19/04/2017

De bons apôtres au chevet de la presse romande

Les grands bouleversements sont propices à l’ouverture de nouvelles perspectives. Ils s’accompagnent aussi de moments de désarroi. La presse écrite en Suisse romande vit des temps difficiles. Cela vaut au médiateur ce commentaire d’un lecteur: «Il ne fait aucun doute que c’est la perte de crédibilité de la presse qui la conduit à la ruine».

 L’avis est largement partagé. Il n’est que de se balader sur la plate-forme des blogs de la Tribune de Genève, sur celle de 24 heures ou alentour. Les bons apôtres se bousculent.

 Il suffirait, dit l’un, d’écouter enfin la voix du peuple, qui a l’accent de l’UDC. En Suisse alémanique, la Weltwoche cartonne. Les quotidiens, dit un autre, n’ont qu’à se distribuer gratuitement. 20 Minutes s’en sort fort bien. Selon un troisième, les motifs avancés pour expliquer la crise – la révolution de l’Internet et l’exode des annonceurs – ne seraient que des prétextes. Ils ne tromperaient personne. Voyez Le Courrier, valeureux survivant presque sans publicité ni moyens sophistiqués!

 Dommage! Les derniers chiffres d’audience publiés en avril sont de nature à rafraîchir les enthousiasmes. La Weltwoche perd plus d’un lecteur sur cinq en un an. 20 Minutes reste le titre le plus lu de Suisse, ses trois éditions linguistiques confondues; mais l’audience de l’édition papier en français est en recul.

 Nos bons apôtres ne sont pourtant pas avares de conseils. Les journaux retrouveraient leur crédibilité, leur public et leurs revenus s’ils se laissaient insuffler davantage de pluralisme ou de goût pour la recherche. S’ils résistaient à tout suivisme journalistique, s’ils osaient s’écarter du sillage des décideurs. Ou encore s’ils s’affranchissaient de l’influence morale de la bien-pensance.

Pourquoi ne pas en débattre? Il est toujours possible de faire mieux, d’approfondir plutôt que de survoler, de rencontrer des gens plutôt que de reproduire des dépêches, de partir à la découverte plutôt que d’attendre la chute des marrons à la rentrée.

Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

05/04/2017

Des Noirs, dealers au coin des rues

Voilà une lectrice mécontente! Elle ne l’envoie pas dire au dessinateur Herrmann, de la Tribune de Genève. Elle glisse sous enveloppe la coupure d’un dessin récent sur la vente de cannabis légal, assortie d’un double commentaire: «Pourquoi le dealer est-il forcément noir? Et s’il n’y avait pas tant de clients blancs?» Le dessin applique en effet cette répartition des rôles.

Faut-il y voir un indice de racisme? Gérald Herrmann s’en défend. «C’est très exactement la deuxième fois que je désigne un dealer en représentant un Noir». La vente de cannabis et autres stupéfiants au coin des rues n’est pourtant pas un sujet rare. Hermann lui a déjà consacré plusieurs de ses dessins quotidiens.

Chacun sait que s’ils vivent ou vivotent de leur trafic, les revendeurs de drogue n’en sont pas les principaux exploitants. Ils sont les instruments de gros trafiquants, selon des filières liées à leurs origines : aux Maghrébins  le cannabis, aux Albanais l’héroïne, aux Africains de l’Ouest la cocaïne. Cette répartition reste toujours d’actualité, confirme un porte-parole de la police, sans exclure une part de diversification. Du coup, en attribuant à des Noirs la revente de cannabis, fût-il illégal, le dessin allègerait plutôt la charge.

Les collaborateurs de la Tribune de Genève sont les témoins quotidiens du petit trafic qui, dès la fin du jour, se déroule sur le tronçon de la rue des Rois longeant le cimetière et dans des rues avoisinantes. Ils observent de temps en temps des interventions de policiers. Tous les revendeurs du quartier, au su et au vu de ses habitant ou des passants, sont des Noirs. Cette réalité devrait-elle être occultée?

Pour lire la suite et découvrir le dessin de presse sur la Page du médiateur, cliquer ici.