10/09/2019

L'enquête, zone de résistance du journalisme

C’est entendu. Au cours des quinze dernières années, le journalisme a perdu peu à peu le contrôle de plusieurs territoires où il exerçait sans partage ou presque.

Les journalistes ne sont plus les seuls à raconter le monde. Le public tolère de moins en moins que les médias lui imposent leur vision de l’état de la planète ou même de leur réalité la plus proche. Cela se traduit par des manifestations de rejet. Par exemple: lors de la crise des “gilets jaunes” en France.

Les journalistes s’effacent de plus en plus comme analystes au jour le jour. Des experts leur disputent cet ancien privilège. Déjà convoqués depuis longtemps sur les plateaux de télévision, plusieurs de ces spécialistes ont choisi d’assurer eux-mêmes une communication publique par la tenue d’un blog ou une participation régulière à des sites dédiés. Le professionnel de l’information n’est plus, s’il l’a jamais été, «celui qui sait».

Les journalistes sont moins présents comme témoins directs des faits. Ils sont supplantés par des observateurs que leur propre participation ou le hasard ont placés au bon endroit au bon moment. Des reflets en image sont transmis instantanéments par ces amateurs sur les réseaux numériques.

Sur le Web, ces évolutions tendent à effacer les différences entre les sources d’information. Les journalistes sont placés par le public sur le même pied que n’importe quelles autres sources. Cela entraîne une très curieuse liberté des faits, dont l’un des avatars est le «fait alternatif» poussant sur les plates-bandes de la «post-vérité».

Des faits, et non des opinions. La liberté d’opinion a toujours existé. Elle a connu des périodes de plein épanouissement, d’autres de triste rabougrissement. Mais elle n’a jamais été discutable comme telle en démocratie. Elle fleurit à tout va sur les réseaux de la communication numérique, et c’est très bien ainsi. Chacun peut prétendre à la liberté de s’exprimer.

Mais la référence aux faits devrait rester le point d’ancrage obligé de tout débat. Elle ne l’est plus de manière irréfutable.

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