Encore faut-il les confronter aux situations réelles.

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10/09/2019

L'enquête, zone de résistance du journalisme

C’est entendu. Au cours des quinze dernières années, le journalisme a perdu peu à peu le contrôle de plusieurs territoires où il exerçait sans partage ou presque.

Les journalistes ne sont plus les seuls à raconter le monde. Le public tolère de moins en moins que les médias lui imposent leur vision de l’état de la planète ou même de leur réalité la plus proche. Cela se traduit par des manifestations de rejet. Par exemple: lors de la crise des “gilets jaunes” en France.

Les journalistes s’effacent de plus en plus comme analystes au jour le jour. Des experts leur disputent cet ancien privilège. Déjà convoqués depuis longtemps sur les plateaux de télévision, plusieurs de ces spécialistes ont choisi d’assurer eux-mêmes une communication publique par la tenue d’un blog ou une participation régulière à des sites dédiés. Le professionnel de l’information n’est plus, s’il l’a jamais été, «celui qui sait».

Les journalistes sont moins présents comme témoins directs des faits. Ils sont supplantés par des observateurs que leur propre participation ou le hasard ont placés au bon endroit au bon moment. Des reflets en image sont transmis instantanéments par ces amateurs sur les réseaux numériques.

Sur le Web, ces évolutions tendent à effacer les différences entre les sources d’information. Les journalistes sont placés par le public sur le même pied que n’importe quelles autres sources. Cela entraîne une très curieuse liberté des faits, dont l’un des avatars est le «fait alternatif» poussant sur les plates-bandes de la «post-vérité».

Des faits, et non des opinions. La liberté d’opinion a toujours existé. Elle a connu des périodes de plein épanouissement, d’autres de triste rabougrissement. Mais elle n’a jamais été discutable comme telle en démocratie. Elle fleurit à tout va sur les réseaux de la communication numérique, et c’est très bien ainsi. Chacun peut prétendre à la liberté de s’exprimer.

Mais la référence aux faits devrait rester le point d’ancrage obligé de tout débat. Elle ne l’est plus de manière irréfutable.

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15/08/2019

Les limites et les embarras du médiateur

Le médiateur de Tamedia n’est pas l’interlocuteur des lecteurs de l’ensemble des médias de la Suisse romande. Il ne s’occupe que du traitement journalistique de l’actualité par les rédactions francophones des journaux, magazines ou sites numériques appartenant à ce groupe. Il n’intervient qu’après publication d’un article et ne se mêle pas de la production des journaux. Il est ouvert à tout lecteur, mais il se retire du jeu aussitôt qu’une procédure judiciaire est ouverte ou imminente.

Ces quatre balises délimitent son territoire. Elles laissent subsister des zones grises.

Le médiateur a pour principale référence la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes; il s’appuie en outre sur un Manuel de qualité propre au groupe Tamedia. Or, la déontologie journalistique recommande de ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations. Il arrive néanmoins que le médiateur soit saisi à ce sujet en amont de toute publication.

De la même manière, par respect de la vie privée, le harcèlement est proscrit. Il prend la forme d’une intrusion dans un domicile, d’une filature, d’appels téléphoniques incessants, par exemple. Une enquête menée auprès de proches, de voisins, de clients ou d’employeurs peut causer du tort à quelqu’un, avant même que la moindre ligne ne soit publiée, et même sans qu’elle le soit jamais.

On observe aussi qu’une enquête journalistique sur une personne morale ou civile développe parfois des ramifications touchant des tiers. La mise au jour de détails à leur sujet et leur recherche même risquent d’exposer sans nécessité ces personnes à des dommages sensibles.

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08/07/2019

Le territoire du médiateur: quelques balises

Les contours de l’activité du médiateur ne sont pas clairement dessinés pour tout le monde. Des lecteurs sur papier ou sur écran expriment parfois des attentes qu’il ne peut satisfaire. Ou lui adressent des réclamations qui ne sont pas de son ressort. A chaque fois, l’auteur de ces lignes est désolé de ne pouvoir les contenter. Il est donc utile de poser quelques balises.

La première de ces balises tient à l’étendue du territoire. Non, le médiateur n’est pas voué à répondre au public de tous les médias romands. Il n’est l’interlocuteur que des lecteurs des journaux, magazines et sites numériques francophones appartenant au groupe Tamedia. Son adresse n’est pas la bonne pour les publics de la RTS ou du Temps, d’où lui arrivent des interpellations occasionnelles.

Cette délimitation n’est pas sans nuance. Le médiateur romand de Tamedia ne s’occupe pas du quotidien gratuit 20 Minutes. C’est son collègue alémanique, Ignaz Staub, qui en est chargé. Une autre logique prévaut ici . Non celle du territoire, mais celle de la marque, le titre étant publié en trois langues nationales.

Deuxième balise, le médiateur s’occupe en priorité de traitement journalistique de l’actualité. Il n’a pas pour vocation d’intervenir dans des conflits d’ordre privé, comme une querelle de voisinage ou une dispute d’héritage. Il existe des tribunaux pour cela, ainsi que des offices de médiation.

Il n’est pas chargé non plus d’examiner les demandes d’emploi adressées à l’éditeur, ni de traiter les contentieux concernant les abonnements aux journaux. Dans ces derniers cas, il joue cependant volontiers au facteur, en transmettant les messages aux services concernés.

Troisième balise, et sans doute la plus importante, le médiateur n’intervient qu’après une publication. Il ne lui appartient pas de se mêler du processus de production du journal, de suggérer des thèmes ou des angles dans la rédaction des articles, d’influer sur la ligne éditoriale ou la politique rédactionnelle.

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03/06/2019

Le journalisme en voie d'extension

Le journalisme n’est plus ce qu’il était. Les journalistes s’interrogent. Ils ont mis un bon siècle à construire leur identité professionnelle. Une construction lente, passée par la constitution d’organisations, syndicats ou autres, reconnues par les employeurs, les pouvoirs publics, la société. Articulée sur un certain nombre de pratiques et de règles communes, sur des chartes de déontologie; en Suisse, la Déclaration des devoirs et des droits adoptée en 1972. Consolidée, enfin, par une attention plus soutenue à la formation professionnelle.

L’essor spectaculaire de l’Internet dans les premières années du vingt-et-unième siècle chamboule cet assemblage. Le public entre en jeu. Il ne se contente plus de recevoir des informations et des opinions, il ne s’en tient plus à des réactions (pour modèle, le courrier des lecteurs dans la presse traditionnelle). Il prend des initiatives, il agit, il propose. Il se manifeste sur les médias en ligne par ses commentaires, il occupe les réseaux sociaux, Facebook, Twitter ou YouTube.

Le ton change; il est plus vif, plus incisif, parfois vulgaire. L’expression de l’opinion se passe sans trembler d’argumentation; au fil des discussion, elle se débite à l’emporte-pièce, elle tourne rapidement à l’insulte. L’intérêt public n’est plus tenu par tout le monde pour un critère de publication; il est volontiers supplanté par l’affirmation de soi. Les citoyens ne partagent pas la même conception de l’information que les journalistes et le font savoir.

De fait, personne n’attend des blogueurs, ni des participants à des forums de discussion qu’ils assument ou partagent une quelconque mission du journalisme en démocratie. Ni qu’ils acceptent de mesurer leurs prestations à l’aune d’une déontologie propre au métier. Le malentendu est venu des premiers temps de la communication numérique, quand un enthousiasme irrépressible a promu le slogan «tous journalistes!»

La question reste cependant ouverte. Sur l’internet, qui est journaliste?

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01/05/2019

Une toile de trente ans ou les illusions perdues

Il s’est dit «dévasté» par l’affaire Cambridge Analytica, quand les données personnelles de 80 millions d’«amis» ont été transmises par Facebook à une société d’analyse mandatée par Donald Trump. Il s’est inquiété de constater que nos données personnelles sont désormais «conservées dans des silos propriétaires, loin de nous» et que nous n’avons désormais «plus de contrôle direct sur elles». Il s’est alarmé que les entreprises numériques collaborent avec les gouvernements, si bien que «chacun de nos mouvements en ligne peut être observé» et que les régimes répressifs en abusent. Il a déploré que la désinformation se répande sur le Web «comme une traînée de poudre».

Encore un passéiste grognon, un nostalgique de la lampe à huile, un dévot anachronique de Gutenberg, un contempteur d’écrans, imperméable aux bienfaits de la communication numérique? Non. Un monsieur qui s’appelle Tim Berners-Lee, l’ingénieur britannique de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire qui inventa en 1989 le «world wide web», fabuleux outil numérique de communication, d’échange et de partage. D’abord destiné à l’usage des chercheurs du CERN, le Web se greffera bientôt sur l’Internet, le réseau des réseaux, qui lui assurera un développement planétaire.

La «Toile» est une révolution. Elle repose sur trois piliers principaux. La décentralisation, par l’absence d’un poste de contrôle central. L’universalité, par l’usage d’un langage commun à tous les ordinateurs. La transparence, par l’élaboration d’un code et de normes non définis par un groupe d’experts, mais développés au vu de tous jusqu’à atteindre un consensus. Le leitmotiv de l’inventeur est: «Un seul Web partout et pour tous» (l’énoncé de ce programme conceptuel, ainsi que les propos de Tim Berners-Lee sont repris d’un dossier établi dans Le Monde du 16 février par Frédéric Joignot et intitulé «Les idéaux trahis»).

Berners-Lee ne s’avoue cependant pas battu.

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01/04/2019

L'épopée des «gilets jaunes» sur Facebook

L’histoire se penchera un jour sur l’épopée des «gilets jaunes». La fiction pourrait en tirer un récit, comme le fit Charles Dickens des émeutes de Londres de 1780, dans Barnabé Rudge. A ce jour, des matériaux fourmillent sur les réseaux sociaux, fragments et images d’un événement en train de se produire.

Après deux mois de manifestations, une équipe d’enquête du journal Le Monde s’est intéressée aux contenus délivrés par quelques trois cents groupes liés au mouvement sur Facebook, dont 204 étaient encore ouverts au public le 22 janvier. Elle en a retenu les deux cents publications les plus partagées (édition du 6 février). En somme, “Gilets jaunes, saison 1”.

Les messages parmi les plus populaires portent au début principalement sur la dimension massive du mouvement, son organisation, le sentiment d’appartenance à une vision idéalisée du peuple, les appels à la solidarité. Une volonté de paralyser le pays y est explicite, mais relèvent les auteurs de l’enquête, «les appels à la violence ne sont pas populaires à l’échelle du mouvement».

A un imaginaire des ronds-points plutôt bon enfant s’oppose toutefois rapidement une autre vision: celle d’une «forteresse d’État» qui cherche à écraser la révolte à la façon d’une dictature. Des théories conspirationnistes apparaissent, à la suite des dégradations commises lors de manifestations. La faute en reviendrait à des policiers déguisés en casseurs, les voitures saccagées seraient des leurres, des véhicules sans immatriculation. Le recul de la mobilisation au fil des semaines serait dû à de prétendus barrages des forces de l’ordre sur les autoroutes.

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05/03/2019

Confiance dans les médias en France:nouveau coup de mou

Pas de surprise. En France, la confiance dans les médias fléchit. Elle atteint même son plus bas niveau d’étiage depuis quelque trente ans. Le baromètre établi chaque début d’année par l’institut Kantar pour le quotidien La Croix est éloquent.

La radio reste le média tenu pour le plus crédible par le public. Les personnes interrogées continuent pour moitié (50%) de lui accorder leur confiance; elles étaient plus nombreuses il y a un an (56%). La presse écrite campe en deuxième position (44%); elle abandonne la totalité de la progression enregistrée au début 2018 (8 points).

Quant à la télévision, elle perd davantage que le gain enregistré lors de la précédente enquête et ne donne confiance qu’aux 38% du public. Internet reste stable, avec un capital de confiance limité à 25%.

Le premier paradoxe de cette enquête est que les médias auxquels les Français accordent le moins confiance sont ceux qu’ils utilisent le plus pour s’informer: la télévision (46%) et Internet (29%). La radio n’est la principale source d’information que de 18% des personnes interrogées et la presse imprimée d’un maigre contingent de 6%. Ces deux médias drainent néanmoins un public élargi sur leurs sites et applications numériques.

Dans un commentaire publié par La Croix, le sociologue Jean-Marie Charon, tout frais docteur honoris causa de l’université de Neuchâtel, observe: «Il y a un décrochage important entre les milieux culturels et les niveaux d’éducation. Les plus âgés et les moins diplômés regardent encore très majoritairement le petit écran. Les “intellos” n’ont pas les mêmes sources d’information que les milieux populaires: ils écoutent la radio et s’informent sur les sites de la presse et auprès des médias créés sur Internet. Il y a bel et bien une information à deux vitesses, qui pose plus que jamais le débat de la qualité de l’information.»

Un second paradoxe de l’enquête, moins marqué, est que le fléchissement de la confiance dans les médias ne coïncide pas avec une baisse d’intérêt pour l’actualité. L’attention aux nouvelles tend même à se renforcer selon le dernier sondage: 67%, contre 62% un an plus tôt.

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04/02/2019

Elle court, elle court la rumeur

Les affaires qui ont abondamment occupé les médias romands au cours des derniers mois ont incité un lecteur à s’inquiéter de l’usage des fuites par les journalistes. Cet aspect a été abordé lors d’une récente chronique. Ce correspondant posait aussi la question des rumeurs qui, elle, fut à peine effleurée en cette occasion.

Fuites et rumeurs ne sont pas tirées du même tonneau. La fuite porte le plus souvent sur des faits ou des propos en principe avérés. Ce sont la légalité et le moment de la communication, l’identité de la source et ses motivations, qui peuvent faire problème et donc mériter examen.

Les rumeurs sont de composition plus complexe. Dans son interpellation, le lecteur vise en particulier un article paru dans la Tribune de Genève. Le sujet en est une dénonciation pénale de quatre associations de taxis à l’encontre du conseiller d’État Pierre Maudet. Cette dénonciation, indique l’article, est «basée sur des rumeurs, renforcées par une étrange chronologie».

Sur le même registre, une prétendue mise sur écoute de bagagistes de l’aéroport de Cointrin, répercutée par un député, vient d’être classée par le Ministère public, faute du moindre indice.

Les rumeurs ne courent donc pas toutes comme le furet. Il en est qui passent par des actions publiques: un dépôt de plainte, une intervention parlementaire. Qu’elles soient reprises par les médias est normal, dès lors qu’elles sont désignées comme telles.

Il n’en va pas de même des rumeurs drainées par les journalistes eux-mêmes. Ceux-ci sont alors censés respecter leurs pratiques professionnelles et les devoirs énoncés dans leur code de déontologie. La liste ne tient pas en deux mots: ne publier que les informations dont l’origine leur est connue (et cela élimine d’office de nombreux bruits qui courent), les recouper auprès d’autres sources et les vérifier, signaler les nouvelles non confirmées, entendre les personnes faisant l’objet de reproches graves, renoncer aux méthodes déloyales pour obtenir des renseignements, rectifier enfin toute information publiée matériellement inexacte.

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11/01/2019

Fuites et distance critique sur les «affaires»

L’année 2018 n’était pas achevée qu’un lecteur genevois s’étonnait aimablement du silence du médiateur au sujet des fuites et des rumeurs qui ne cessent d’alimenter les médias. En ligne de mire: les «affaires» qui agitent depuis plusieurs mois la République et Canton de Genève aussi bien que le Pays de Vaud.

Une fois encore, il n’appartient pas au médiateur de se prononcer sur le fond. Le lecteur qui nous écrit s’interroge d’ailleurs, opportunément, sur la légitimité de la politique d’information des médias et sur leur comportement. Il se dit de plus en plus choqué par la «désinvolture» de certains journalistes, qui semblent perdre le sens de la mesure et négliger toute distance critique. Il s’attache en priorité aux fuites.

Comment se fait-il, par exemple, que les procès-verbaux des auditions par le Ministère public de deux témoins importants dans l’affaire du voyage de M. Maudet à Abu Dhabi soient tombés entre les mains de journalistes? Que les fuites sur les dépositions aient même emporté dans leur flux des pièces du dossier?

Au premier titre, la question concerne moins les médias que leurs sources potentielles. Un article documenté est paru à ce sujet dans l’édition numérique du périodique Domaine public. Son auteur, Raphaël Mahaim, avocat à Lausanne, décortique les responsabilités des divers protagonistes engagés dans une procédure pénale.

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18/12/2018

L'affaire Maudet: paroles de lecteurs

Le voyage du conseiller d’État Pierre Maudet à Abu Dhabi et ses suites ont occupé une place considérable dans la chronique genevoise des sept derniers mois.  Sur ce dossier, la Tribune de Genève, n’a pas quitté la tête du peloton médiatique. Elle a publié plusieurs enquêtes ou informations en primeur. Elle a porté une vingtaine de fois le sujet en manchette (le grand titre de première page, directement sous le bandeau affichant le nom du journal).

Elle a suivi les étapes du dossier: des interrogations initiales sur le financement du voyage – accompagnées de doutes sur un traitement privilégié en faveur d’une entreprise abudhabienne à l’Aéroport de Genève, à ce jour non démontré –, aux divers soutiens financiers à l’homme politique et à leur effets fiscaux. Elle a posé des questions, relayé des accusations issues du milieu politique, recueilli les explications de M. Maudet, restitué les positions des partis, en particulier du sien, le Parti libéral-radical (PLR).

Quelles ont été les réactions des lecteurs? La Tribune de Genève a largement ouvert sa rubrique Courrier quotidienne. Seules quelques très rares lettres ont été écartées en raison de leur caractère ouvertement injurieux ou diffamatoire, selon l’usage courant.

Au total, 61 lettres ont été publiées du 23 mai au 15 décembre. Elles ne l’ont pas été à un rythme régulier, mais selon les fluctuations de l’actualité. Les premières divulgations ont provoqué une rapide poussée de fièvre en mai: quinze lettres en une petite dizaine de jours.

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