19/12/2016

L'identité proclamée d'un pédophile britannique

Un ancien entraîneur britannique provoque le scandale dans le monde du football. Déjà plusieurs fois condamné, il est à nouveau poursuivi pour huit faits d’agression sexuelle sur mineur. Les actes auraient été commis au début des années 1980. L’homme  a travaillé pour divers clubs, dont Manchester City et Stoke City (la formation actuelle de l’international suisse Xherdan Shakiri).

L’annonce par les services du procureur de la Couronne met en émoi la Grande-Bretagne. Plusieurs joueurs de football accusent l’ancien entraîneur d’agressions sexuelles, subies alors qu’ils étaient encore adolescents. Le football est un sport universel, rien d’étonnant que la nouvelle fasse aussitôt le tour de la planète.

Les médias suisses s’en saisissent, comme beaucoup d’autres. La Tribune de Genève et 24 heures publient le même article circonstancié de leur correspondant commun à Londres, Tristan de Bourbon. Faut-il donner le nom de l’ancien entraîneur?

Le quotidien vaudois choisit de privilégier le thème et d’en élargir le champ. Il lui consacre le titre de tête de première page de son édition du 1er décembre. Il réserve une page entière à « la lutte délicate contre les prédateurs des vestiaires », évoquant les efforts de prévention de l’Association cantonale vaudoise de football. Le nom de l’inculpé, en toutes lettres, figure déjà à la première ligne du texte paru sous la manchette, soit sous le titre de la première page.

La Tribune de Genève, elle, ne porte pas l’affaire en «Une». Elle s’en tient au seul article du correspondant à Londres, placé en page intérieure. Le responsable de l’édition décide de désigner l’ancien entraîneur par ses seules initiales. La rédaction s’en tient à la consigne lors des deux premières occurrences, mais flanche à la troisième. Prénom et nom finissent donc par apparaître dans le texte. Qui plus est, le site Web du journal genevois, qui met en ligne des contenus communs aux titres de Tamedia, révèle non seulement l’identité du prévenu, mais publie sa photographie reprise du Daily Mirror.

Pour le dire brièvement, le traitement par 24 heures s’accorde à celui que réserve à l’affaire la plupart des médias; le traitement par la Tribune de Genève, dans son édition imprimée, se veut d’abord respectueux des normes déontologiques.

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07/12/2016

Les sondages d'opinion soumis à des coups de sac

Le printemps a fait surgir le Brexit des urnes britanniques et l’automne a été chaud. Election de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. En France, écrasante victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite et du centre. En Suisse, comme en catimini dans le brouhaha ambiant, un vote populaire sur la sortie de l’énergie nucléaire pas conforme aux sondages, et notamment à l’enquête d’opinion réalisée par Tamedia.

Les enquêtes sur l’électorat sont partout soumises à d’énergiques coups de sac. La démocratie aurait-elle mal à ses sondages? Fournies après coup, les explications les plus pertinentes, ou les plus probables, ne suffisent pas à convaincre. L’opinion publique est habitée par une incrédulité croissante. Cela ne l’empêche pas de guetter en chaque occasion les résultats délivrés par les instituts spécialisés, relayés par les médias.

L’oubli qu’un sondage n’est pas un oracle est tenace. Un sondage ne prédit rien. Il n’est que la photographie de l’état de l’opinion à un moment donné. L’indication systématique par les sondeurs d’un intervalle de confiance vise à relativiser le résultat chiffré. Elle est mal perçue et augmente le doute lorsque la marge est allègrement enjambée.

La photographie proposée par les sondeurs n’a pas la précision des nouveaux appareils digitaux. Une enquête d’opinion dépend de divers facteurs, dont la prise en compte varie selon les techniques et procédures utilisées.

L’idéal serait que l’échantillon défini corresponde exactement à l’univers concerné. Il serait aussi que chaque réponse soit à la fois sincère et assurée: la personne questionnée dit effectivement ce qu’elle pense; et ce qu’elle dit, elle l’exprime ensuite dans l’urne.

Or, les sondeurs savent depuis longtemps que des gens taisent leurs inclinations pour certains candidats, partis ou projets, stigmatisés à tort ou à raison par la majorité des médias. Ils essayent de corriger les distorsions, sans toujours y parvenir.

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