24/01/2014

Le piège des apparences

Un homme effacé est le titre d’un livre. Paru aux éditions Gallimard, il a reçu l’an dernier le Prix Goncourt du premier roman. Alexandre Postel, son auteur, est né en 1982. Que vient faire un roman dans cette Page du médiateur? Rappeler l’exigence du doute méthodique au départ de toute démarche journalistique, seul moyen de ne pas tomber dans le piège des apparences. C’est l’une des fortes leçons de ce récit passionnant et peu commun, qui renvoie à des situations plus fréquentes qu’il n’y paraît.

L’homme effacé dont parle Postel s’appelle Damien North,  professeur de philosophie entre deux âges. Depuis la mort de sa compagne douze ans plus tôt, il vit en solitaire une existence médiocre. Ses liens familiaux sont distendus, ses relations avec ses collègues de l’université peu actives et nourries de mesquineries dont le milieu est prodigue, il connaît à peine ses voisins.

Voilà qu’un jour son ordinateur portable, connecté au réseau de la faculté, lui refuse tout accès. Ses appels au service informatique restent vains. Au moment où il croit ouvrir la porte de son domicile à un technicien enfin venu le dépanner, il se trouve face à deux policiers. Il apprend qu’il aurait chargé illégalement des images pédopornographiques. Son matériel informatique est saisi.

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29/11/2013

Les récits de faits divers et leurs blessures inutiles

Les faits divers se sont installés très tôt dans la presse imprimée. Ils continuent d’occuper une place de choix dans les quotidiens d’aujourd’hui. Ils disputent leurs manchettes aux événements qui informent sur la marche du monde ou la vie des communautés locales. Depuis quelques années, leur présence s’accroît dans le temps pourtant compté des journaux télévisés. Par leur caractère en rupture de normalité, ils interpellent, touchent ou révulsent.

Il n’est pas étonnant que les lecteurs et internautes leur prêtent attention et que leurs récits suscitent autant de réactions. Compassion ou aversion, l’écho émotionnel des faits divers dans le public est audible. Chacun se sent aussitôt concerné.

Puisque l’émotion oriente naturellement la lecture des faits divers, elle risque en permanence d’en orienter le récit. Les sentiments ne sont pas interdits aux journalistes, qui sont des êtres humains comme les autres. Simplement, leur expression devrait respecter quelques garde-fous.

Autant que les faits eux-mêmes, ces garde-fous sont sujets à questionnement. Le médiateur en fait l’année durant son ordinaire.

Le partage entre la nécessaire information et le voyeurisme gratuit en est un.

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05/11/2013

Un ange est passé

Un ange est passé. Les médias ne l’ont pas manqué. Un ange blond au regard triste, sans ressemblance avec les angelots joufflus des églises baroques, pétants de santé et de joie de vivre. Une petite fille, apparue en Grèce, dans un camp rom. Elle appartenait à une famille dont les parents ne sont pas les siens. Des tests l’ont prouvé. Ses vrais parents ont été retrouvés. Ils sont des Roms, eux aussi, non de Grèce, mais de Bulgarie (...).

De ces faits largement relatés, Alain Salles tire dans Le Monde un billet qui fait réfléchir. «Eh bien oui, affirme-t-il en titre, les Roms peuvent être blonds!» La petite Maria est blonde comme le sont la plupart de ses frères et sœurs.

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04/10/2013

Adeline, encore: pourquoi cette Maternité?

«Oui, mais… Et l’image de l’enfant?» En effet. Le médiateur ne s’est pas arrêté dans son dernier billet sur la publication d’une photographie d’Adeline portant dans ses bras sa petite fille, née voilà huit mois. Parue dans Le Matin du 14 septembre et dans Le Matin Dimanche du lendemain.

Il y a quelques raisons à cela. L’ampleur du drame, son retentissement social, le jaillissement de nombreuses questions sur son traitement journalistique justifiaient de la part du médiateur une réaction rapide, quelques orientations générales quant au comportement des médias à l’égard de la victime et du présumé coupable. Il était plus délicat d’aborder sans plus de recul la parution de cette «Maternité». Il ne suffisait pas d’écouter le lecteur qui s’interroge, proteste ou s’indigne devant une conduite émotionnelle. Encore fallait-il prendre le temps de s’enquérir des motifs des rédactions.

C’est désormais chose faite. Les rédactrices responsables du Matin et du Matin dimanche ont eu le loisir de s’en expliquer.

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16/09/2013

Au-delà de la nausée

Cela ne pouvait pas manquer. Le médiateur se trouve une fois de plus (une fois de trop) confronté aux questions que se pose le public après un acte criminel abominable. Sur quels fondements, juridiques, déontologiques repose le traitement réservé par les médias à l’auteur présumé, à la victime? Le dire sans attendre: les considérations attendues du médiateur consistent à disséquer froidement des pratiques professionnelles, alors que l’émotion qui saisit chacun ne l’épargne pas non plus. De telles observations s’apparentent aux actes d’un médecin légiste. Comme ce fut le cas le printemps dernier, lors du meurtre de Marie, il est impossible de se saisir de telles questions sans devoir surmonter un tenace sentiment de nausée.

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09/09/2013

Messages en absence

Le médiateur a pris quelques vacances. Pendant son absence, deux des messages qui lui sont parvenus reprennent des thèmes souvent traités sur cette Page. Ils le font en situation, à propos de l’actualité estivale. Le rôle du médiateur est d’écouter les lecteurs et de chercher à répondre à leurs réclamations. Il ne s’en écarte pas en faisant, pour une fois, entendre directement leur voix.

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15/08/2013

Querelle de chiffres

Un lecteur de La Côte tombe sur un titre en première page du Matin, le 5 juillet. Il lit: «Les lesbiennes osent davantage se mettre en couple». Le sens en est ambigu. Il peut signifier que les femmes homosexuelles sont plus nombreuses à franchir le pas du partenariat que les hommes. Ou qu’elles y recourent davantage que dans un passé récent.

Le lecteur se reporte à l’article concerné, dans les pages intérieures. Le titre est plus général: «De plus en plus de femmes sont en couple ». Mais un sous-titre fait aussitôt pencher la balance du côté de la première interprétation: «En Suisse, le nombre de lesbiennes qui ont fait appel au partenariat enregistré en 2012 dépasse celui des gays».

L’auteur de l’article se réfère à un communiqué de l’Office fédéral de la statistique, qui remonte au début de l’année. Le lecteur y découvre une réalité différente.

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05/08/2013

Les maux de nos mots

La discussion n’est pas de toute première fraîcheur, mais sa pertinence n’est pas affaire de saison. Une main amie de la Riviera a transmis au médiateur copie d’un extrait de La Gazette du 5 juillet. Non pas une page tirée des archives de l’illustre quotidien vaudois disparu. Mais la chronique «Réflexion» du mensuel de la fonction publique de l’Etat de Vaud. Cette publication est destinée à un public interne à l’administration et aux membres d’institutions cantonales.

Le chancelier d’Etat Vincent Grandjean s’en prend à la banalisation et à l’abus de mots porteurs de violence dans les médias. Le prétexte de cette mise en question est le titre d’un éditorial de 24 heures du 12 juin dernier sur la réforme de la nouvelle loi sur l’enseignement obligatoire: «L’Ecole mérite mieux que la dictature».

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08/07/2013

Information en ligne et droit à l'oubli

Existe-t-il encore un droit à l’oubli? L’Internet le met à mal en même temps qu’il en étend considérablement la portée.

Il ne suffit plus de s’en tenir, contre de perturbants rappels dépourvus de véritables justifications, à la protection d’une personne qui a eu par le passé affaire à la justice.

Il ne s’agit pas seulement non plus, dans une perspective élargie, d’empêcher l’évocation publique de faits anciens, qui entraverait sans fondement le secret et la tranquillité propices au développement de la personnalité de chacun.

Selon un projet formé par la Commission européenne au début 2012, il est désormais question d’introduire un véritable droit à l’oubli numérique. Celui-ci viserait à endiguer les atteintes portées à des personnes par les vagues algorithmiques des moteurs de recherche.  Chacun serait ainsi en droit d’obtenir la suppression de données qui le concernent, pour autant qu’aucun motif légitime ne justifie leur conservation.

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26/06/2013

Retour sur OffshoreLeaks

C’était il y a près de trois mois. Grand battage autour de révélations issues de données rassemblées par un Consortium international de journalisme d’investigation (ICIJ) d’origine américaine, auquel d’autres journaux se sont associés. L’opération s’appelle «OffshoreLeaks», sur le modèle de WikiLeaks, l’entreprise pionnière de Julian Assange. Les fuites concernent des placements financiers opaques dans des paradis fiscaux. Quelque cent vingt mille sociétés seraient impliquées dans cette activité.

Une nouvelle étape est franchie depuis que le consortium a décidé de rendre publique sur l’Internet, donc accessible à chacun, une partie des données d’OffshoreLeaks. Dans un entretien accordé au Monde (édition des 16 et 17 juin), son directeur Gerard Ryle justifie la décision en affirmant que «le besoin de transparence fiscale prévaut sur la protection des données».

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17/06/2013

L'Internet, l'oubli et la mémoire

 

L’émotion qui entoura l’enlèvement et la mort de Marie n’est pas effacée, prête à renaître dès que s’annoncera le procès de son ravisseur. Les médias sont passés pour l’instant à autre chose. Avec un court recul d’un mois s’impose néanmoins une observation jusqu’à ce jour négligée.

Des personnalités vaudoises ont émis sur le moment,  à des titres divers,  des critiques quant au traitement réservé à ce drame par les grands quotidiens du canton. Elles se sont moins attachées aux articles publiés qu’à leurs traces numériques. C’est davantage la permanence d’éléments litigieux sur les sites en ligne qui a justifié leurs interventions que leur présence dans les éditions papier.

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23/05/2013

Les médias et la mort de Marie

L’abominable ne connaît pas de frontières. L’enlèvement et la mort de Marie bouleversent les esprits, dans ce petit coin du monde épargné par les atrocités répertoriées chaque soir par les journaux télévisés.

Sous l’émotion partagée, l’incompréhension. Comment se fait-il que le ravisseur se soit trouvé astreint à de simples arrêts domiciliaires, alors que ses antécédents semblaient requérir une plus étroite surveillance? Les médias ont très rapidement ouvert le débat, déployant ici leur fonction critique en démocratie. Le thème en est : la Justice et la mort de Marie.

Mais le récit du meurtre et l’exploration de son contexte n’ont pas échappé non plus à des interrogations, dont le médiateur s’est trouvé diversement saisi. Il s’agira donc ici d’un autre sujet: les médias et la mort de Marie.

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29/01/2013

Florence Cassez improbable icône

Ce n’est pas l’affaire du siècle. Ni même du mois. La libération de Florence Cassez, détenue au Mexique depuis sept ans, a été traitée sans emphase, à sa juste mesure, par les quotidiens lémaniques. Une «fenêtre» en première page du Matin annonçant une dépêche développée de l’Agence télégraphique suisse en page intérieure illustrée. Une brève mention en bas de Une de la Tribune de Genève, aucune sur celle de 24 Heures, mais dans les deux journaux un article de leur correspondant commun à Paris. Dans Le Temps, une dépêche de l’AFP. L’affaire s’est vite éteinte.

Sur le moment, le traitement a été plus bruyant et plus spectaculaire en France, ce qui est normal. Pour une fois, la presse romande ne s’est pas laissé aspirer par les tourbillons des médias voisins.

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13/09/2012

Remous autour de gens du voyage

Le mois d’août tire à sa fin. Un lecteur de Founex s’étonne. Alors que la Tribune de Genève et La Côte en parlent, pourquoi 24 Heures et Le Matin ne publient-ils aucun reportage sur le campement des gens du voyage à Chavannes-de-Bogis et à l’entrée de Founex?

Un mois plus tôt, un mariage gitan célébré sur un champ proche de Muraz, dans le Chablais valaisan, avait suscité une forte attention médiatique et de nombreux commentaires de lecteurs ou d’internautes. Depuis lors, de modestes péripéties suffisent à alimenter la chronique. Ainsi, les pérégrinations de gens du voyage en Suisse romande, expulsés de Payerne, puis délogés de l’entrée de Divonne, enfin arrivés en Terre-Sainte.

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26/06/2012

Enquêtes, sondages et questions du jour

Voilà un petit assortiment qui provoque des interpellations assez régulières au médiateur. Même en laissant de côté la question controversée du sondage d'opinion avant une échéance politique, que le public ne manque pas de lire le plus souvent comme une prémonition, il reste assez de grain à moudre.

Une lectrice de 24 Heures vient de protester contre la présentation d'une enquête menée auprès de commerces lausannois sur le thème de la sécurité. Les sondages périodiquement organisés par la Tribune de Genève auprès de son lectorat ne manquent pas non plus de susciter des réactions. Le dernier en date porte sur la mobilité à Genève.

 

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