14/11/2018

Recul des sites de désinformation francophones

Les sites francophones de désinformation reculent sur Facebook. C’est Le Monde qui nous l’apprend (édition du 23 octobre). Le quotidien français a mis en place en février 2017 un outil destiné à lutter contre la diffusion en ligne de fake news. Nommé Décodex, cet outil fait du Monde un partenaire de Facebook pour la vérification d’informations signalées comme fausses par les utilisateurs.

Le journal a donc analysé plus de six cents sites francophones identifiés au fil des activités de Décodex. Le nombre des sites repérés pour diffuser un nombre significatif de fausses informations (244) et celui des sites réputés plutôt fiables (233) sont en équilibre. S’y ajoutent des sites considérés comme douteux (93) et des sites parodiques (60), dont on peut espérer que les visiteurs ne sont pas dupes.

Les auteurs de l’enquête ont ensuite scruté l’activité de ces sites sur les réseaux sociaux, de janvier 2015 à septembre 2018, grâce aux données de BuzzSumo, une entreprise américaine. Pour reprendre à la lettre les précisions apportées par le journal, cet instrument mesure l’engagement des internautes : la somme des partages, des commentaires ou des mention « J’aime » accompagnant les publications des sites en question sur quatre réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Pinterest et Reddit). Cet indicateur donne ainsi un reflet de leur popularité, ou du moins de leur potentiel viral.

Bien que cette enquête reste partielle, elle donne un premier indice rassurant. Même à leur niveau le plus bas, en octobre 2015, les sites plutôt fiables enregistrent près des trois quarts (72,3 %) de l’engagement.

Un autre constat est plus préoccupant. Certains sites tenus au contraire pour cultiver la fausse information rivalisent sur la durée avec des médias traditionnels.

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23/10/2018

Histoire d'une "fake pub" devenue fake news

Ah ! la vilaine fake news ! Il y a quelques semaines, un courriel arrive sur la messagerie du médiateur. Sujet : « Article sur inégalité salariale ». D’actualité, puisque la révision de la loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes est alors inscrite à l’ordre du jour du Conseil national.

« Bonjour. J’ai été consterné de voir que vous avez diffusé une fake news, qui est une sombre manipulation de l’information, issue des rangs de la gauche pour servir un agenda politique au moment d’une discussion de loi sur l’égalité salariale à Berne.

Êtes-vous victime de cette manipulation et allez accorder une couverture équivalente au démenti, ou êtes-vous complice, et allez-vous passer cela sous silence, après avoir induit en erreur et manipulé vos lecteurs ? L’entreprise mentionnée n’existant pas au registre du commerce – vérification qu’il vous aurait pris cinq minutes à faire. Avez-vous commis une faute dans l’absence de rigueur de votre travail journalistique, ou n’avez-vous volontairement pas cherché ?

J’attends votre réponse avec intérêt. »

Le message manque d’un minimum de précisions. Où trouver l’article litigieux ? Dans quel journal ou sur quel site numérique ? Quel est le jour de diffusion ? Sur quoi porte-t-il exactement et sous quel titre est-il paru ? De quelle entreprise s’agit-il ? Ces questions sont retournées au correspondant.

Premières lignes de la réponse :

« Monsieur. Allons donc… Combien d’articles sont parus récemment au sujet de prétendues annonces d’emplois identiques ayant pour seules différences le salaire proposé suivant le sexe de la personne recherchée ?

Soit au mieux vous n’êtes tout simplement pas à jour concernant les publications dans vos médias, soit au pire vous jouez là d’une grossière mauvaise foi ».

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21/09/2018

Les affaires et la presse: un risque de démesure

Broulis, Maudet. L’actualité lémanique est emportée par les affaires. La presse en maîtrise-t-elle encore le cours ? En fait-elle trop ? Saisies par la politique et le mécanisme des institutions, les affaires produisent leurs propres enchaînements, leurs propres excroissances. Les médias ne manquent pas d’en relater les péripéties, ils contribuent ainsi à les entretenir et à les amplifier.

Il  est demandé aux deux conseillers d’État des comptes sur des comportements qui relèveraient de l’octroi ou de l’acceptation de privilèges.

Entrer dans le détail ? Trop de questions restent à ce jour sans réponse. La justice doit encore faire son œuvre. Ce n’est d’ailleurs pas le fond des affaires qui intéresse ici, mais leur traitement par les médias.

La presse est dans son rôle lorsqu’elle met au jour le dysfonctionnement des divers pouvoirs. Selon une tradition libérale venue des États-Unis, il lui incombe d’exercer une surveillance publique de leur exercice, afin d’en dénoncer les défaillances ou les éventuels abus. Les journaux sont alors qualifiés de « chiens de garde » de la démocratie.

Dans cet esprit, la pratique des privilèges, sans même parler de corruption qualifiée, mérite quelques aboiements. Sont-ils ou seront-ils un jour, ces privilèges, les leviers d’une demande qui trouverait un représentant du pouvoir réduit à l’état de débiteur ?

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04/09/2018

Sur le Web, le déclin du clic

Dans les tout premiers temps de l’extension des médias traditionnels sur le Web, l’objectif absolu était de générer des clics. Combien pour telle information, pour telle image, pour telle vidéo de plus en plus  ? Les plates-formes médiatiques comptaient leurs clics comme les gamins d’autrefois comptaient leurs billes à la fin de la récréation.

Des outils plus sophistiqués se sont bientôt mis en place, permettant de suivre sur écran, minute par minute, la fréquentation des contenus d’actualité affichés sur les sites. Le procédé avait pour effets d’identifier les sujets les plus attractifs et d’inciter les rédactions en ligne à prêter une attention suivie aux thèmes de prédilection des internautes. Cette audimétrie permanente impliquait une tendance à l’uniformisation et amorçait une inversion progressive du rapport de force entre les rédactions et les internautes. Elle a donné naissance à une culture du clic.

Les « sismographes » du Web présentaient deux défauts originels. Le premier tenait à l’enregistrement d’une perception immédiate, sans rendre compte de l’intérêt pour un contenu dans la durée. Le second à l’ignorance de l’intensité de cet intérêt (simple coup d’œil, lecture partielle, lecture complète) et de son potentiel d’incitation à découvrir d’autres contenus sur le même site.

Des correctifs sont désormais apportés. Des indications plus précises permettent d’orienter l’offre de contenus, tout en répondant aux attentes des annonceurs, davantage intéressés par la qualité de la lecture sur écran que pas le nombre de pages tournées.

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07/08/2018

Droit de réponse et lettre de lecteur

Dans la correspondance adressée aux journaux, l’usage de l’expression «droit de réponse» est fréquent. Or il n’est pas toujours adéquat. En particulier s’il ne s’agit que d’une réaction à un article ou à une lettre parue dans le courrier des lecteurs.

Le droit de réponse relève du Code civil, tel qu’il a été révisé en 1985. Il vise à faciliter les démarches d’une personne qui se sent atteinte par la publication d’un article ou la diffusion d’une émission. Plutôt que d’engager une procédure judiciaire, souvent longue et coûteuse, la personne touchée peut s’adresser au journal, ou à tout autre média périodique, et lui demander de pouvoir exposer sa version des faits. Sa demande est traitée par la rédaction en chef.

Le moyen de défense est simple et rapide. Toute personne dont le Code civil protège la personnalité peut y recourir. Son usage est cependant soumis à des conditions. La personne doit être touchée directement. Il ne suffit pas qu’elle soit nommée par le média. La mention de son nom doit être associée à la présentation de faits qui la concernent.

Elle ne peut prétendre à un droit de réponse à l’encontre d’opinions qui seraient formulées à son endroit. Seuls les faits sont pris en compte. Elle ne peut l’invoquer non plus lorsqu’elle a participé au débat public d’une autorité, relaté par les médias.

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09/07/2018

Questions d'images: de Trump au pistolet suisse

La page de couverture retenue par le magazine américain Time pour son édition du 2 juillet a déclenché avant même parution une vague d’émotion aux États-Unis. Face à face, une petite fille en larmes et le président Trump, accompagnés du titre « Welcome to America » (Bienvenue en Amérique).

La photo est un montage. Elle illustre une politique migratoire dure impliquant la séparation des enfants et de leurs parents à la frontière du Mexique. Donald Trump finit par reculer : les familles ne sont plus séparées ; à ce jour, le passage vers l’Amérique du Nord n’en reste pas moins verrouillé.

La fillette de deux ans est originaire du Honduras. La photographie est prise le 12 juin au Texas par un reporter de l’agence de presse Getty Images, alors que la mère de l’enfant se fait contrôler par un agent de la police des frontières. Reproduite en « Une » par le New York Times et diffusée sur les réseaux sociaux, elle fait le tour du monde.

Le petite Yanela devient un symbole. Comme autrefois l’enfant décharné guetté par un vautour, lors de la terrible famine de 1993 au sud du Soudan. Ou plus récemment le corps sans vie du petit Aylan sur une plage de Bodrum, en Turquie.

Personne ne doute à première vue de l’artifice en « Une » du Time : à la notoriété même de la photographie originelle s’ajoutent l’absence de décor ou de contexte, le recours à un fond rouge uni. Mais la puissance symbolique est écornée : selon une enquête du Washington Post,  Yanela n’a pas été séparée de sa mère. Les partisans de Donald Trump dénoncent une fake news.

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08/06/2018

Migration du "Matin" et droit de savoir

L’annonce de la disparition de l’édition imprimée du quotidien Le Matin n’a surpris personne dans le milieu des médias. Elle a choqué beaucoup de monde alentour. Le journal est populaire, lu autrefois sur les chantiers de Suisse romande pendant la pause, lu jusqu’à ce jour dans les bistrots à l’heure du café. Dès fin juillet, il devient exclusivement numérique, accessible sur les écrans des ordinateurs, des tablettes, des téléphones portables surtout. Au moins est-il ainsi remplacé par un nouvel avatar, et non condamné à une pure et simple disparition, comme le fut L’Hebdo l’an dernier. Les pertes d’emploi restent lourdes.

Quelle était la place du Matin dans le paysage de la presse de notre région ? A quelle attente répondait-il et entend-il répondre désormais via le seul Internet?

La question conduit à revenir sur quelques fondements. La mission essentielle des médias d’information en démocratie est de répondre au droit de savoir du public. Sur ce point, tout le monde semble d’accord. Savoir quoi et pour quel public ? La réponse n’est pas monolithique.

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03/05/2018

La navigation compliquée du journalisme scientifique

Comment parler de la science dans les médias ? Le magazine des journalistes Edito fait de la question le thème principal de sa dernière livraison. Pas simple.

La page de couverture donne le ton. On y voit un journaliste perplexe devant son ordinateur portable et trois personnages en blouse blanche soufflant dans son dos ces deux messages : « Vous avez bien compris ce que vous devez écrire ? » et « N’oubliez pas pour qui vous travaillez ! »

Le journalisme scientifique a mis du temps à s’ouvrir une voie dans les médias généralistes. Les débuts spectaculaires de la conquête spatiale, dans les années 1960, ont largement contribué à éveiller l’intérêt du grand public.

La voie n’est pas assurée. Comme le relève un journaliste spécialisé, Olivier Dessibourg, une information scientifique régulière apparaît encore comme une élégance : c’est bien d’en avoir (« nice to have »).

Les médias vivent actuellement des temps difficiles. Les journalistes scientifiques ne sont pas les mieux protégés. Le magazine Edito signale pourtant une exception : l’ATS, l’agence de presse nationale, licencie, et pourtant sa rubrique scientifique n’est pas affectée. Elle se renforce même. La raison ? Ce n’est pas l’ATS qui paie. L’information scientifique de l’agence est soutenue par la Conférence des recteurs des universités suisses (swissuniversities), rejointe en 2016 par les Ecoles polytechniques et la Fonds national suisse.

Le recours à des soutiens extérieurs comme panacée ? Un microbiologiste devenu journaliste, Beat Glogger, a mené déjà plusieurs expériences en Suisse alémanique. Deux fondations ont financé pendant sept ans la parution d’une double page hebdomadaire dans 20 Minuten. Glogger a lancé au début de cette année la plate-forme higgs.ch, soutenue par la fondation Gebert Rüf. L’aventure continue.

Soutiens financiers extérieurs donc. Pour quelle assurance d’indépendance ? Cela dépend évidemment des partenaires. Dans les cas cités, toutes les garanties semblent effectivement offertes par des institutions publiques comme les universités ou des fondations.

L’affaire n’est pas moins complexe lorsque le soutien se traduit par un apport de compétences. Le monde scientifique est peuplé de chercheurs qui ont intérêt à ce que les médias parlent d’eux.

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12/04/2018

Mais que fait-on des fake news?

Qu’est-ce qu’une fake news? Par quels moyens combattre sa toxicité? Ces deux questions ont déjà été évoquées sur cette page. En restent d’autres. Par exemple, comment les fake news sont-elles accueillies et utilisées dans le public? Deux études intéressantes sont parues sur le sujet au cours des derniers mois.

La publication la plus récente concerne une enquête menée par une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT) de 2006 à 2017. Elle est parue début mars dans la revue Science. Elle porte sur quelque 126 000 histoires relayées sur Twitter plus de 4,5 millions de fois et par 3 millions de personnes.

Deux conclusions saillantes : les fake news ont 70% de chances supplémentaires d’être  «retwittées» en cascade que les informations avérées; la nouvelle vraie met six fois plus de temps qu’une fake news à atteindre un public de 1500 personnes.

La fake news se diffuse donc davantage, plus vite et à plus de personnes qu’une information vraie et consolidée.

Quelles sont les explications de ce traitement différencié ? Une enquête qualitative complémentaire du MIT l’attribue au fait que la fake news offre le plus souvent un contenu plus original, inspire des émotions différentes et plus marquées, comme la surprise, la peur ou le dégoût.

Au contraire, peut-on ajouter, une nouvelle vraie s’inscrit ordinairement dans une chaîne d’informations, dans un contexte déjà connu. Elle «fait suite», elle n’est qu’une nouvelle ajoutée.

Une question subsiste néanmoins: dans l’esprit du public, la distinction entre nouvelle fausse et nouvelle vraie est-elle aussi claire que pour les chercheurs du MIT, qui ont recouru à des spécialistes de la vérification des faits (fact checking) pour attribuer les histoires retenues à ces deux catégories ?

Une autre étude introduit le doute.

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08/03/2018

Fake news: un combat perdu d'avance?

La nouvelle truquée (ou fake news) est perverse. Elle l’est à deux titres.

D’abord, parce qu’elle reprend les codes traditionnels du journalisme. Elle se donne donc les apparences d’une nouvelle ordinaire et avérée, dans l’intention de tromper. Au dire du sociologue Gérald Bronner, cela fonctionne très bien dans « la démocratie des crédules », titre d’un ouvrage paru en 2013.

Ensuite, parce qu’elle se formule en termes irréfutables, donc se dispense de toute démonstration. Elle vous met dans une situation impossible. Le philosophe Raphaël Enthoven, auteur du récent «Morales provisoires», le dit clairement dans un entretien au Matin Dimanche (28 janvier 2018): «Comment voulez-vous réfuter ce qui n’est pas démontré?» Par une affirmation péremptoire (exemple:  «la terre est plate») l’auteur s’abstient de prouver ce qu’il raconte. Du coup, il demande à son interlocuteur de prouver que « ce qu’[il] raconte est faux». Un déni ne suffit pas.

L’internet n’a pas créé les fausses nouvelles. Il en favorise la fabrication et en facilite surtout la diffusion. Tout internaute s’expose à leur caractère viral.

Les médias ne sont pas totalement immunisés non plus. Leurs procédures de contrôle sont parfois négligées.

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20/02/2018

Confiance dans les médias: un notable rebond

La Suisse n’est pas la France. Les médias suisses, même en Suisse romande, ne sont pas les médias français. Sinon on vous l’aurait dit.

Un sondage n’établit pas des faits, mais reflète l’état d’une opinion, à un moment donné. Il est tributaire de plusieurs facteurs, à commencer par la sincérité des réponses.

Il reste que l’enquête annuelle menée par l’institut Kantar Public (anciennement Sofres) depuis trente ans reste un bon indicateur de la confiance accordée par le public français à ses médias. Le baromètre est établi pour le quotidien La Croix et peut être consulté comme une indication de tendance intéressante dans nos contrées. Il a été réalisé en janvier.

 L’an dernier, sur cette même Page du médiateur, il fut assez largement question des difficultés des  journaux. Une confiance en baisse, des lecteurs en fuite.

La seconde affirmation ne se dément pas. En France, les titres de presse écrite enregistrent globalement une nouvelle baisse de leur lectorat. La question posée était: «Vous arrive-t-il de lire un quotidien national ou régional, ou un magazine d’information générale, qu’il s’agisse de la version papier ou du site internet du journal?». La réponse qui vient en tête paraît relativement rassurante. Une lecture régulière est reconnue par plus du tiers (36%) des personnes interrogées, proportion identique à celle de l’année précédente.

Les affaires se gâtent par la suite. Ne lisent plus que de temps à autre 27% ou rarement 15%. Plus inquiétant, un cinquième des sondés (21%, en hausse de quatre points) répond «jamais».

Le déclin de l’intérêt du public pour l’actualité est général , commun en France à tous les médias (presse, radio, télévision, internet).  L’institut de sondage enregistre un intérêt assez grand ou très grand auprès de moins des deux tiers du public (62%). Une partie importante (38%) ne porte aux nouvelles qu’une attention assez faible ou très faible (...)

Jointe à la désertion de la publicité, naguère source importante de revenus, l’érosion du lectorat et de la diffusion traduit les difficultés des journaux payants, publiés sur papier. Serait-elle le signal irréfutable d’une perte de crédibilité?

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19/01/2018

Fausses nouvelles

Le terme fake news (fausse nouvelle; plus littéralement, nouvelle truquée) a été retenu comme mot de l’année 2017 par le dictionnaire anglais Collins. Un an plus tôt, c’était l’expression post truth (post-vérité) qui avait les honneurs du dictionnaire d’Oxford.

Fake news. Le néologisme trumpesque ne devrait pas se traduire par «fausse information». Ce serait rapprocher deux termes que leurs sens devraient éloigner. Une information entretient par nature une relation exigeante, sinon assurée, à la vérité. Elle est censée donner au public des renseignements qui lui permettent de de se situer dans son environnement et de le comprendre. Fausse, une information n’en serait plus une: elle serait au mieux une erreur, au pire une tromperie, un mensonge ou une manipulation.

Dans la sphère politico-médiatique, la fausse nouvelle est une arme à double usage. En la lançant, on vise à discréditer et déstabiliser un adversaire. En dénonçant comme fausse nouvelle une information constituée, on l’esquive et on en déconsidère l’auteur. Ainsi sont restitués les mécanismes de la propagande, dont l’efficacité repose toujours sur l’exploitation d’une part de réalité avérée, fût-elle infime.

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15/12/2017

Des limites à l'emprise des géants du Net

L’inventaire des effets produits sur la communication par l’entrée en jeu des géants de l’Internet est loin d’être clos. On réunit ces mastodontes sous un acronyme, le GAFA, qui renvoie aux principales puissances de l’univers numérique: Google, Apple, Facebook et Amazon. Ou GAFAM si l’on ajoute Microsoft.

Deux de ces puissances concernent plus directement le journalisme: Google et Facebook. La première peut être considérée comme le leader incontesté à ce jour des moteurs de recherche, la seconde comme le porte-drapeau des réseaux sociaux. L’une et l’autre sont passées au statut de diffuseurs et adaptateurs de contenus. Elles entrent en concurrence directe avec les médias. Elles pèsent sur le débat public. Leur participation à la circulation des informations et des opinions en accroît le débit jusqu’à la submersion et en oriente le cours jusqu’à la perversion.

L’informatique a fait évoluer la production et la diffusion des médias traditionnels. Il serait absurde de nier l’apport des grandes entreprises du Net au partage de la connaissance, à l’organisation et à la communication au sein de nos sociétés. «Nous cherchons déjà à respirer par les bronches de Google», lançait il y a quelques années l’essayiste italien Alessandro Baricco.

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24/11/2017

La nationalité des suspects, une pomme de discorde

La police de la ville de Zurich innove. Dans ses communiqués, elle ne mentionne plus de manière systématique la nationalité des personnes qu’elle appréhende. Les amalgames sont courants entre l’origine des auteurs d’actes répréhensibles et la population immigrée. Ils conduisent à des généralisations, considérées comme propres à alimenter un discours de caractère raciste.

L’intention est louable. Mais est-ce vraiment la bonne solution? Les réactions à cette nouvelle orientation permettent d’en douter. Au-delà même de l’annonce par l’UDC locale du lancement d’une initiative contre cette «censure», plusieurs objections sont apparues. Le Temps en fait le tour (édition du 17 novembre).

Depuis 2000, des recommandations de la Conférence des commandants des polices cantonales prévoient la divulgation par les agents de police de la nationalité des personnes interpellées. Son secrétaire général Roger Schneeberger, cité par le journal, justifie la pratique au nom de la transparence: «Il ne faut pas cacher des informations à la population, au risque de renforcer les ressentiments». Il est en effet préférable de dire les choses, quitte à les expliquer, que de les taire et favoriser des rumeurs. Pour ne pas parler de la prolifération des théories du complot, plus encouragées que jamais sur les réseaux sociaux.

La pratique policière s’accorde sur ce point avec celle des journalistes, premiers porteurs des informations au public. Leur code de déontologie range parmi les discriminations «la désignation de l’appartenance ethnique ou nationale, de l’origine, de la religion, de l’orientation sexuelle et/ou de la couleur de peau». En particulier lorsqu’elle généralise des jugements de valeur négatifs et qu’elle renforce ainsi des préjugés à l’encontre des minorités. La disposition n’est pas sans nuance. Elle requiert une pesée des intérêts entre la valeur informative et la discrimination.

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31/10/2017

Plus de 400 morts et disparus, et alors?

Le samedi 14 octobre se produit au centre de Mogadiscio, capitale de la Somalie, un épouvantable attentat au véhicule piégé. Une semaine plus tard, le bilan est de 358 morts, 228 blessés et 56 disparus. L’attentat n’est pas revendiqué. Les autorités somaliennes l’attribuent aux Chabab, islamistes liés à Al-Qaida.

Plus de quatre cents morts et disparus à Mogadiscio, et alors? Dans ses éditions du lundi 16 octobre, la presse quotidienne lémanique payante traite l’événement avec une discrétion surprenante: sept lignes et une photographie sur une colonne dans la Tribune de Genève et 24 heures; une photographie de plus grande surface accompagnée d’une légende dans Le Matin.

L’information la plus ample, assortie de l’illustration la plus généreuse, se trouve ce lundi matin 16 octobre dans 20 Minutes. Impossible d’y échapper: «Carnage en plein cœur de la Somalie» occupe la plus grande place en première page. A l’intérieur du journal, l’attentat de Mogadiscio se voit accorder un espace substantiel. De quoi retoucher, pour le moins, quelques clichés sur la presse quotidienne gratuite.

Attentive pourtant à l’actualité internationale, La Liberté ne publie qu’une nouvelle minuscule. Sans surprise, Le Temps est le moins laconique, il reprend une dépêche de l’AFP d’une quarantaine de lignes. La part de l’attentat, le plus meurtrier de l’histoire de la Somalie, reste congrue.

Ce manque d'attention aurait suscité naguère des réactions de la part de lecteurs critiques ou indignés. Il aurait fallu recourir aux arguments classiques de la relativité des nouvelles selon l’abondance de l’actualité, du déclin de leur intérêt selon la distance, géographique ou psychologique, qui nous sépare des événements.

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