03/03/2016

De quoi la schizophrénie est-elle le nom?

Maladie mentale, la schizophrénie représente pour qui en souffre un lourd handicap. Elle se caractérise par une désorganisation psychique qui se manifeste par l’ambivalence des pensées et des sentiments. Elle se traduit par une conduite paradoxale. Elle entraîne une perte de contact avec la réalité et un repli sur soi. Par ses symptômes, des crises, elle est porteuse d’inquiétude pour l’entourage familial et social.

Comme l’ensemble des maladies mentales, elle est loin d’être partout traitée dans le monde à hauteur de sa gravité, ni même reconnue. Tous les pays n’offrent pas aux malades les soins de médecins et d’établissements spécialisés. Loin de là. La schizophrénie, selon les temps et les régimes, a souvent servi de commode passeport pour des asociaux et des dissidents politiques, envoyés dans des camps ou maintenus sous régime pénitentiaire.

En quoi cette triste réalité concerne-t-elle les médias? En premier lieu au titre de leur devoir de vigilance envers les abus de pouvoir et de défense des droits de l’homme. Il ne s’en sont pas privés à l’époque du goulag. Leur attention a été plus inégale par la suite, en d’autres régions de la planète où le déni de la maladie mentale est largement partagé.

Concernés, les médias le sont aussi par l’usage du terme «schizophrénie» qui est couramment le leur. Diverses études internationales démontrent  que le discours de la presse suscite une stigmatisation de la maladie capable d’influencer les politiques de santé et les soutiens privés.  Les médias tendent par ailleurs à la banaliser en lui attribuant un sens métaphorique,  contribuant ainsi à une incompréhension.

Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

08/02/2016

Ils ne l'ont jamais dit!

Les médias sont friands de citations, dont l’usage dispense souvent de penser. Les actes et menaces terroristes nourrissent l’actualité? Leur habit prétendument religieux offre une fois de plus une tribune à André Malraux : « Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas ! »

On l’a entendu de la bouche d’un présentateur de journal télévisé, il y a peu. C’est clair, carré, définitif. Sans qu’il soit même utile de distinguer foi et fanatisme. Ni de s’interroger sur un zèle dont la température se mesurerait à la charge d’explosif.

Sans se demander surtout d’où vient ce propos prophétique. On pourrait toujours chercher. Malraux ne l’a jamais écrit. Il ne figure dans aucun de ses légendaires discours. L’aurait-il lâché dans un salon?

Pour en en avoir le cœur net, le journaliste Pierre Desgraupes lui posa un jour la question. Réponse de l’auteur de la Condition humaine dans le magazine Le Point (10 novembre 1975) : « Je n’ai jamais dit cela, bien entendu, car je n’en sais rien. Ce que je dis est plus incertain. Je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire. »

La réponse au terrorisme par la liberté d’expression, Charlie Hebdo et son train ? C’est ici Voltaire qui se voit convoqué. La sentence est fameuse :  « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».

Introuvable dans l’œuvre abondante de l’homme de Ferney.

Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

10:37 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

28/01/2016

Mais que fait le médiateur?

Petit coup d’œil dans le rétroviseur. L’année 2015 reste marquée par plusieurs événements tragiques et proches, liés au terrorisme. Cela ne signifie pas que le médiateur ait été plus souvent sollicité. Soit que, dans l’ensemble, la couverture journalistique de l’actualité ait été considérée comme satisfaisante et n’ait pas justifié davantage de réclamations. Soit que, d’une manière générale, le lecteur se sente d’abord concerné par des manques ou des écarts professionnels qui se rapportent son environnement le plus immédiat. Rien n’exclut par ailleurs une combinaison des deux suppositions.

Pour rappel, les activités du médiateur comportent trois aspects.

Le premier est le principal. Il est de recevoir les réclamations sur le traitement journalistique de l’actualité, ainsi que sur les relations entre les journaux et leur public (gestion des lettres de lecteurs et des commentaires sur les sites web, notamment).

Le plus souvent, le médiateur rédige une explication, d’entente avec la rédaction ou de son propre chef, et l’adresse au lecteur ou internaute mécontent. Dans les affaires litigieuses, il intervient auprès de la rédaction concernée, préconise une solution et assure un suivi auprès du plaignant.

Il arrive aussi que le médiateur soit interpellé sur les activités non journalistiques des titres: un contenu publicitaire, une distribution aux abonnés défaillante, une campagne de marketing. Il se contente alors de transmettre la réclamation au service concerné de Tamedia, la maison d’édition, dans certains cas à son service juridique. Il en informe l’auteur.

Le médiateur assure enfin des réponses plus ou moins circonstanciées à des consultations internes ou externes sur des questions de pratiques journalistiques et médiatiques.

Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

15:06 Publié dans Médiation | Lien permanent | Commentaires (0)

08/01/2016

Haro sur le politiquement correct

Le «politiquement correct» a mauvaise presse. Il est perçu comme un obstacle à la liberté d’expression. Il est donné le plus souvent comme une valeur «de gauche» face à une droite qui cultiverait son franc-parler.

L’expression est née aux Etats-Unis. Elle a commencé par définir un discours conforme à une ligne de pensée. A sa manière, le discours marxiste se devait de l’être. Le qualifier de politiquement correct revenait à reconnaître son orthodoxie, que ce soit pour l’en louer ou pour s’en moquer.

Le sens s’est infléchi au cours des années 1980. La formule s’est étendue au gré de son usage dans les campus universitaires, suivant de nouveaux champs d’études sur la condition féminine (women’s studies) ou sur la communauté noire (african-american’s studies). Son développement s’est fondé en particulier sur la dénonciation du «discours de haine» (hate speach) dont sont victimes certaines personnes ou groupes sociaux. Une dénonciation qui se retrouve aujourd’hui à propos des commentaires déposés sur les espaces de discussion ménagés sur l’internet.

Marion Rousset relit cette histoire des origines dans un excellent dossier paru dans un supplément «Culture & idées» du Monde (23 mai 2105). Elle cite le sociologue Eric Fassin : «Le mot nigger était l’un des exemples de ces discours de haine, cela a toujours été une insulte. Quand une minorité est stigmatisée, son nom finit toujours par être dévalorisé».

Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

17/12/2015

La vie du commerce et des produits

Remise d’un commerce de vin sur la Riviera vaudoise, l’été dernier. Son propriétaire souhaite que le quotidien 24 heures consacre un reportage à cette nouvelle étape. Il se voit opposer une fin de non-recevoir. A l’automne, il s’aperçoit qu’une cave voisine fait l’objet d’un article circonstancié, à la suite d’une modernisation de ses locaux. Il ne comprend pas. Il y voit un favoritisme inacceptable. Il demande au médiateur des explications et un reportage équivalent.

Le médiateur ne peut que transmettre les explications de la rédaction. Le quotidien vaudois présente chaque semaine une PME du canton. Le choix peut s’accorder à une actualité: un développement des activités, une extension, un déménagement, une modernisation… La rédaction choisit librement ses sujets et en assure la diversité. Ainsi, l’attention portée à une remise de commerce ne créerait aucun «droit» pour d’autres commerçants, quelle que soit leur domaine, qui déciderait un jour de remettre leur affaire.

Cela peut paraître arbitraire. C’est aussi une façon d’affirmer l’indépendance de la presse sur un terrain particulièrement délicat.

La démarche de la cave représente une exception. Le médiateur n’est pour ainsi dire jamais interpellé sur les relations entre l’activité journalistique et la vie du commerce. Depuis qu’il a pris sa fonction, c’est même l’un de ses étonnements. La presse parle de l’ouverture de nouvelles enseignes, du lancement de produits. Elle traite des mouvements de rachat, de fusions, de cessation d’activité. Elle suit d’une manière générale la marche des affaires.

Cette large couverture dissimulerait-elle une part de compromission? La question ne manque pas de se poser. Les plaintes auprès de Conseil suisse de la presse ne s’illustrent pourtant ni par le nombre ni par la fréquence. Pour s’en tenir aux démarches auprès du médiateur, le public ne semble pas en avoir cure.

Les journalistes y sont au contraire très sensibles (...)

Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

01/12/2015

Une communication bien orientée

La télévision française (France 3) a diffusé au début de l’automne un reportage d’Yves Jeuland, A l’Elysée, un temps de président, qui aura marqué les esprits. Un temps très ordinaire, la précision s’impose, sans éruptions terroristes.

L’imperméable imperturbabilité du président Hollande dans ses costumes trempés impressionne – il pleut beaucoup lors des cérémonies officielles et le parapluie semble banni de l’arsenal présidentiel. On comprend qu’un temps de président est avant tout un temps de chien.

Ce que plusieurs observateurs ont retenu du reportage de Jeuland est le rôle central des principaux acteurs de la communication présidentielle, le conseiller personnel Gaspard Gantzer et le secrétaire général de l’Elysée Jean-Pierre Jouyet.

On n’a que peu découvert des ressorts et des mécanismes du pouvoir. Comme le relève l’historien des médias Christian Delporte, cité par Le Monde, «l’Elysée est une grande scène de théâtre avec le poids du protocole, ses pesanteurs et sa sacralité qu’il est difficile de mettre en image».

A l’inverse, on en sait donc beaucoup désormais sur l’action des communicants au service de la présidence. Dans leurs relations aux médias, les attachés de presse et autres chargés de communication représentent à la fois des solutions et des problèmes.

Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

17/11/2015

Médias et violence: un autre Glucksmann

André Glucksmann est mort le 9 novembre à Paris. Philosophe de l’indignation, donc – titre plus pertinent que le creux «nouveau philosophe». Les hommages sont allés à l’homme qui pense et s’engage, orienté par des valeurs, non selon les indications tremblotantes d’une boussole politique. Sa vie publique est jalonnée d’éclats. Ils ont marqué les mémoires.

Lit-on encore ses essais ? Le Discours de la guerre (1968), son premier ouvrage?  La cuisinière et le mangeur d’hommes (1975), son livre le plus connu rédigé après la lecture de L’archipel du goulag de Soljenitsyne? On l’ignore. On s’en voudrait d’omettre, ici et maintenant, le Glucksmann des débuts, agrégé de philosophie issu de l’Ecole normale supérieure, le Glucksmann d’avant Mai 68.

Au cours des années 60, le jeune philosophe rédigea un «Rapport sur les recherches concernant les effets sur la jeunesse des scènes de violence au cinéma et à la télévision». Il s’agissait d’une note de synthèse sur des études déjà effectuées par d’autres, non d’une enquête ou d’un réflexion personnelle. Un travail engageant rigueur et méthode. Destiné au ministère français de la jeunesse et des sports, le document traitait de la violence «ordinaire», pour autant que le qualificatif convienne. Il ne s’attachait pas en particulier aux actes de terrorisme.  

Le rapport fut publié en 1966 dans la revue Communications, qui convoquait à propos des médias et des communications de masse une pléiade de penseurs de haut vol. Les fondateurs en furent Roland Barthes, Edgar Morin et Georges Friedmann.

Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

15:43 Publié dans Images | Lien permanent | Commentaires (0)

03/11/2015

Délinquants et criminels protégés par les médias?

L’anonymat assuré par les médias à des délinquants et criminels n’en pas finit de susciter la perplexité ou l’indignation. Il est compris par une partie de l’opinion publique comme une forme abusive de protection, assurée à des gens qui ne la méritent pas..

La réserve observée dans les premiers temps de la procédure judiciaire est ordinairement admise. L’ensemble des services de l’Etat sont censés respecter la présomption d’innocence du prévenu, avant le prononcé d’un jugement de condamnation. Le Tribunal fédéral a étendu cette obligation aux médias. Cela signifie que la présentation des faits et de leur auteur présumé ne doit pas créer dans le public la conviction d’une culpabilité. Or, la publication de l’identité d’un suspect peut suffire à l’établir dans l’esprit de beaucoup.

La déontologie des journalistes admet par ailleurs qu’une identité soit divulguée dans certains cas: l’exercice par le suspect d’un mandat politique ou d’une fonction dirigeante, si un lien est établi entre la fonction et l’affaire sous instruction; la notoriété de la personne impliquée, si une relation existe entre les causes de cette notoriété et le délit ou le crime relaté; le risque de confusion avec un tiers; un intérêt public prépondérant.

En dehors de ces situations, les médias ne publient donc pas l’identité d’un suspect. Ils le désignent par tout autre moyen propre à conduire le récit des faits, sans permettre toutefois son identification par quiconque n’appartenant pas à son entourage familial, social et professionnel.

Après une condamnation, la perspective change. Plus question d’invoquer la présomption d’innocence. S’y substituent la préservation des chances de réinsertion sociale du condamné et la protection de ses proches, qu’une identification publique risquerait d’associer dans l’opprobre. De tels arguments ne sont pas négligeables.

Un lecteur de Chernex-sur-Montreux met en cause la persistance de l’anonymat, ainsi que ses modalités.

Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

20/10/2015

Campagne électorale et casse-tête journalistique

Soirée d’élections fédérales, résultats à haut débit, bousculades devant les micros. Quelle tendance? Quelles surprises? Pourquoi cette progression, ce recul?

Au cours d’une campagne électorale, le premier souci du médiateur est de prêter attention à l’équilibre opéré par les rédactions entre les diverses forces politiques. De tendre l’oreille aux critiques publiques – bien qu’elles paraissent davantage portées à flatter les idées reçues qu’à se soucier de démonstration. Les cibles habituelles en sont les médias dominants, la rts et les grands journaux régionaux.

La tâche des quotidiens d’information politique et générale n’est pas simple en période d’élection. Quelle place réserver à l’appréciation éditoriale des enjeux, des propositions, des candidats, qui relève de la liberté de la presse? Comment concilier cette liberté avec la mission d’un journal régional d’assurer une information large et complète des citoyens? Cela tourne au casse-tête.

Une équité parfaite tiendrait de la quadrature du cercle. Toutes les formations politiques n’ont pas le même poids. Convient-il de distribuer l’espace rédactionnel accordés aux partis et à leurs candidats selon la force des représentations dans le parlement à renouveler? Ce serait favoriser le statu quo et escamoter la réalité du moment. De viser une absolue égalité entre les listes, voire les candidats? Cela risquerait d’estomper les différences entre envie de participer et expérience acquise, projets et réalisations, vision idéale et souci d’efficacité. De se contenter de relater les «faits de campagne»? Cela accroîtrait les effets de distorsions déjà inévitables: les candidats occupant des fonctions politiques ou sociales importantes sont naturellement favorisés, soutenus par le cours même de l’actualité.

 
Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

07/10/2015

Comment corriger et rectifier sur le Web

Voilà une interpellation intéressante! Dommage qu’elle ait pour auteur un internaute indéfectiblement attaché à son anonymat, qui ne s’exprime que sous un prénom – authentique assure-t-il. Surtout qu’il nous parle de transparence.

24 heures publie dans son édition du 15 septembre un article sur un projet d’amélioration de l’éclairage du parking du Marché à Montreux. Le même article est repris sur le site en ligne du quotidien. Il y est accompagné d’une illustration, légendée «La place du marché de Montreux, avec son parking». Pas de chance! La photographie montre le parking du marché de Vevey. Deux internautes réagissent. La rédaction remplace la mauvaise illustration par la bonne (...).

Rien que de très courant. Lorsqu’un journaliste s’aperçoit d’une erreur factuelle, ou que cette erreur lui est signalée, il se doit de rectifier dans les meilleurs délais. On ne le répétera jamais assez: un médias fiable n’est pas un média qui ne commet jamais la moindre erreur – il n’en existe tout simplement pas sur la planète. Un média assoit sa crédibilité en rectifiant une information erronée, en précisant une information défectueuses.

 

Cette procédure habituelle conserve-t-elle toute sa pertinence sur le Net? C’est la question que soulève notre internaute: «Tout comme dans le monde du logiciel, je suggère à la presse d’avoir un historique sur les changements qu’elle effectue». En d’autres termes: d’en assurer la traçabilité.

L’interrogation n’est pas inédite.

 
Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici. 

22/09/2015

L'histoire d'un "casse" sur Facebook

A la mi-août, une bijouterie de Vevey est attaquée par trois braqueurs. Le commerce est tenu par un père et ses deux fils, qui exploitent deux enseignes dans cette ville. Le père est blessé, les malfrats prennent la fuite. L’un d’eux est rattrapé et maîtrisé par un fils du bijoutier. Captées par le système de vidéosurveillance de la bijouterie, les photographies des deux autres assaillants sont mises en ligne sur Facebook, avec le message: «Si vous voyez l’un ou l’autre de ces types à Vevey, appelez immédiatement le 117. Ils viennent de braquer la bijouterie Meylan» (24 heures, 19 août).

Ce n’est pas la première fois que la bijouterie subit un «casse». Chacun comprend dès lors l’alerte lancée par les victimes sur le réseau social. Les autorités de police sont plus réservées. Elles souhaitent garder le contrôle de la communication publique. Laissées à la discrétion de tout un chacun, de telles initiatives sont certes capables de faciliter une arrestation. Elles peuvent aussi entraver une action en cours.

A la recherche depuis six mois de l’auteur présumé d’une agression sexuelle dans un train, la police municipale de Zurich vient de recourir à une procédure peu courante, mais validée par la Conférence des procureurs de Suisse: la publication de photos pixélisées, accompagnée d’une annonce de diffusion des mêmes photos en clair si l’individu concerné ne se dénonce pas dans la semaine. Le délai étant échu, des photographies de l’individu ont été mises en ligne par la police. Le site de 20 Minutes a reproduit l’une d’elles, reprise sous forme de vignette dans l’édition papier du lendemain.

Une enquête du Matin Dimanche (13 septembre) montre que les pratiques des polices dans les cantons romands varient quelque peu, mais que le recours à une communication publique de photographies de suspects est plutôt rare.

 
Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

10:30 Publié dans Images | Lien permanent | Commentaires (0)

08/09/2015

Crimes et criminels sur le Net

Pas d’angélisme! Les faits divers sanglants, les crimes, les attentats appartiennent depuis que la presse est presse au fond de commerce des journaux populaires. De nos jours, ils s’installent le plus naturellement du monde sur les réseaux sociaux. Le Web permet de substituer à l’information relayée par les médias traditionnels une communication directe et immédiate qui échappe à tout contrôle préalable.

Ce changement décisif est au cœur de récents débats. Le plus saillant a surgi à la suite du meurtre en direct d’une journaliste et d’un cameraman de télévision, dans l’Etat américain de Virginie. Cela s’est passé à la fin du mois d’août  lors d’une émission matinale, pendant une interview.

Les téléspectateurs n’ont pas été les seuls à voir les images du meurtre. La séquence a été largement reprise par des sites et des chaînes d’information. Ce n’est pas tout. L’auteur des coups de feu a tiré d’une main et filmé de l’autre. Il a diffusé après coup deux vidéos sur les réseaux sociaux: l’une montre son approche, pistolet au poing, l’autre les coups de feu ciblés.

Les plates-formes ont réagi, mais leur temps de réaction n’a pas été assez court pour empêcher le partage et la reprise des séquences. Quelle est leur valeur d’information? Quelles images diffuser au public? Faut-il restituer, par fidélité au document, l’intégralité d’une séquence?

Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

28/08/2015

Photos litigieuses de gens ordinaires

L’image est-elle en voie de stérilisation dans les médias? Des visages floutés sont de plus en plus présents, sur des photographies de presse aussi bien qu’au cours de séquences de télévision (de manière peu cohérente lors du journal de France 2, le soir de l’affaire du Thalys). Ils altèrent la lisibilité de l’information, la réalité des événements et de leurs acteurs. Dans la presse, les images de lieux publics où figurent des gens ordinaires se font plus rares et plus précautionneuses.

Les médias sont tenus au respect d’un droit à l’image, qui suppose que l’acte de photographier une personne, à plus forte raison de publier sa photographie, passe par une demande d’autorisation. A défaut, ils essayent d’esquiver en protégeant la personne par un brouillage numérique.

Le droit à l’image appartient à la protection de la personnalité de chacun. Il n’a cessé de se renforcer du fait de l’évolution de la jurisprudence et des normes déontologiques du journalisme, non sans de justes motifs.

 
Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici. 

15:35 Publié dans Images | Lien permanent | Commentaires (0)

13/08/2015

Le maillot de bain de la discorde: quel emballement!

Dans les bagages, au retour de vacances, une histoire minuscule. Elle vient de France et n’a pas manqué de se faufiler déjà sur les réseaux sociaux et même de passer par quelques autoroutes de l’information.

 

Elle se déroule à Reims, dans le parc public Léo-Lagrange. Trois demoiselles prennent l’air, vêtues d’un short et d’un haut de maillot de bain. La tenue n’est pas très urbaine, mais elle est décente et de saison. Un groupe de jeunes filles passe à proximité. L’une d’elles s’indigne: «Allez vous rhabiller». Réaction immédiate de l’une des demoiselles apostrophées. Echange d’insultes. Cela tourne au crêpage de chignon. La police intervient.

Trois jours plus tard, dans son édition de fin de semaine, le journal local L’Union raconte l’incident. Il rapport les faits, non sans les nourrir d’un commentaire de son cru. De la jeune femme qui se rebiffe, il écrit qu’elle est «effarée par un tel comportement aux relents de police religieuse».

C’est aussitôt l’emballement sur les réseaux sociaux. L’Union a beau retirer de son site les quelques mots malheureux, la mèche est allumée. Le maire de Reims dénonce une agression «intolérable sur notre territoire». Le délégué interministériel à la lutte contre le racisme en appelle à «des sanctions exemplaires». Le vice-président du Front national affirme sur son compte Twitter que la victime a été «lynchée car vivant à la française».

Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

15/07/2015

Rencontres d'Arles: les photographes enquêtent aussi

Au cours de l’été 1981, le photographe français Raymond Depardon envoie chaque jour de New York une photographie à Libération. En une image et quelques lignes, pendant un mois, Depardon capte une situation de sa vie urbaine, une chose vue. Au fil des jours, ce journal d’un regard restitue en creux le portrait d’une ville.

La série fait partie de la collection de la Maison européenne de la photographie. Une éblouissante sélection en est présentée à Arles, en association avec les Rencontres de la photographie de cette année, première édition de leur nouveau directeur Sam Stourdzé (la Chapelle Saint-Martin du Méjan et le Capitole). Le journal de Depardon pourrait servir d’introduction aux Rencontres elles-mêmes, au moins à l’une de ses sections majeures, «Les plateformes du visible», qui cerne de nouvelles approches documentaires.

L’image occupe une place croissante dans l’information, jusque dans les colonnes de  journaux traditionnellement destinés aux élites. La photographie documentaire actuelle tend à déborder le rôle d’appoint au texte, ordinairement reconnu à l’illustration de presse: image informative ou image symbolique. Elle intègre de manière pleine et assumée la démarche journalistique. Non seulement le reportage, qui lui sied depuis toujours, mais aussi l’enquête. Elle tend à se suffire à elle-même. De courtes légendes explicatives mettent les photographies en contexte, désignent au besoin les acteurs. C’est l’image qui donne le sens.

Pour lire la suite sur la Page du médiateur, cliquer ici.

15:58 Publié dans Images | Lien permanent | Commentaires (0)