03/11/2014

Sources confidentielles et propos anonymes

La médiatrice du New York Times, Margaret Sullivan, entame une troisième année dans ses fonctions de «rédactrice publique» (public editor). Dans une chronique parue le mois dernier, elle tire un bilan de ses activités au service du lecteur. Parmi les thèmes de réclamation les plus fréquents figure un aspect souvent discuté des pratiques journalistiques: l’anonymat des sources (...)

Il s’agit de l’octroi fréquent aux interlocuteurs du journal de la couverture de l’anonymat. Un octroi souvent «gratuit» aux yeux de la médiatrice, sans véritable justification. Elle cite en exemple un récent article sur un enseignant de Brooklyn soupçonné d’abus sexuels sur des étudiants, rapportant sous anonymat un témoignage effectivement anodin.

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15/10/2014

Les métiers du journalisme en mutation: le modèle du couteau suisse

«Former pour innover». Dans les premiers jours d’octobre s’est tenue à Paris la Conférence nationale des métiers du journalisme. Française par définition, mais ouverte à des intervenants étrangers. Votre médiateur y était invité en qualité d’observateur, chargé en compagnie d’un polytechnicien d’en proposer des conclusions. Il s’agissait de s’interroger sur le rôle de la formation dans l’adaptation des entreprises de médias et de leurs métiers aux profonds changements apportés par l’Internet et les technologies numériques.

Ce qui frappe aussitôt dans le programme de la Conférence, c’est l’ambition de prendre en compte la dimension entrepreneuriale du journalisme numérique. Les médias sont interpellés dans leur fonctionnement et leur offre au public par les nouvelles technologies. La presse écrite, la presse quotidienne en premier lieu, est durement malmenée par la dégradation de son modèle économique. Les médias sont obligés de se repenser quant à leur contenu et à leur organisation rédactionnelle.

L’ambition est de passer de la construction d’un savoir-faire ancré dans une maîtrise individuelle des outils au déploiement d’une capacité d’innover, d’inventer, de créer dans le contexte de l’entreprise. Tant les écoles et universités formatrices que les entreprises elles-mêmes y prennent leur part.

 
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01/10/2014

Repli des médias devant les images de la barbarie

Auriez-vous souhaité voir les images? Les médias ne vous les ont pas montrées. Ni après la mise à mort des journalistes américains James Foley et Steven Sotloff. Ni après l’assassinat du travailleur humanitaire britannique David Haines. Ni après la décapitation du guide de montagne français Hervé Gourdel.

 

Une censure médiatique laisserait-elle aux professionnels le droit de décider ce qui doit être diffusé au public et ce qui doit lui rester caché, seuls à s’arroger le privilège douteux de «regarder la vérité en face»? La question surgit lorsque survient l’abominable. Elle est latente. De la réalité du monde, au jour le jour, les journaux télévisés ne présentent jamais que ce qui peut être vu sans vous révulser, et encore vous avertissent-ils au besoin de la «dureté de certaines séquences».

Vos médias habituels ne vous ont donc pas montré les images de la barbarie. Pour ne pas servir la propagande des djihadistes de la génération «Etat islamique». Pour ne pas amplifier leur «message de sang» par des diffusions échevelées. Par respect pour les victimes et leurs familles.

 

 

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17/09/2014

"On a les photos!"

Les photographes et les caméramans professionnels ne sont plus les seuls à documenter par l’image les événements et les drames de la planète. Ni l’Internet ni ses réseaux sociaux ne sont à l’origine du phénomène. Ils lui donnent une ampleur sans précédent.

Chaque fin d’été se tient à Perpignan un important festival dévolu au photojournalisme, Visa pour l’image. Il forme avec les Rencontres d’Arles, plutôt vouées à la photographie comme «septième art», un passionnant diptyque estival.

Le Temps du 13 septembre rend compte d’une exposition au Couvent des Minimes de Perpignan, intitulée Amateurs à la une, dont le sous-titre interroge: «30 images qui n’ont pas changé le photojournalisme».  En guise de préface, quelques jours avant l’ouverture du festival, Le Monde publiait une série d’articles sur «Les amateurs du scoop», l’image captée en primeur par des acteurs ou des témoins.

Le statut de l’image dans les médias s’est modifié depuis le développement du Web 2.0. Auparavant, l’illustration de l’actualité était principalement l’affaire de reporters journalistes dépêchés sur les lieux par leurs agences ou leurs journaux. Non sans de notables exceptions. (...) Un basculement s’opère au moment du tsunami du 26 décembre 2004, en Thaïlande. Sur ces lieux de vacances, à l’époque des fêtes de fin d’année, aucune agence ne peut compter sur la présence d’un photographe de métier. Les agences se mettent alors en chasse d’images prises par des touristes rescapés, vacanciers témoins du drame et dûment équipés désormais en matériel numérique.

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01/09/2014

A l'écoute du lecteur: deux centième

Ce billet est le deux centième mis en ligne sur La page du médiateur.  En sept ans et quatre mois, c’est à la fois peu et beaucoup. A peine plus de deux billets par mois, cela semble négligeable en comparaison d’une production journalistique ordinaire ou du rythme soutenu de nombreux blogueurs. C’est appréciable en regard du champ relativement limité, en tout cas délimité, de la médiation de presse.

Depuis 1998 et pendant neuf ans, les trois quotidiens du groupe Edipresse (24 heures, la Tribune de Genève et Le Matin) ont disposé de leur médiateur attitré. Je l’étais alors pour la Tribune. Le rôle de chacun était d’entendre les réclamations des lecteurs au sujet du traitement journalistique de l’actualité et de tenter d’apporter réponses ou solutions. Une explication souvent, un simple avis parfois, une confrontation avec le point de vue de la rédaction, l’obtention d’une éventuelle rectification (...)

En mai 2007, le transfert de la médiation à un titulaire unique pour l’ensemble des titres du groupe n’a rien changé d’essentiel. Sinon que le passage par l’Internet s’est aussitôt imposé, comme une sorte de dénominateur commun: c’est sur La page du médiateur (www.mediateur.tamedia.ch) que sont publiés désormais les avis et considérations destinés à l’ensemble du public.

La reprise complète dès 2011 des publications romandes d’Edipresse par le groupe Tamedia a pérennisé la fonction. Le groupe alémanique l’avait par ailleurs instituée pour lui-même dès la fin des années 1990.

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18/08/2014

Une guerre chasse l'autre

La guerre est finie? Non. Simplement, on n’en parle plus. Ou presque. Comme si les médias n’étaient capables d’informer que sur un seul conflit à la fois. Le phénomène est permanent. A la mi-août, il tient du modèle.

Une première semaine encore focalisée sur Gaza, des trêves hésitantes, des tirs ou des roquettes partant sans crier guerre, des spéculations en vue d’éventuels pourparlers. Et voilà que l’actualité se braque brusquement sur le Kurdistan irakien, des chrétiens d’Orient chassés de chez eux, des Yazidis traqués par les djihadistes de l’Etat islamique, des frappes américaines, un appui bégayant des Européens.

Entre deux conflagrations, les médias s’autorisent un détour sur les ravages du virus Ebola. Il suffit d’un souffle pour que le feu menace de reprendre dans un troisième foyer, en Ukraine. Une guerre chasse l’autre dans une funeste course de relais médiatique. A propos, que se passe-t-il en Syrie? En Libye?

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04/08/2014

Gaza: quelle impartialité?

Le 12 juin dernier, trois adolescents israéliens suivant un enseignement talmudique rentrent chez eux après les cours. Ils font de l’autostop près des colonies de Gush Etzion, en Cisjordanie. Ils sont enlevés et disparaissent. L’un d’eux parvient néanmoins à lancer un appel la police. Les autorités israéliennes déclenchent une vaste opération militaire pour les retrouver et tenter de démanteler l’infrastructure du Hamas sur ce territoire. Les corps des trois jeunes gens sont découverts le 30 juin, partiellement inhumés sous un tas de pierres dans la région d’Hébron. Le Hamas est mis en cause, bien qu’il se défende d’avoir commandité l’enlèvement, que les services israéliens attribuent à deux militants islamistes passés par la prison.

Le 2 juillet à Jérusalem, tôt le matin, un adolescent palestinien se rend à la prière. Il est contraint d’entrer dans un véhicule. Cela se passe devant la mosquée du quartier de Shu’fat, à Jérusalem Est. Des témoins assistent à l’enlèvement, la famille alerte aussitôt la police israélienne. Le corps calciné du jeune homme est découvert quelques heures plus tard dans la forêt, de l’autre côté de la ville. Il a été brûlé vif. Le meurtre est commis le lendemain des funérailles des trois étudiants retrouvés près d’Hébron. Deux semaines plus tard, un homme de 29 ans et deux mineurs sont inculpés pour l’enlèvement et le meurtre du jeune Palestinien. Selon l’enquête, ils appartiennent à une mouvance d’extrême droite.

Jeux de miroirs terrifiants. Depuis lors, c’est l’explosion. La bande de Gaza est à feu et à sang. Le Hamas envoie des tirs de roquettes sur Israël. Les morts s’accumulent. Du côté palestinien, les victimes se comptent par centaines. Parmi elles, des enfants. Qui ne se sent interpellé par ses racines, ses convictions, sa mémoire?

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01/07/2014

L'affaire Giroud, versant médiatique

L’affaire Giroud, du nom de l’encaveur valaisan en délicatesse avec la justice, suscite de très nombreuses réactions en Suisse romande. A propos des pratiques de professionnels du vin, inévitablement. Mais aussi autour d’une opération rocambolesque visant des journalistes et des médias qui l’ont nourrie de leurs révélations. Plusieurs d’entre ces réactions émanent d’ailleurs des milieux concernés.

Un médiateur de presse n’a pas à se prononcer sur ce qui se passe entre cep, étiquette et tire-bouchon. Il lui reste donc les aspects médiatiques. Ainsi cette question, adressée par un journaliste de l’audiovisuel: «Ne trouvez-vous pas que [les] récents articles et reportages (…) piétinent le principe de présomption d’innocence, dont devraient bénéficier les trois protagonistes de cette affaire: le détective privé, le hacker et l’agent du SRC [Service de renseignement de la Confédération]

Les trois comparses sont impliqués dans la recherche – privée et non judiciaire! – de l’origine des fuites vers Le Temps et la rts au sujet des agissements de Dominique Giroud. A la suite de plaintes déposées par ces deux médias pour piratage informatique, ils ont été incarcérés par le procureur général genevois Olivier Jornot en même temps que l’encaveur. Histoire d’éviter des risques de collusion. La détention a duré deux semaines, le temps d’enregistrer quelques discordances.

Mon correspondant ajoute: «Leur nom n’est certes pas mentionné explicitement, mais les reportages et articles donnent une foule d’indices permettant de très rapidement connaître, notamment, l’identité du détective privé et du hacker».

La divulgation de l’identité d’un suspect est liée à une possible violation de la présomption d’innocence. Le Tribunal fédéral l’a établi dans deux arrêts de 1990.

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17/06/2014

Le dur cheminement du droit à l'oubli

Quel avenir pour le droit à l’oubli ? L’arrêt de la Cour de justice européenne du 13 mai a provoqué d’innombrables réactions. Et tout autant de questions.

La Cour s’est déclarée favorable à l’effacement sur le Web de contenus comportant des données personnelles considérées comme inadéquates, non pertinentes, excessives ou obsolètes. Plus exactement: l’arrêt fait obstacle à l’affichage de telles données par les moteurs numériques lors d’une recherche menée à partir du nom d’une personne. Il vise en particulier Google, qui faisait l’objet d’une action en justice introduite par un citoyen espagnol. Il s’étend aux autres moteurs de recherche.

Les données personnelles qu’un particulier veut voir disparaître ne seraient cependant pas englouties dans un oubli absolu et définitif; elles n’apparaîtraient simplement plus dans la liste de résultats rendue par le moteur de recherche.

La protection est donc relative. Elle l’est plus encore du fait de la position de Google. L’entreprise accepte la décision de la Cour de justice européenne. Mais elle considère que l’étendue en est limitée au Vieux Continent.

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03/06/2014

Lettres de lecteurs: ça grince aussi sur le papier

Cela doit faire deux lustres, ou pas loin, que le médiateur ne reçoit plus qu’au compte-gouttes des réclamations concernant la parution d’une lettre de lecteur sur du bon vieux papier journal. Depuis l’extension de l’Internet, ce sont les commentaires en ligne, et les disputes qu’ils charrient, qui constituent son ordinaire.

Et voilà qu’un lecteur d’un de nos quotidiens lémaniques vient de protester vertement! Une lettre de lui est parue sous une forme remaniée qui ne lui convient pas. De plus, elle se trouve privée par inadvertance d’une précision effectivement utile à sa pleine compréhension.

Le médiateur n’a connaissance du litige qu’après des échanges déjà avancés entre le correspondant mécontent et le journal. Il essaie d’arranger les choses. Il propose un mot d’explication et d’excuse au sujet de la suppression malencontreuse. Il ajoute la promesse d’un rectificatif en bonne et due forme dans la page dévolue au courrier des lecteurs. Le correspondant fâché le remercie de ses bons soins, mais ne veut rien savoir de l’offre d’arrangement. Il dit craindre ce qu’il considère par avance comme un nouvel affront. Pour le médiateur, c’est l’échec. Afin de ne pas rallumer la mèche, il ne livrera ici aucun détail. Ni sur le journal concerné, ni sur la qualité du correspondant, ni sur le sujet de la lettre litigieuse.

Dommage, car il s’agit d’un cas d’école.

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20/05/2014

Vie privée: Google interdit de connexions

Ce n’est pas exactement un coup de tonnerre dans un ciel serein. Serein, le ciel numérique ne l’est pas vraiment. Mais c’est une sacrée secousse.

La Cour de justice de l’Union européenne vient de donner raison à un citoyen espagnol qui se plaignait de la permanence sur le Web d’anciennes informations le concernant, accessibles à tous par simple inscription de son nom sur la page d’accueil de Google. L’enjeu est la protection des personnes physiques (chacun de nous) à l’égard du traitement et de la libre circulation des données à caractère personnel. L’arrêt consacre un droit à l’oubli.

Aspect capital de la décision: l’existence de données personnelles sur la Toile n’est pas mise en cause par la Cour, mais leur accessibilité. Cela signifie que les éditeurs numériques – par exemple des sites médiatiques – ne sont pas tenus de retirer des contenus dont la présence, bien que licite, se verrait un jour contestée. Mais que Google ou tout autre moteur de recherche s’exposent désormais à l’obligation de supprimer les liens qui y conduisent. La mémoire de la Toile demeure. Elle ne peut plus être activée dans toutes ses ramifications. Sur les moteurs de recherche, la liste des résultats s’en trouve réduite.

Toute personne concernée est ainsi en droit de demander à l’exploitant d’un moteur de recherche de supprimer des liens vers des pages web contenant des informations d’ordre personnel et publiées par un ou des éditeurs numériques.

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08/05/2014

Cocktails et connivence

Le récent pot d’adieu d’une journaliste de l’Agence France-Presse (AFP), après cinq ans à la tête du service politique, a fait grand bruit. La petite fête a réuni non seulement collègues et employés de l’agence, mais aussi le gratin du pouvoir socialiste et quelques figures d’autres obédiences. François Hollande et Manuel Valls y sont passés. Les gazettes se sont délectées de la présence conjointe du président et de son frère ennemi de la gauche, Jean-Luc Mélanchon, «qui gazouillent dans leur coin» comme le raconte Le Monde.

Organisée par la journaliste «avec [ses] petits sous», la rencontre festive n’a pas seulement suscité des taquineries attendues. Elle a aussi déclenché des critiques et des protestations. Sur son blog Arrêt sur images, le journaliste Daniel Schneidermann évoque ce «cocktail clandestin du Tout-Etat» en s’étonnant que l’agence elle-même n’en dise pas un mot dans ses dépêches.

Laissons les détails de cette illustration très française de l’étroitesse des relations entre journalistes et acteurs de la politique. Peut-être faut-il imputer à une certaine forme de civilité pratiquée chez nos voisins le fait qu’elle s’y présente comme une cible particulièrement caricaturale. En fait, la porosité entre les deux milieux s’observe partout.

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23/04/2014

L'air putride de la calomnie

La mort récente de Dominique Baudis a incité la presse française à revenir sur l’une des rumeurs les plus funestes de ces dernières années. Ancien grand reporter, présentateur de journal télévisé et maire de Toulouse, Dominique Baudis est président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) lorsqu’il est frappé de plein fouet par la rumeur, au printemps 2003.

Une enquête sur le meurtre d’une prostituée à Toulouse, commis une dizaine d’années plus tôt, conduisait à un tueur en série, Patrice Alègre. Sur la base du témoignage de deux anciennes compagnes de trottoir de la victime, consigné par un gendarme, elle charriait des accusations collatérales. Toulouse serait le théâtre de rencontres sadomasochistes – on parle de viols, d’actes de torture, de victimes enfantines. Il y aurait là du beau monde, jusque dans la magistrature. Et Dominique Baudis en serait. Le retentissement de ces prétendues révélations dépasse les frontières de l’Hexagone.

Un monde s’écroule. La presse française se repaît de la contemplation des ruines. Que Dominique Baudis soit par la suite blanchi de toutes les accusations portées contre lui, que les prostituées à l’origine de la calomnie soient condamnées, ne suffit pas à tout reconstruire. Il est des traces que le temps n’efface pas.

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15/04/2014

Usurpation d'identité sur Internet

Il y a probablement pire nuisance que les abus favorisés par l’usage des pseudonymes sur l’Internet. C’est l’usurpation d’identité. De l’identité réelle, ou «civile», mais aussi du pseudonyme lorsque celui-ci est porté par un internaute familier d’un forum de discussion.

Les lecteurs du Matin Dimanche ont appris dans la dernière édition du mois de mars qu’à ce jour l’usurpation d’identité n’est pas considérée en Suisse comme une infraction pénale. Un représentant neuchâtelois au Conseil des Etats, Raphaël Comte, demande au Conseil fédéral d’y remédier. «Aujourd’hui, explique-t-il, si quelqu’un se fait passer pour autrui sur Internet, il peut être puni pour escroquerie ou pour atteinte à la personnalité en cas de diffamation. Mais l’usurpation d’identité n’est même pas considérée comme une circonstance aggravante, alors qu’elle prouve une certaine préméditation».

Voilà plusieurs mois, le médiateur s’est beaucoup occupé de la question de l’authentification des commentaires déposés sur les sites internet des journaux, et donc de leur signature. Une minorité d’internautes, malheureusement nuisible, s’abrite sous des pseudonymes pour mettre en ligne des propos agressifs, insultants ou raciste. La décision a été prise au sein des publications romandes de Tamedia de renforcer la modération des commentaires sur leurs forums de discussion en requérant davantage de transparence de la part de leurs auteurs.

 

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02/04/2014

Conflits d'intérêts

Ce courriel tombe dans la messagerie du médiateur, brut de décoffrage: «Et toi Cornu tu devrais écrire sur les conflits d’intérêts, je crois que tu es le mieux placé».

Pourquoi cet immédiat tutoiement? Pourquoi cette interpellation abrupte qu’en dehors de relations amicales ou familières, une génération autrement policée ne connaissait guère qu’à l’école ou dans des rapports d’autorité mal dégrossis ? Pourquoi cette injonction ironique et sournoise? Est-ce là le registre de la communication sur l’Internet ? Il faudrait s’y faire. On ne s’y fait pas.

La question des conflits d’intérêts est pourtant loin d’être négligeable dans les médias. Il en va de l’indépendance professionnelle et de l’expression de l’opinion de tout journaliste. La déontologie du métier recommande de «n’accepter aucun avantage, ni aucune promesse» qui risqueraient de les limiter.

Le défaut de la norme est qu’elle tend à limiter le risque à des aspects matériels: invitations, cadeaux, avantages éventuels tirés d’informations privilégiées dans le domaine financier. Or, il existe aussi des contreparties d’ordre moral, qui se déploient dans le domaine social: honneurs et considération, reconnaissance publique, distinctions, auxquels les journalistes ne sont pas plus insensibles que d’autres.

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