15/01/2020

Pourquoi tant de zèle à «mettre la honte»sur les réseaux sociaux?

Mettre la honte. Sur les réseaux sociaux, le phénomène est fréquent. Quels sont ses mécanismes? Qu’exprime-t-il des rapports sociaux? De l’ordre moral dominant? Au cours de l’an dernier, le journal Le Monde a publié deux amples analyses sur l’humiliation en ligne (8 juin et 15-16 septembre 2019) qui restent d’actualité.

L’humiliation publique est une sanction aux anciennes racines. Les femmes en ont été souvent des victimes désignées. On se souvient de La Lettre écarlate de l’écrivain américain Nathaniel Hawthorne, dans la Nouvelle-Angleterre puritaine du dix-septième siècle. Ou encore des femmes tondues de la Libération en France, trois cents ans plus tard. Mais les hommes aussi se voyaient autrefois infliger des humiliations publiques, pilori ou enduction du corps de goudron et de plumes, pratique courante dans les plaines du Far West.

Selon Benjamin Loveluck, chercheur en activité à la haute école Télécom Paris, l’humiliation vise à renforcer un ordre social et moral existant là où la loi n’intervient pas ou peu. L’idée est «soit de vouloir être plus rapide que la justice, soit de s’y substituer parce que la justice ne permet pas de prendre en compte efficacement certains types de transgression, comme le harcèlement sexuel ou le racisme».

Dans son essai sur l’écrivain japonais Mishima, Marguerite Yourcenar attribue l’obsession de la honte sociale à un besoin presque paranoïaque de «normalisation». Une obsession dont, rappelle-t-elle, l’ethnologue américaine Ruth Benedict (1887-1948) a si bien dit qu’elle avait remplacé celle du péché.

Mais pourquoi ce retour sur les réseaux sociaux? Antonio Casilli, de Télécom Paris lui aussi, lie la résurgence de la culture de la honte à la délégation, par toutes les grandes plates-formes numériques, de la responsabilité de la régulation aux utilisateurs eux-mêmes. Or, cette régulation idéalement conçue n’opère pas.

Pour lire la suite sur La Page du médiateur, cliquer ici.