01/12/2015

Une communication bien orientée

La télévision française (France 3) a diffusé au début de l’automne un reportage d’Yves Jeuland, A l’Elysée, un temps de président, qui aura marqué les esprits. Un temps très ordinaire, la précision s’impose, sans éruptions terroristes.

L’imperméable imperturbabilité du président Hollande dans ses costumes trempés impressionne – il pleut beaucoup lors des cérémonies officielles et le parapluie semble banni de l’arsenal présidentiel. On comprend qu’un temps de président est avant tout un temps de chien.

Ce que plusieurs observateurs ont retenu du reportage de Jeuland est le rôle central des principaux acteurs de la communication présidentielle, le conseiller personnel Gaspard Gantzer et le secrétaire général de l’Elysée Jean-Pierre Jouyet.

On n’a que peu découvert des ressorts et des mécanismes du pouvoir. Comme le relève l’historien des médias Christian Delporte, cité par Le Monde, «l’Elysée est une grande scène de théâtre avec le poids du protocole, ses pesanteurs et sa sacralité qu’il est difficile de mettre en image».

A l’inverse, on en sait donc beaucoup désormais sur l’action des communicants au service de la présidence. Dans leurs relations aux médias, les attachés de presse et autres chargés de communication représentent à la fois des solutions et des problèmes.

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17/11/2015

Médias et violence: un autre Glucksmann

André Glucksmann est mort le 9 novembre à Paris. Philosophe de l’indignation, donc – titre plus pertinent que le creux «nouveau philosophe». Les hommages sont allés à l’homme qui pense et s’engage, orienté par des valeurs, non selon les indications tremblotantes d’une boussole politique. Sa vie publique est jalonnée d’éclats. Ils ont marqué les mémoires.

Lit-on encore ses essais ? Le Discours de la guerre (1968), son premier ouvrage?  La cuisinière et le mangeur d’hommes (1975), son livre le plus connu rédigé après la lecture de L’archipel du goulag de Soljenitsyne? On l’ignore. On s’en voudrait d’omettre, ici et maintenant, le Glucksmann des débuts, agrégé de philosophie issu de l’Ecole normale supérieure, le Glucksmann d’avant Mai 68.

Au cours des années 60, le jeune philosophe rédigea un «Rapport sur les recherches concernant les effets sur la jeunesse des scènes de violence au cinéma et à la télévision». Il s’agissait d’une note de synthèse sur des études déjà effectuées par d’autres, non d’une enquête ou d’un réflexion personnelle. Un travail engageant rigueur et méthode. Destiné au ministère français de la jeunesse et des sports, le document traitait de la violence «ordinaire», pour autant que le qualificatif convienne. Il ne s’attachait pas en particulier aux actes de terrorisme.  

Le rapport fut publié en 1966 dans la revue Communications, qui convoquait à propos des médias et des communications de masse une pléiade de penseurs de haut vol. Les fondateurs en furent Roland Barthes, Edgar Morin et Georges Friedmann.

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03/11/2015

Délinquants et criminels protégés par les médias?

L’anonymat assuré par les médias à des délinquants et criminels n’en pas finit de susciter la perplexité ou l’indignation. Il est compris par une partie de l’opinion publique comme une forme abusive de protection, assurée à des gens qui ne la méritent pas..

La réserve observée dans les premiers temps de la procédure judiciaire est ordinairement admise. L’ensemble des services de l’Etat sont censés respecter la présomption d’innocence du prévenu, avant le prononcé d’un jugement de condamnation. Le Tribunal fédéral a étendu cette obligation aux médias. Cela signifie que la présentation des faits et de leur auteur présumé ne doit pas créer dans le public la conviction d’une culpabilité. Or, la publication de l’identité d’un suspect peut suffire à l’établir dans l’esprit de beaucoup.

La déontologie des journalistes admet par ailleurs qu’une identité soit divulguée dans certains cas: l’exercice par le suspect d’un mandat politique ou d’une fonction dirigeante, si un lien est établi entre la fonction et l’affaire sous instruction; la notoriété de la personne impliquée, si une relation existe entre les causes de cette notoriété et le délit ou le crime relaté; le risque de confusion avec un tiers; un intérêt public prépondérant.

En dehors de ces situations, les médias ne publient donc pas l’identité d’un suspect. Ils le désignent par tout autre moyen propre à conduire le récit des faits, sans permettre toutefois son identification par quiconque n’appartenant pas à son entourage familial, social et professionnel.

Après une condamnation, la perspective change. Plus question d’invoquer la présomption d’innocence. S’y substituent la préservation des chances de réinsertion sociale du condamné et la protection de ses proches, qu’une identification publique risquerait d’associer dans l’opprobre. De tels arguments ne sont pas négligeables.

Un lecteur de Chernex-sur-Montreux met en cause la persistance de l’anonymat, ainsi que ses modalités.

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20/10/2015

Campagne électorale et casse-tête journalistique

Soirée d’élections fédérales, résultats à haut débit, bousculades devant les micros. Quelle tendance? Quelles surprises? Pourquoi cette progression, ce recul?

Au cours d’une campagne électorale, le premier souci du médiateur est de prêter attention à l’équilibre opéré par les rédactions entre les diverses forces politiques. De tendre l’oreille aux critiques publiques – bien qu’elles paraissent davantage portées à flatter les idées reçues qu’à se soucier de démonstration. Les cibles habituelles en sont les médias dominants, la rts et les grands journaux régionaux.

La tâche des quotidiens d’information politique et générale n’est pas simple en période d’élection. Quelle place réserver à l’appréciation éditoriale des enjeux, des propositions, des candidats, qui relève de la liberté de la presse? Comment concilier cette liberté avec la mission d’un journal régional d’assurer une information large et complète des citoyens? Cela tourne au casse-tête.

Une équité parfaite tiendrait de la quadrature du cercle. Toutes les formations politiques n’ont pas le même poids. Convient-il de distribuer l’espace rédactionnel accordés aux partis et à leurs candidats selon la force des représentations dans le parlement à renouveler? Ce serait favoriser le statu quo et escamoter la réalité du moment. De viser une absolue égalité entre les listes, voire les candidats? Cela risquerait d’estomper les différences entre envie de participer et expérience acquise, projets et réalisations, vision idéale et souci d’efficacité. De se contenter de relater les «faits de campagne»? Cela accroîtrait les effets de distorsions déjà inévitables: les candidats occupant des fonctions politiques ou sociales importantes sont naturellement favorisés, soutenus par le cours même de l’actualité.

 
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07/10/2015

Comment corriger et rectifier sur le Web

Voilà une interpellation intéressante! Dommage qu’elle ait pour auteur un internaute indéfectiblement attaché à son anonymat, qui ne s’exprime que sous un prénom – authentique assure-t-il. Surtout qu’il nous parle de transparence.

24 heures publie dans son édition du 15 septembre un article sur un projet d’amélioration de l’éclairage du parking du Marché à Montreux. Le même article est repris sur le site en ligne du quotidien. Il y est accompagné d’une illustration, légendée «La place du marché de Montreux, avec son parking». Pas de chance! La photographie montre le parking du marché de Vevey. Deux internautes réagissent. La rédaction remplace la mauvaise illustration par la bonne (...).

Rien que de très courant. Lorsqu’un journaliste s’aperçoit d’une erreur factuelle, ou que cette erreur lui est signalée, il se doit de rectifier dans les meilleurs délais. On ne le répétera jamais assez: un médias fiable n’est pas un média qui ne commet jamais la moindre erreur – il n’en existe tout simplement pas sur la planète. Un média assoit sa crédibilité en rectifiant une information erronée, en précisant une information défectueuses.

 

Cette procédure habituelle conserve-t-elle toute sa pertinence sur le Net? C’est la question que soulève notre internaute: «Tout comme dans le monde du logiciel, je suggère à la presse d’avoir un historique sur les changements qu’elle effectue». En d’autres termes: d’en assurer la traçabilité.

L’interrogation n’est pas inédite.

 
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22/09/2015

L'histoire d'un "casse" sur Facebook

A la mi-août, une bijouterie de Vevey est attaquée par trois braqueurs. Le commerce est tenu par un père et ses deux fils, qui exploitent deux enseignes dans cette ville. Le père est blessé, les malfrats prennent la fuite. L’un d’eux est rattrapé et maîtrisé par un fils du bijoutier. Captées par le système de vidéosurveillance de la bijouterie, les photographies des deux autres assaillants sont mises en ligne sur Facebook, avec le message: «Si vous voyez l’un ou l’autre de ces types à Vevey, appelez immédiatement le 117. Ils viennent de braquer la bijouterie Meylan» (24 heures, 19 août).

Ce n’est pas la première fois que la bijouterie subit un «casse». Chacun comprend dès lors l’alerte lancée par les victimes sur le réseau social. Les autorités de police sont plus réservées. Elles souhaitent garder le contrôle de la communication publique. Laissées à la discrétion de tout un chacun, de telles initiatives sont certes capables de faciliter une arrestation. Elles peuvent aussi entraver une action en cours.

A la recherche depuis six mois de l’auteur présumé d’une agression sexuelle dans un train, la police municipale de Zurich vient de recourir à une procédure peu courante, mais validée par la Conférence des procureurs de Suisse: la publication de photos pixélisées, accompagnée d’une annonce de diffusion des mêmes photos en clair si l’individu concerné ne se dénonce pas dans la semaine. Le délai étant échu, des photographies de l’individu ont été mises en ligne par la police. Le site de 20 Minutes a reproduit l’une d’elles, reprise sous forme de vignette dans l’édition papier du lendemain.

Une enquête du Matin Dimanche (13 septembre) montre que les pratiques des polices dans les cantons romands varient quelque peu, mais que le recours à une communication publique de photographies de suspects est plutôt rare.

 
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08/09/2015

Crimes et criminels sur le Net

Pas d’angélisme! Les faits divers sanglants, les crimes, les attentats appartiennent depuis que la presse est presse au fond de commerce des journaux populaires. De nos jours, ils s’installent le plus naturellement du monde sur les réseaux sociaux. Le Web permet de substituer à l’information relayée par les médias traditionnels une communication directe et immédiate qui échappe à tout contrôle préalable.

Ce changement décisif est au cœur de récents débats. Le plus saillant a surgi à la suite du meurtre en direct d’une journaliste et d’un cameraman de télévision, dans l’Etat américain de Virginie. Cela s’est passé à la fin du mois d’août  lors d’une émission matinale, pendant une interview.

Les téléspectateurs n’ont pas été les seuls à voir les images du meurtre. La séquence a été largement reprise par des sites et des chaînes d’information. Ce n’est pas tout. L’auteur des coups de feu a tiré d’une main et filmé de l’autre. Il a diffusé après coup deux vidéos sur les réseaux sociaux: l’une montre son approche, pistolet au poing, l’autre les coups de feu ciblés.

Les plates-formes ont réagi, mais leur temps de réaction n’a pas été assez court pour empêcher le partage et la reprise des séquences. Quelle est leur valeur d’information? Quelles images diffuser au public? Faut-il restituer, par fidélité au document, l’intégralité d’une séquence?

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28/08/2015

Photos litigieuses de gens ordinaires

L’image est-elle en voie de stérilisation dans les médias? Des visages floutés sont de plus en plus présents, sur des photographies de presse aussi bien qu’au cours de séquences de télévision (de manière peu cohérente lors du journal de France 2, le soir de l’affaire du Thalys). Ils altèrent la lisibilité de l’information, la réalité des événements et de leurs acteurs. Dans la presse, les images de lieux publics où figurent des gens ordinaires se font plus rares et plus précautionneuses.

Les médias sont tenus au respect d’un droit à l’image, qui suppose que l’acte de photographier une personne, à plus forte raison de publier sa photographie, passe par une demande d’autorisation. A défaut, ils essayent d’esquiver en protégeant la personne par un brouillage numérique.

Le droit à l’image appartient à la protection de la personnalité de chacun. Il n’a cessé de se renforcer du fait de l’évolution de la jurisprudence et des normes déontologiques du journalisme, non sans de justes motifs.

 
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13/08/2015

Le maillot de bain de la discorde: quel emballement!

Dans les bagages, au retour de vacances, une histoire minuscule. Elle vient de France et n’a pas manqué de se faufiler déjà sur les réseaux sociaux et même de passer par quelques autoroutes de l’information.

 

Elle se déroule à Reims, dans le parc public Léo-Lagrange. Trois demoiselles prennent l’air, vêtues d’un short et d’un haut de maillot de bain. La tenue n’est pas très urbaine, mais elle est décente et de saison. Un groupe de jeunes filles passe à proximité. L’une d’elles s’indigne: «Allez vous rhabiller». Réaction immédiate de l’une des demoiselles apostrophées. Echange d’insultes. Cela tourne au crêpage de chignon. La police intervient.

Trois jours plus tard, dans son édition de fin de semaine, le journal local L’Union raconte l’incident. Il rapport les faits, non sans les nourrir d’un commentaire de son cru. De la jeune femme qui se rebiffe, il écrit qu’elle est «effarée par un tel comportement aux relents de police religieuse».

C’est aussitôt l’emballement sur les réseaux sociaux. L’Union a beau retirer de son site les quelques mots malheureux, la mèche est allumée. Le maire de Reims dénonce une agression «intolérable sur notre territoire». Le délégué interministériel à la lutte contre le racisme en appelle à «des sanctions exemplaires». Le vice-président du Front national affirme sur son compte Twitter que la victime a été «lynchée car vivant à la française».

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15/07/2015

Rencontres d'Arles: les photographes enquêtent aussi

Au cours de l’été 1981, le photographe français Raymond Depardon envoie chaque jour de New York une photographie à Libération. En une image et quelques lignes, pendant un mois, Depardon capte une situation de sa vie urbaine, une chose vue. Au fil des jours, ce journal d’un regard restitue en creux le portrait d’une ville.

La série fait partie de la collection de la Maison européenne de la photographie. Une éblouissante sélection en est présentée à Arles, en association avec les Rencontres de la photographie de cette année, première édition de leur nouveau directeur Sam Stourdzé (la Chapelle Saint-Martin du Méjan et le Capitole). Le journal de Depardon pourrait servir d’introduction aux Rencontres elles-mêmes, au moins à l’une de ses sections majeures, «Les plateformes du visible», qui cerne de nouvelles approches documentaires.

L’image occupe une place croissante dans l’information, jusque dans les colonnes de  journaux traditionnellement destinés aux élites. La photographie documentaire actuelle tend à déborder le rôle d’appoint au texte, ordinairement reconnu à l’illustration de presse: image informative ou image symbolique. Elle intègre de manière pleine et assumée la démarche journalistique. Non seulement le reportage, qui lui sied depuis toujours, mais aussi l’enquête. Elle tend à se suffire à elle-même. De courtes légendes explicatives mettent les photographies en contexte, désignent au besoin les acteurs. C’est l’image qui donne le sens.

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02/07/2015

La honte promise au médiateur jusqu'à la tombe!

La photocopie d’un hommage rendu par Martine Brunschwig Graf à Pierre Weiss, disparu peu auparavant, parvient au médiateur. L’article est paru dans Le Temps. Il est accompagné d’une lettre personnelle.

Ancienne conseillère d’Etat, Martine Brunschwig Graf a bien connu le défunt, actif député au Parlement genevois, dernier président du Parti libéral suisse. Dans son éloge, elle énumère ses nombreuses publications. Elle choisit de citer quelques lignes d’un billet publié fin 2008 par Pierre Weiss sur son blog «Par amour de la liberté», attaché à la plate-forme de la Tribune de Genève.

Ce billet est intitulé «Les corbeaux aiment les blogs». Sur la photocopie, un passage est marqué au feutre jaune. Le voici:
«L’animal favori de trop de blogueurs, encouragés par des médias soucieux d’audience, de «hits», fait des ravages. Se cachant derrière des pseudonymes indignes d’une démocratie, ceux-là utilisent la liberté de parole sans la moindre responsabilité pour les propos tenus.»

Pourquoi marquer ces propos en jaune? Rien ici qui dérange le médiateur. Au contraire.

 
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25/06/2015

L'oeil critique des lecteurs

Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux n’y changent quasi rien. Le débit des lettres lecteurs est à peine moins élevé qu’autrefois. Les plis postaux, les lettres manuscrites déposées à la réception des journaux se sont raréfiés. Les envois empruntent pour la plupart les voies ultrarapides des messageries électroniques. Ils continuent d’affluer, visant une parution dans les éditions papier. A l’ancienne, en somme.

L’attention portée par les journaux aux lettres de lecteurs est une très vieille histoire. Dans la presse anglaise du dix-huitième siècle, une place leur est déjà faite. Il y est question des affaires publiques, de l’évolution des mœurs, de l’éducation. Les journaux servent alors d’écho aux conversations menées dans les cafés. Le Guardian en organise le flux. Une boîte aux lettres est apposée sur un mur du café Button’s. Elle a l’aspect d’une tête de lion. Les lecteurs déposent dans sa gueule les messages destinés au journal.

La tradition subsiste. Peu de journaux ou de magazine se privent d’un courrier des lecteurs. Les quotidiens régionaux des cantons lémaniques ne font pas exception. La démonstration est quotidienne: le cours est loin de s’assécher. Lorsque l’habitude existait de procéder à des enquêtes de lecture, le courrier des lecteurs appartenait régulièrement au groupe des rubriques les plus fréquentées.

Le médiateur est très souvent interpellé sur les messages déposés en ligne sur les versions électroniques des journaux. En particulier sur l’action des modérateurs, dénoncée comme laxiste ou, au contraire, comme éprise de censure. Il l’est plus rarement sur la gestion courrier des lecteurs dans sa version papier.

Le hasard veut qu’à quelques jours d’intervalle, il le soit par deux lecteurs. L’un est en délicatesse avec la rédaction de 24 heures. L’autre avec celle de la Tribune de Genève.

 
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11/06/2015

La sensation peut se glisser partout

«Le sensationnalisme est-il inhérent au métier de journaliste?» C’est la question que pose au médiateur une étudiante aux prises avec la rédaction d’un mémoire. Voilà le genre de question désagréable, qui met la profession sur les pattes de derrière. Il est difficile d’y répondre tout-à-trac.

Bernard Béguin, disparu il y a moins d’un an, propose dans son livre Journaliste, qui t’a fait roi? cette définition fine de la sensation: «L’escalade des stimulations qu’un journal croit nécessaire d’appliquer à l’épiderme de son public pour le faire réagir».

Cet ancien rédacteur en chef du Journal de Genève  signale la relativité de la notion. La sensation dépend du journal et de son projet rédactionnel. Elle dépend tout autant du public et de l’épaisseur de son épiderme.

Le choix et la présentation des nouvelles s’organisent autour de quatre principaux critères: leur actualité, leur intelligibilité (elles doivent être comprises), leur proximité (elles doivent être proches des intérêts du public), leur capacité de toucher les gens. La sensation se fraie un chemin dans cette suite. Elle apparaît comme le moyen le plus courant, sinon le plus légitime, d’assurer la réception de l’information par le public.

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26/05/2015

Un médiateur trop indulgent face aux dérives des médias?

Les relations du médiateur avec les lecteurs sont plutôt gratifiantes. Il leur arrive même de déboucher sur des remerciements. Elles ne lui épargnent pas, parfois, un sentiment d’inachevé.

Ainsi cette réaction d’un internaute à la suite du dernier billet sur le récit fictif d’un viol dans une université américaine. Le «bidonnage»  a valu au magazine Rolling Stone une sévère condamnation par un rapport de l’Université de Columbia.

De ce montage inadmissible, le médiateur a retenu le principal ressort: le recours par l’auteur de l’enquête à des pseudonymes concernant les protagonistes, non signalés comme tels au lecteur. Le procédé a dispensé la journaliste de les rencontrer et de les confronter au récit de la prétendue victime. Saisie au vol d’une remarque du rapport: «Les pseudonymes sont fondamentalement indésirables dans le journalisme».

Le médiateur a cru bon de pondérer cette affirmation (...)

L’apport de ces nuances sur le recours au pseudonyme a été jugé intolérable par un internaute: comment peut-on s’arrêter à de tels détails, alors que l’article de Rolling Stone provoque un véritable scandale, que ni son auteur ni sa hiérarchie n’ont été à ce jour sanctionnés (une action en justice toute récente est en cours), que le rapport de l’Université de Columbia est accablant?

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07/05/2015

Rolling Stone: une enquête "bidon"

Ce n’est pas une histoire d’ici. Elle nous vient des Etats-Unis. Elle raconte un viol commis à l’université de Virginie. Le récit est publié par le bi-mensuel Rolling Stone, en novembre 2014. Plusieurs cas de viols sur les campus universitaires font alors grand bruit dans les médias. La rédactrice en chef du magazine entend se concentrer sur le cas, le décortiquer, l’ériger en exemple.

La journaliste chargée de l’enquête commence par prendre contact avec une association d’aide aux victimes de viol à l’université de Virginie. Elle rencontre une jeune femme prête à témoigner sous pseudonyme.

Le viol a pour contexte une fête entre étudiants. Jackie raconte. L’entretien n’est pas bâclé: la journaliste échange avec sa source à sept reprises, par téléphone et en direct. Elle croit fermement au récit de la jeune femme. Elle reçoit le soutien de sa rédaction en chef et de l’équipe des vérificateurs de faits du magazine. Le reportage paraît.

Problème: le récit est presque exclusivement fondé sur le témoignage de Jackie. Il suscite des réactions. La société d’étudiants organisatrice de la fête conteste les faits, la police n’est pas en mesure de confirmer. Ebranlée, la journaliste informe sa hiérarchie de ses doutes. Il semble qu’elle a été manipulée.

 
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