19/04/2017

De bons apôtres au chevet de la presse romande

Les grands bouleversements sont propices à l’ouverture de nouvelles perspectives. Ils s’accompagnent aussi de moments de désarroi. La presse écrite en Suisse romande vit des temps difficiles. Cela vaut au médiateur ce commentaire d’un lecteur: «Il ne fait aucun doute que c’est la perte de crédibilité de la presse qui la conduit à la ruine».

 L’avis est largement partagé. Il n’est que de se balader sur la plate-forme des blogs de la Tribune de Genève, sur celle de 24 heures ou alentour. Les bons apôtres se bousculent.

 Il suffirait, dit l’un, d’écouter enfin la voix du peuple, qui a l’accent de l’UDC. En Suisse alémanique, la Weltwoche cartonne. Les quotidiens, dit un autre, n’ont qu’à se distribuer gratuitement. 20 Minutes s’en sort fort bien. Selon un troisième, les motifs avancés pour expliquer la crise – la révolution de l’Internet et l’exode des annonceurs – ne seraient que des prétextes. Ils ne tromperaient personne. Voyez Le Courrier, valeureux survivant presque sans publicité ni moyens sophistiqués!

 Dommage! Les derniers chiffres d’audience publiés en avril sont de nature à rafraîchir les enthousiasmes. La Weltwoche perd plus d’un lecteur sur cinq en un an. 20 Minutes reste le titre le plus lu de Suisse, ses trois éditions linguistiques confondues; mais l’audience de l’édition papier en français est en recul.

 Nos bons apôtres ne sont pourtant pas avares de conseils. Les journaux retrouveraient leur crédibilité, leur public et leurs revenus s’ils se laissaient insuffler davantage de pluralisme ou de goût pour la recherche. S’ils résistaient à tout suivisme journalistique, s’ils osaient s’écarter du sillage des décideurs. Ou encore s’ils s’affranchissaient de l’influence morale de la bien-pensance.

Pourquoi ne pas en débattre? Il est toujours possible de faire mieux, d’approfondir plutôt que de survoler, de rencontrer des gens plutôt que de reproduire des dépêches, de partir à la découverte plutôt que d’attendre la chute des marrons à la rentrée.

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05/04/2017

Des Noirs, dealers au coin des rues

Voilà une lectrice mécontente! Elle ne l’envoie pas dire au dessinateur Herrmann, de la Tribune de Genève. Elle glisse sous enveloppe la coupure d’un dessin récent sur la vente de cannabis légal, assortie d’un double commentaire: «Pourquoi le dealer est-il forcément noir? Et s’il n’y avait pas tant de clients blancs?» Le dessin applique en effet cette répartition des rôles.

Faut-il y voir un indice de racisme? Gérald Herrmann s’en défend. «C’est très exactement la deuxième fois que je désigne un dealer en représentant un Noir». La vente de cannabis et autres stupéfiants au coin des rues n’est pourtant pas un sujet rare. Hermann lui a déjà consacré plusieurs de ses dessins quotidiens.

Chacun sait que s’ils vivent ou vivotent de leur trafic, les revendeurs de drogue n’en sont pas les principaux exploitants. Ils sont les instruments de gros trafiquants, selon des filières liées à leurs origines : aux Maghrébins  le cannabis, aux Albanais l’héroïne, aux Africains de l’Ouest la cocaïne. Cette répartition reste toujours d’actualité, confirme un porte-parole de la police, sans exclure une part de diversification. Du coup, en attribuant à des Noirs la revente de cannabis, fût-il illégal, le dessin allègerait plutôt la charge.

Les collaborateurs de la Tribune de Genève sont les témoins quotidiens du petit trafic qui, dès la fin du jour, se déroule sur le tronçon de la rue des Rois longeant le cimetière et dans des rues avoisinantes. Ils observent de temps en temps des interventions de policiers. Tous les revendeurs du quartier, au su et au vu de ses habitant ou des passants, sont des Noirs. Cette réalité devrait-elle être occultée?

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24/03/2017

La photo de l'année au cœur d'un conflit d'interprétation

La scène se déroule dans une galerie d’art d’Ankara. Le 19 décembre 2016, l’ambassadeur de Russie est assassiné par un membre des forces de sécurité turc. Le meurtrier se réclame du djihad, en réaction à la prise d’Alep. Il sera abattu. Filmée en direct, la séquence est diffusée dans le monde entier. Comme souvent, c’est une image, une seule, qui cristallise l’événement: une photographie de Burhan Özbilici (Associated Press). World Press vient de lui attribuer le titre de «photo de l’année».

L’un des membres du jury, Stuart Franklin, a critiqué ce choix dans une tribune du Guardian. Selon lui, la notoriété du World Press amplifie le message du terroriste. «C’est la photographie d’un meurtre, d’un meurtrier et d’une victime, les deux présents sur la même image». Ainsi glorifiée, la photographie de l’assassinat  a le même impact que les images de décapitation mises en scène par Al-Qaïda ou l’organisation Etat islamique.

Stuart Franklin rejoint l’opposition exprimée depuis quelques années par de nombreux médias aux images de scènes sanglantes, dont la diffusion contribue à répandre la peur et fait le jeu du terrorisme.

La méfiance s’est étendue plus récemment à la reproduction de simples portraits de terroristes impliqués dans des attentats, souvent pris hors contexte : jeunes souvent, l’attitude plutôt avenante. De telles images sont promises au statut d’icône par d’éventuels disciples.

Spécialiste du photojournalisme et professeur à l’Université du Québec, Vincent Lavoie exprime un autre avis dans un entretien accordé au Monde. La «photo de l’année» lui paraît marquer une évolution du regard sur les pratiques des photographes de presse. Plus précisément, un retour à une vision moins elliptique de l’événement, à un traitement plus frontal.

Le professeur canadien relève que la scène n’est nullement orchestrée, au contraire des décapitations d’otages, que l’image est la saisie d’un moment imprévisible de l’actualité. La photo primée n’est pas  complaisante. L’angle de vue, sans doute aussi par l’effet du hasard, laisse caché le visage de l’ambassadeur assassiné. Aucune trace de sang n’est visible. D’autres images de l’assassinat sont plus douteuses.

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08/03/2017

Médias: une confiance en baisse

La crédibilité des médias est en débat. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est davantage, c’est le contexte: adaptation aux nouvelles technologies, déplacement des sources de revenu, crise de rentabilité, menaces sur la viabilité de titres de presse écrite. La Suisse romande n’y échappe pas.

En France, tous les médias ont vu leur crédibilité baisser dans l’opinion l’an dernier. La radio, tenue pour le média le plus crédible par nos voisins comme par d’autres, subit une perte de trois points. Plus de la moitié des personnes interrogées (53%) continue cependant d’accorder sa confiance aux informations qu’elle diffuse. Les baisses sont plus sensibles du côté des journaux (7 points de moins, au niveau de 44%) et de la télévision (9 points de moins, à 41%).

Le sondage a été réalisé début janvier 2017. Il est paru un mois plus tard dans le quotidien La Croix. Cela fait trois décennies que ce journal publie son baromètre annuel. L’enquête porte sur un échantillon de quelque mille personnes majeures. Dès l’origine, elle est confiée à la Sofres (Société française d’enquêtes par sondages), devenue Kantar TNS en 2016.

Sur la durée, elle permet d’observer des évolutions intéressantes. Au début, la télévision était tenue pour le média le plus digne de confiance: «C’est vrai, je l’ai vu à la télé». Selon l’enquête réalisée en 1989, les deux tiers (65%) des personnes interrogées considéraient encore que les choses s’étaient passées « vraiment » ou « à peu près » comme elle les avait relatées. La radio suivait alors de près (63%) et la presse à quelque distance (55%). Comparés aux chiffres enregistrés en 2017, les écarts sont sensibles. Et le classement entre les médias a changé.

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06/02/2017

Federer résiste au lexique religieux

Roger Federer, vainqueur du tournoi de Melbourne. On pouvait craindre le pire. Le pire ne s’est pas produit. Les titres des journaux romands ont été triomphants par la dimension de leurs caractères. Ils sont restés sobres par leurs contenus. Notées au vol, deux exceptions. Affichées curieusement par des quotidiens peu suspects de frivolité. L’un parle en titre de première page de «résurrection». L’autre proclame, en surcharge d’une photo du champion procédant à l’élévation de son trophée, «La canonisation attendra». C’est certain, Federer n’est pas encore sportivement mort.

Si prisé par la presse, le vocabulaire religieux cède ici clairement le pas au lexique de la chanson de geste. Il est question d’exploit, de légende, de héros, de «combat épique». «Il n’y a qu’un seul dieu dans le ciel du tennis», laisse néanmoins filer une plume de la presse régionale lémanique. Cette confession d’un monothéisme de la petite balle jaune coiffe «dieu» d’une minuscule, histoire de le désacraliser un brin.

Les narrations sportives ne sont pas avares de miracles et de souffrances christiques. Tel coureur cycliste vit un «calvaire» dans l’ascension du Mont Ventoux. Tel gardien de football se voit «crucifié» par une reprise de volée à dix mètres de la ligne de but. La «résurrection» de Federer s’inscrit dans cette nouvelle mouture du récit néotestamentaire.

Les appareils théologique et ecclésial sont aussi convoqués.

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23/01/2017

Les hyperliens ne sont pas que des nids de propagande

Depuis la réforme opérée par Le Matin dans les forums de son édition en ligne, le médiateur pensait avoir atteint le nirvãna: dès la fin de l’été, les réclamations, plaintes ou jérémiades à propos des commentaires se sont rapidement taries. Il en est redescendu dès les premiers jours de janvier.

Un internaute, qui s’était déjà signalé auparavant, commence par lui transmettre les aveux d’un familier du site lematin.ch. Ces aveux, il les a repérés sur un autre site, fort peu complaisant envers les titres romands de Tamedia (parmi d’autres). Ils remontent à l’ancien régime. A la façon du catalogue des conquêtes de don Juan lu par Leporello, le coquin décline divers pseudonymes dont il se glorifie d’avoir usé pour «foutre la misère sur LM». On en compte une douzaine, dont le dernier banni n’est pas le moins élégant: «Sal Bicco».

Bien que remontant à plus de quatre mois, l’information paraît d’emblée utile aux yeux du médiateur, tout le monde ne consultant pas le site en question. Elle confirme au moins que le temps était bel et bien venu de faire le ménage sur les forums. Merci donc à cet internaute vigilant.

Mais voilà que ce dernier livre une semaine plus tard le fruit d’autres investigations. Cette fois, ce sont les liens URL introduits dans leurs textes par certains commentateurs qui lui posent problème. «Votre forum, écrit-il, est toujours une foire aux liens propagandistes».

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11/01/2017

Le virus de la "post-vérité"

L’année écoulée n’a pas contribué à une remontée de la cote des médias dans l’opinion. Où qu’on en prenne la mesure, aux Etats-Unis, en Allemagne, en France ou ailleurs, cette cote est basse, et depuis longtemps. L’anémie de la crédibilité des médias est chronique. Elle pourrait atteindre son niveau d’étiage.

Cela tient pour beaucoup à la coïncidence dans l’actualité de plusieurs scrutins majeurs, dont les issues ont été contraires aux prévisions. Ces scrutins portaient sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (le Brexit); sur l’élection présidentielle aux Etats-Unis; sur l’élection primaire du candidat de la droite et du centre en vue de l’élection présidentielle de mai prochain en France.

Les résultats ont conduit à mettre en cause, le plus souvent sans nuance, le travail des journalistes – déclarations, polémiques, lettres de lecteurs, commentaires et tweets assassins. Les réseaux sociaux ont atteint sur le sujet un point de saturation.

Le débat s’est focalisé sur l’élection de Donald Trump. Plusieurs voix du journalisme aux Etats-Unis – prestigieuses, sinon unanimement respectées en dehors du métier –,  ont procédé à un impressionnant nostra culpa. Incapables de concevoir l’élection du magnat de l’immobilier à la Maison Blanche, les observateurs professionnels n’ont pas su en percevoir les indices annonciateurs. Des erreurs ont été commises. Des défaillances se sont produites. Ces voix en font l’aveu.

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19/12/2016

L'identité proclamée d'un pédophile britannique

Un ancien entraîneur britannique provoque le scandale dans le monde du football. Déjà plusieurs fois condamné, il est à nouveau poursuivi pour huit faits d’agression sexuelle sur mineur. Les actes auraient été commis au début des années 1980. L’homme  a travaillé pour divers clubs, dont Manchester City et Stoke City (la formation actuelle de l’international suisse Xherdan Shakiri).

L’annonce par les services du procureur de la Couronne met en émoi la Grande-Bretagne. Plusieurs joueurs de football accusent l’ancien entraîneur d’agressions sexuelles, subies alors qu’ils étaient encore adolescents. Le football est un sport universel, rien d’étonnant que la nouvelle fasse aussitôt le tour de la planète.

Les médias suisses s’en saisissent, comme beaucoup d’autres. La Tribune de Genève et 24 heures publient le même article circonstancié de leur correspondant commun à Londres, Tristan de Bourbon. Faut-il donner le nom de l’ancien entraîneur?

Le quotidien vaudois choisit de privilégier le thème et d’en élargir le champ. Il lui consacre le titre de tête de première page de son édition du 1er décembre. Il réserve une page entière à « la lutte délicate contre les prédateurs des vestiaires », évoquant les efforts de prévention de l’Association cantonale vaudoise de football. Le nom de l’inculpé, en toutes lettres, figure déjà à la première ligne du texte paru sous la manchette, soit sous le titre de la première page.

La Tribune de Genève, elle, ne porte pas l’affaire en «Une». Elle s’en tient au seul article du correspondant à Londres, placé en page intérieure. Le responsable de l’édition décide de désigner l’ancien entraîneur par ses seules initiales. La rédaction s’en tient à la consigne lors des deux premières occurrences, mais flanche à la troisième. Prénom et nom finissent donc par apparaître dans le texte. Qui plus est, le site Web du journal genevois, qui met en ligne des contenus communs aux titres de Tamedia, révèle non seulement l’identité du prévenu, mais publie sa photographie reprise du Daily Mirror.

Pour le dire brièvement, le traitement par 24 heures s’accorde à celui que réserve à l’affaire la plupart des médias; le traitement par la Tribune de Genève, dans son édition imprimée, se veut d’abord respectueux des normes déontologiques.

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07/12/2016

Les sondages d'opinion soumis à des coups de sac

Le printemps a fait surgir le Brexit des urnes britanniques et l’automne a été chaud. Election de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. En France, écrasante victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite et du centre. En Suisse, comme en catimini dans le brouhaha ambiant, un vote populaire sur la sortie de l’énergie nucléaire pas conforme aux sondages, et notamment à l’enquête d’opinion réalisée par Tamedia.

Les enquêtes sur l’électorat sont partout soumises à d’énergiques coups de sac. La démocratie aurait-elle mal à ses sondages? Fournies après coup, les explications les plus pertinentes, ou les plus probables, ne suffisent pas à convaincre. L’opinion publique est habitée par une incrédulité croissante. Cela ne l’empêche pas de guetter en chaque occasion les résultats délivrés par les instituts spécialisés, relayés par les médias.

L’oubli qu’un sondage n’est pas un oracle est tenace. Un sondage ne prédit rien. Il n’est que la photographie de l’état de l’opinion à un moment donné. L’indication systématique par les sondeurs d’un intervalle de confiance vise à relativiser le résultat chiffré. Elle est mal perçue et augmente le doute lorsque la marge est allègrement enjambée.

La photographie proposée par les sondeurs n’a pas la précision des nouveaux appareils digitaux. Une enquête d’opinion dépend de divers facteurs, dont la prise en compte varie selon les techniques et procédures utilisées.

L’idéal serait que l’échantillon défini corresponde exactement à l’univers concerné. Il serait aussi que chaque réponse soit à la fois sincère et assurée: la personne questionnée dit effectivement ce qu’elle pense; et ce qu’elle dit, elle l’exprime ensuite dans l’urne.

Or, les sondeurs savent depuis longtemps que des gens taisent leurs inclinations pour certains candidats, partis ou projets, stigmatisés à tort ou à raison par la majorité des médias. Ils essayent de corriger les distorsions, sans toujours y parvenir.

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14/11/2016

Les médias, cible à découvert

Cela n’a pas manqué. Aussitôt connu le résultat de l’élection présidentielle américaine, les snipers du nouveau populisme ont rempli les chargeurs*. La cible s’offre, désarmée, en plein champ de tir. La cible?

Là-bas, ce sont les grands médias proches des élites. D’emblée portés par un courant critique envers Donald Trump. Des quotidiens de renom comme le New York Times ou le Washington Post, qui se sont illustrés pourtant dans le passé par leur indépendance et leur courage: la publication des Papiers du Pentagone, à l’époque de la guerre du Vietnam; l’enquête sur le Watergate, qui poussa le président Richard Nixon à la démission.  Les principales chaînes nationales de télévision aussi. Dans leur sillage, deux cent journaux ont soutenu Hillary Clinton, six seulement le futur vainqueur, selon un décompte du site Politico.

Ici, ce sont en première ligne les journaux  les plus profilés en matière de politique étrangère qui sont prévenus de partialité, et la radio-télévision de service public.

 Pour expliquer la victoire de Donald Trump s’impose partout l’opposition à une mondialisation défendue par les classes supérieures de la société et une majorité des milieux intellectuels (l’establishment), escortées par le courant dominant dans les médias. Cette mondialisation est créatrice d’inégalités. Les nouveaux populistes s’en sont emparés. C’est électoralement payant.

C’est aussi un jeu auquel les médias perdent à tous les coups.

Hillary Clinton mène dans les sondages. L’explication est simple: les médias faussent le jeu démocratique, ils cherchent à influencer le scrutin par leurs informations biaisées. Ils manipulent. Trump ne s’est pas privé de recourir à de tels arguments au cours de la campagne.

Donald Trump est vainqueur. Changement de décor. L’explication est toujours aussi simple: les médias vivent en décalage par rapport à l’opinion, ils sont incapables de la sentir, et donc de l’exprimer. Ils sont mauvais. Les médias américains n’ont d’ailleurs pas tardé à faire l’aveu spontané de leurs égarements, de leur manque d’écoute. De la contamination de leurs observations des réalités américaines, surtout, par leur conviction qu’une élection du milliardaire tonitruant serait simplement impensable.

Excès de contrition?

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08/11/2016

Un succès embarrassant

A la mi-octobre, la Tribune de Genève organise une conférence sur «Les troubles de la mémoire liés à l’âge». L’orateur est Giovanni Frisoni, professeur en neurosciences cliniques de l’Université de Genève et responsable de la Clinique Mémoire des HUG. La conférence est prévue à l’auditorium du MEG (Musée d’ethnographie de Genève), un mercredi en fin d’après-midi.

Le journal a inséré auparavant plusieurs annonces. La veille, il a publié un entretien avec le professeur, mené par l’une de ses rédactrices. Il a pris la précaution d’informer ses lecteurs que les portes s’ouvriraient une demi-heure avant le début de la conférence.

La Tribune a-t-elle manqué d’audace en choisissant l’auditorium du MEG, d’une capacité de 230 places? Les personnes désireuses de s’informer ont-elles imaginé qu’un sujet évoquant la maladie d’Alzheimer n’attirerait qu’un public réduit? Le résultat est que la salle est saturée moins de dix minutes après l’ouverture des portes. Les refoulés, animés de sentiments divers – déception, regret, mécontentement –, s’accumulent devant le portillon au fur et à mesure que le temps passe. Le succès devient de plus en plus embarrassant.

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25/10/2016

Les forums du "Matin":vers un retour au calme

Pas simple! Pas simple du tout! Le site du Matin a pris à la fin du mois d’août la décision courageuse de faire le ménage dans ses forums. L’ opération tient en deux volets. L’inscription de tout commentateur est soumise à une gestion plus rigoureuse: chaque participant est tenu de fournir désormais des indications attestant son identité et livrant ses coordonnées (adresse électronique et numéro de téléphone mobile). La surveillance du contenu des propos mis en ligne se fait plus attentive, la modération devient plus stricte.

Affirmé dans les colonnes mêmes du journal, l’objectif de la rédaction est de parvenir à ménager aux internautes «un véritable lieu de discussion dans le respect mutuel», et non de les convier à une foire d’empoigne. «Des débats, pas du fiel», proclamait le titre.

Le médiateur n’a reçu que très peu de réactions à la mise en œuvre de la réforme. Mais le jour de l’annonce, ce message lui est parvenu: «Le Matin (…) bannit toutes les opinions dissidentes dans ses forums. La dictature de la pensée unique avance!». Par pensée unique, la précision est apportée qu’il s’agit bien du triomphe attendu du «politiquement correct». Pas du fiel peut-être, mais alors du miel. Seulement du miel?

Cet internaute primesautier aurait sans doute quelque peine à le démontrer. Et plus encore à convaincre l’auteur d’un long réquisitoire guetté par l’hyperbole et l’extrapolation, parvenu un mois plus tard: «Une simple lecture (…) vous montrera, sans équivoque, que les pollueurs d’hier sont toujours présents et que seuls leurs contradicteurs occasionnels ont été évincés.»

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11/10/2016

Les démentis restent ouverts à la critique

L’insertion dans les colonnes d’un journal d’une rectification ou d’une précision permet de retoucher une information incorrecte ou incomplète. Elle est l’affaire de la rédaction, qui prend sur elle d’opérer la correction (voir la Page du médiateur, 21 juin 2016).

Le démenti est d’une autre nature. Il s’impose de l’extérieur. L’initiative en est prise par une personne, une entreprise ou une institution mêlée à une affaire traitée par les médias. La présentation des faits est contestée, d’éventuelles accusations sont déclarées sans fondement.

Le démenti  peut intervenir à tout moment. Il est souvent intégré à l’exposé même des faits. Le journaliste est tenu par sa déontologie d’entendre avant toute publication une personne faisant l’objet de reproches graves. C’est donner à cette dernière la possibilité de se défendre, voire de dénier tout motif à de tels reproches. Sa position doit être alors reproduite «de manière loyale» dans le même récit médiatique.

Il existe des exceptions: si les reproches proviennent de sources officielles publiques – par exemple, de jugements de tribunaux; si les reproches et la réaction de la personne ont été déjà portés à la connaissance des lecteurs – la réaction de l’intéressé ne pourrait cependant se voir escamotée dès lors que les reproches eux-mêmes seraient rappelés; si un intérêt public prépondérant le justifie.

Il n’est pas rare néanmoins qu’une rédaction reçoive un démenti après publication. Par exemple, lorsque l’audition requise de la personne mise en cause n’a pu avoir lieu. Ou qu’un acteur autre qu’elle se sent également visé. Ou encore qu’il y a eu négligence ou trop prompt recours à la notion d’intérêt public prépondérant. Il convient alors d’en faire état publiquement, de manière non moins loyale. Dans certains cas, la parution d’une lettre de lecteur peut convenir.

Cette ouverture à l’information contradictoire n’interdit pas à un média de maintenir ses informations, pour autant que ses sources soient sûres. Elle ne lui interdit pas non plus de soumettre le démenti à la critique.

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27/09/2016

La presse écrite cherche des sous

iciPartout, l’argent manque. Pour faire plus, mieux, nouveau. Pour continuer à faire, tout simplement. Les universités, les institutions culturelles ne comptent plus sur les seules contributions des collectivités publiques. Celles-ci ne suffisent pas à assurer des prestations ni à satisfaire des ambitions répondant à un jeu de concurrence de plus en plus sévère. La recherche de fonds est devenue une activité à part entière. Des fondations sont sollicitées, le parrainage et le mécénat sont encouragés.

Par son ampleur, le phénomène est nouveau. Il est exposé à des dérapages. L’exemple académique le plus caricatural, et pourtant réel, est la recherche sur le cancer des poumons financée par l’industrie du tabac. Dans domaine culturel, le risque est celui de l’intervention d’un parrain généreux en mal d’influence sur les choix artistiques. L’apport de fonds extérieurs ne devrait donc pas échapper au respect de règles et de normes qui assurent à la fois l’indépendance des institutions et la transparence quant à leurs origines et conditions.

La presse écrite quotidienne se trouve aujourd’hui dans une situation analogue. Elle ne reçoit certes pas de fonds publics, bien que l’information semble être considérée encore comme un bien commun en démocratie. Depuis bientôt deux siècles, elle tire ses ressources de ses ventes et de ses recettes publicitaires. Mais son modèle économique est atteint d’anémie.

Partout dans le monde, les tirages des journaux s’érodent, même parmi les plus grands. Partout, les volumes publicitaires se ratatinent. Les deux sources financières de la presse sont en voie d’assèchement.

La presse écrite quotidienne subit deux migrations massives: celle des lecteurs, et d’abord des plus jeunes, celle d’annonceurs autrefois très présents sur le marché de l’automobile, de l’emploi, de l’immobilier, des petites annonces. Tout le monde se retrouve désormais sur le Net.

Les journaux se lancent donc à leur tour dans la recherche de fonds. Les pratiques de deux quotidiens romands se voient discutées.

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13/09/2016

Les images et la voix de Marc Riboud

«La fille à la fleur»,  image saisie à Washington en 1967, lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam, c’est lui. Le vertigineux «Zazou, le peintre de la tour Eiffel» de 1953, c’était déjà lui.

Le photographe Marc Riboud est mort à Paris dans les derniers jours d’août, à l’âge de 93 ans. Pour l’agence Magnum, il parcourut la Chine de Mao, il fut le dernier photographe occidental à ramener des images de Hô Chi Minh. Il a couvert le procès de Klaus Barbie, la révolution iranienne de 1979, l’enterrement de Nehru. C’est pourtant une photographie qu’il n’a pas prise qui lui vaut une place à part dans l’histoire du photoreportage.

Au Bengladesh, Marc Riboud refuse de photographier un massacre d’opposants à l’indépendance. Les images d’autres photographes présents sur les lieux feront le tour du monde. Elles vaudront au jeune Michel Laurent un prix Pulitzer.

Dans son livre Profession photoreporter, le journaliste Michel Guerrin explique. La capitulation des troupes pakistanaises devant les troupes indiennes, appuyées par des maquisards bengalis, donne le 16 décembre 1971 naissance au nouvel Etat. Le lendemain, la résistance organise un grand rassemblement au stade de Dacca. Liesse de la libération, mais aussi fureur de l’épuration: des partisans du maintien dans le Pakistan sont sauvagement embrochés.

Riboud raconte: «J’ai vu les baïonnettes pénétrer les corps et le sang couler. Les malheureux hurlaient. Impossible de photographier. Une guerre, c’est rien à côté.» Avec l’une de ses collègues, il part à la recherche d’un officier indien pour arrêter le massacre. Il ne trouve personne. Il revient sur les lieux et voit des enfants pisser sur les cadavres. «J’ai dégueulé.»

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