07/04/2016

Le choc de la photo

Publier ou ne pas publier.

Hier, c’était le corps sans vie d’un petit garçon de trois ans, échoué sur une côte turque. Image bouleversante par une attitude d’innocent abandon, celle des enfants endormis.

Aujourd’hui, c’est une femme hébétée, partiellement dévêtue, après les explosions à l’aéroport bruxellois de Zaventem. Elle est en soutien-gorge, sous les lambeaux d’une veste jaune. Les bourrelets de son abdomen s’abandonnent sur la ceinture de son pantalon. Elle est privée de toute dignité, au contraire de sa voisine, tenant un téléphone portable de sa main ensanglantée. Elle n’y peut rien.

La photo de Zaventem est prise par Ketevan Kardava, une journalistes de la télévision publique géorgienne, qui se trouve sur place. Tenue pour emblématique,  elle fait le tour des médias. L’effet produit sur le public dépend comme souvent de l’emplacement de l’image, de ses dimensions, de son cadrage. La Tribune de Genève et 24 heures ont choisi de la publier en page intérieure, en format moyen, sous une autre image de détresse individuelle, plus grande mais moins chargée. Le Matin la retient pour sa page de couverture. Dans Le Monde, sa publication en deuxième page, mais en grand format, fait débat.

Le dilemme est évident. La photographie dit aussitôt l’horreur, sans en montrer les pires aspects, les corps déchiquetés, les membres arrachés. Or l’horreur doit être dite, le public a le droit de la connaître. En même temps, la brutalité de l’événement ne prive quiconque de son droit à l’image. Malgré son état, la victime peut attendre des médias un certain respect.

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15:20 Publié dans Images | Lien permanent | Commentaires (0)

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