03/05/2018

La navigation compliquée du journalisme scientifique

Comment parler de la science dans les médias ? Le magazine des journalistes Edito fait de la question le thème principal de sa dernière livraison. Pas simple.

La page de couverture donne le ton. On y voit un journaliste perplexe devant son ordinateur portable et trois personnages en blouse blanche soufflant dans son dos ces deux messages : « Vous avez bien compris ce que vous devez écrire ? » et « N’oubliez pas pour qui vous travaillez ! »

Le journalisme scientifique a mis du temps à s’ouvrir une voie dans les médias généralistes. Les débuts spectaculaires de la conquête spatiale, dans les années 1960, ont largement contribué à éveiller l’intérêt du grand public.

La voie n’est pas assurée. Comme le relève un journaliste spécialisé, Olivier Dessibourg, une information scientifique régulière apparaît encore comme une élégance : c’est bien d’en avoir (« nice to have »).

Les médias vivent actuellement des temps difficiles. Les journalistes scientifiques ne sont pas les mieux protégés. Le magazine Edito signale pourtant une exception : l’ATS, l’agence de presse nationale, licencie, et pourtant sa rubrique scientifique n’est pas affectée. Elle se renforce même. La raison ? Ce n’est pas l’ATS qui paie. L’information scientifique de l’agence est soutenue par la Conférence des recteurs des universités suisses (swissuniversities), rejointe en 2016 par les Ecoles polytechniques et la Fonds national suisse.

Le recours à des soutiens extérieurs comme panacée ? Un microbiologiste devenu journaliste, Beat Glogger, a mené déjà plusieurs expériences en Suisse alémanique. Deux fondations ont financé pendant sept ans la parution d’une double page hebdomadaire dans 20 Minuten. Glogger a lancé au début de cette année la plate-forme higgs.ch, soutenue par la fondation Gebert Rüf. L’aventure continue.

Soutiens financiers extérieurs donc. Pour quelle assurance d’indépendance ? Cela dépend évidemment des partenaires. Dans les cas cités, toutes les garanties semblent effectivement offertes par des institutions publiques comme les universités ou des fondations.

L’affaire n’est pas moins complexe lorsque le soutien se traduit par un apport de compétences. Le monde scientifique est peuplé de chercheurs qui ont intérêt à ce que les médias parlent d’eux.

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