13/02/2014

Vie privée, vie publique

Le président François Hollande s’est donc rendu seul en visite officielle aux Etats-Unis, sans compagne. C’est l’épilogue provisoire d’une affaire qui a monopolisé pendant quelques semaines les premières pages des magazines de France et de Navarre. Les médias, goûtant l’effet de répétition, l’ont aussitôt qualifiée de « Gayetgate », du nom de la partenaire prêtée au président par l’hebdomadaire Closer, un beau matin de janvier.

Le médiateur s’est trouvé interpellé sur le champ par Bilan, bi-mensuel du groupe Tamedia, en vue de la mise en ligne de réactions en Suisse romande. Cette première intervention est encore accessible sur le site de la publication. Elle ne pouvait être plus spontanée. Le médiateur ignorait encore tout des révélations de Closer et n’avait jamais entendu parler de Julie Gayet. Sa première réaction fut de considérer que l’information présentait un intérêt public. Et de rappeler qu’un président de la République disposait d’une sphère privée plus restreinte que celle de tout un chacun. Sa partenaire supposée, au contraire, pouvait se prévaloir d’une légitime protection de la sienne. De ce point de vue, les prises de vue exploitées par le magazine, œuvres d’un «paparazzi» des chemins creux, pouvaient effectivement poser problème. Cela n’a pas manqué. Julie Gayet, comédienne et productrice, est intervenue le soir même de la publication.

Ces quelques considérations lapidaires, lâchées au débotté, méritent quelques mots de complément.

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03/02/2014

Médiation au "Washington Post": rien ne va plus

Voilà moins d’un an que la Page du médiateur relatait avec surprise et regret la disparition de la fonction d’ombudsman au Washington Post, quotidien américain qui en fut pourtant l’un des plus éminents pionniers.

La direction du journal considérait que la présence d’un médiateur, à la fois pédagogique et critique, ne s’imposait plus à une époque où les échanges directs sur l’Internet, l’activité des réseaux sociaux permettaient de se passer d’un relai entre les lecteurs et la rédaction.

Il suffisait à ses yeux qu’un représentant du lecteur (reader representative) se charge de transmettre d’éventuelles questions et doléances aux responsables de la rédaction, voire à d’autres étages du journal.

C’est à quoi fut donc invité le premier titulaire du poste, Doug Feaver, dès mars 2013. Or Feaver, pour des raisons à ce jour peu expliquées, a décidé de jeter l’éponge. Son dernier billet à l’enseigne Ask the Post («Posez la question au Post») a été mis en ligne le 5 décembre dernier.

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24/01/2014

Le piège des apparences

Un homme effacé est le titre d’un livre. Paru aux éditions Gallimard, il a reçu l’an dernier le Prix Goncourt du premier roman. Alexandre Postel, son auteur, est né en 1982. Que vient faire un roman dans cette Page du médiateur? Rappeler l’exigence du doute méthodique au départ de toute démarche journalistique, seul moyen de ne pas tomber dans le piège des apparences. C’est l’une des fortes leçons de ce récit passionnant et peu commun, qui renvoie à des situations plus fréquentes qu’il n’y paraît.

L’homme effacé dont parle Postel s’appelle Damien North,  professeur de philosophie entre deux âges. Depuis la mort de sa compagne douze ans plus tôt, il vit en solitaire une existence médiocre. Ses liens familiaux sont distendus, ses relations avec ses collègues de l’université peu actives et nourries de mesquineries dont le milieu est prodigue, il connaît à peine ses voisins.

Voilà qu’un jour son ordinateur portable, connecté au réseau de la faculté, lui refuse tout accès. Ses appels au service informatique restent vains. Au moment où il croit ouvrir la porte de son domicile à un technicien enfin venu le dépanner, il se trouve face à deux policiers. Il apprend qu’il aurait chargé illégalement des images pédopornographiques. Son matériel informatique est saisi.

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14/01/2014

Ces chers disparus

L’embarrassante question! Comme ça, au passage de l’an. Ce serait intéressant de débattre de «ce que l’on peut dire et ne doit pas dire sur une personne post mortem», suggère au médiateur un internaute journaliste à la retraite, qui continue de bloguer gaillardement. Le genre existe, il est identifié: il s’agit de l’article nécrologique.

La grande presse internationale le cultive, comme un indice de qualité signalant une participation modeste à l’écriture de l’histoire. Par exemple, tout lecteur du Monde découvre quotidiennement ou presque, à l’enseigne «Disparitions», des hommages rendus à des personnalités décédées, le plus souvent en correspondance avec les principaux centres d’intérêt du journal. Les défunts appartiennent pour la plupart au monde de la politique, de la culture, de l’université ou des hautes écoles, de l’industrie, parfois du sport, plus rarement à la galaxie clignotante des people (...) Le monde du journalisme et des médias, plus flottant, n’est pas négligé. Ses stars ou prétendues telles, bien entendu, mais aussi d’anciens collaborateurs de la rédaction, méritants travailleurs de l’ombre depuis longtemps oubliés, qui connaissent ainsi, enfin, un ultime quart d’heure de célébrité. C’est une sorte de revanche pour tout ceux qui, leur vie durant, n’ont fait qu’observer les autres et rapporter leurs faits et gestes.

La plupart de nos journaux régionaux observent aussi cet usage confraternel. Pour le reste, le registre est assez différent.

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11/12/2013

Qui paie le médiateur? Quelle est son indépendance?

Par qui votre médiateur est-il  rémunéré? Il l’est par le groupe de presse qui lui confie son mandat, soit Tamedia. Il l’était auparavant par Edipresse. Quelle assurance peut-il alors donner de sa liberté de jugement? Eternelle question, et donc éternel débat!  Elle se pose partout où sont installés des médiateurs de presse. Elle ne manque pas de l’être lorsque paraît sur cette page, à la suite d’une critique publique contre une rédaction, un avis jugé trop indulgent par l’un ou l’autre lecteur.

Une première réponse, formelle, est liée au contrat même du médiateur, qui lui garantit son indépendance. Une autre tient souvent – mais ni toujours ni partout! – à son état de journaliste en fin de parcours ou retraité, occupé par sa charge à temps partiel, dont la carrière professionnelle semble «derrière lui». Pour le reste, l’indépendance est essentiellement une affaire de conduite et de conscience personnelles.

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29/11/2013

Les récits de faits divers et leurs blessures inutiles

Les faits divers se sont installés très tôt dans la presse imprimée. Ils continuent d’occuper une place de choix dans les quotidiens d’aujourd’hui. Ils disputent leurs manchettes aux événements qui informent sur la marche du monde ou la vie des communautés locales. Depuis quelques années, leur présence s’accroît dans le temps pourtant compté des journaux télévisés. Par leur caractère en rupture de normalité, ils interpellent, touchent ou révulsent.

Il n’est pas étonnant que les lecteurs et internautes leur prêtent attention et que leurs récits suscitent autant de réactions. Compassion ou aversion, l’écho émotionnel des faits divers dans le public est audible. Chacun se sent aussitôt concerné.

Puisque l’émotion oriente naturellement la lecture des faits divers, elle risque en permanence d’en orienter le récit. Les sentiments ne sont pas interdits aux journalistes, qui sont des êtres humains comme les autres. Simplement, leur expression devrait respecter quelques garde-fous.

Autant que les faits eux-mêmes, ces garde-fous sont sujets à questionnement. Le médiateur en fait l’année durant son ordinaire.

Le partage entre la nécessaire information et le voyeurisme gratuit en est un.

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05/11/2013

Un ange est passé

Un ange est passé. Les médias ne l’ont pas manqué. Un ange blond au regard triste, sans ressemblance avec les angelots joufflus des églises baroques, pétants de santé et de joie de vivre. Une petite fille, apparue en Grèce, dans un camp rom. Elle appartenait à une famille dont les parents ne sont pas les siens. Des tests l’ont prouvé. Ses vrais parents ont été retrouvés. Ils sont des Roms, eux aussi, non de Grèce, mais de Bulgarie (...).

De ces faits largement relatés, Alain Salles tire dans Le Monde un billet qui fait réfléchir. «Eh bien oui, affirme-t-il en titre, les Roms peuvent être blonds!» La petite Maria est blonde comme le sont la plupart de ses frères et sœurs.

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18/10/2013

Le médiateur n'est pas...

Le médiateur s’occupe des réclamations au sujet du traitement journalistique de l’actualité, de la hiérarchie des nouvelles, du choix des photographies, de la formulation des titres et des affichettes. Il est à l’écoute des lecteurs et des internautes. Il intervient au besoin auprès des rédactions pour examiner la possibilité de donner satisfaction aux demandes. Il s’efforce d’apporter des réponses aux questions.

Le médiateur n’est donc pas un modérateur. La modération est une fonction propre aux sites des journaux sur l’Internet, et plus largement aux forums et autres espaces de discussion. Le modérateur est celui qui accepte ou refuse les commentaires ajoutés par les internautes aux informations mises en ligne ou en réponse à d’autres interventions. Il est d’ailleurs fréquent que le médiateur soit interpellé à propos d’un acte du modérateur, considéré comme une intolérable censure ou, au contraire, comme la démonstration d’un laxisme coupable.

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04/10/2013

Adeline, encore: pourquoi cette Maternité?

«Oui, mais… Et l’image de l’enfant?» En effet. Le médiateur ne s’est pas arrêté dans son dernier billet sur la publication d’une photographie d’Adeline portant dans ses bras sa petite fille, née voilà huit mois. Parue dans Le Matin du 14 septembre et dans Le Matin Dimanche du lendemain.

Il y a quelques raisons à cela. L’ampleur du drame, son retentissement social, le jaillissement de nombreuses questions sur son traitement journalistique justifiaient de la part du médiateur une réaction rapide, quelques orientations générales quant au comportement des médias à l’égard de la victime et du présumé coupable. Il était plus délicat d’aborder sans plus de recul la parution de cette «Maternité». Il ne suffisait pas d’écouter le lecteur qui s’interroge, proteste ou s’indigne devant une conduite émotionnelle. Encore fallait-il prendre le temps de s’enquérir des motifs des rédactions.

C’est désormais chose faite. Les rédactrices responsables du Matin et du Matin dimanche ont eu le loisir de s’en expliquer.

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16/09/2013

Au-delà de la nausée

Cela ne pouvait pas manquer. Le médiateur se trouve une fois de plus (une fois de trop) confronté aux questions que se pose le public après un acte criminel abominable. Sur quels fondements, juridiques, déontologiques repose le traitement réservé par les médias à l’auteur présumé, à la victime? Le dire sans attendre: les considérations attendues du médiateur consistent à disséquer froidement des pratiques professionnelles, alors que l’émotion qui saisit chacun ne l’épargne pas non plus. De telles observations s’apparentent aux actes d’un médecin légiste. Comme ce fut le cas le printemps dernier, lors du meurtre de Marie, il est impossible de se saisir de telles questions sans devoir surmonter un tenace sentiment de nausée.

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09/09/2013

Messages en absence

Le médiateur a pris quelques vacances. Pendant son absence, deux des messages qui lui sont parvenus reprennent des thèmes souvent traités sur cette Page. Ils le font en situation, à propos de l’actualité estivale. Le rôle du médiateur est d’écouter les lecteurs et de chercher à répondre à leurs réclamations. Il ne s’en écarte pas en faisant, pour une fois, entendre directement leur voix.

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15/08/2013

Querelle de chiffres

Un lecteur de La Côte tombe sur un titre en première page du Matin, le 5 juillet. Il lit: «Les lesbiennes osent davantage se mettre en couple». Le sens en est ambigu. Il peut signifier que les femmes homosexuelles sont plus nombreuses à franchir le pas du partenariat que les hommes. Ou qu’elles y recourent davantage que dans un passé récent.

Le lecteur se reporte à l’article concerné, dans les pages intérieures. Le titre est plus général: «De plus en plus de femmes sont en couple ». Mais un sous-titre fait aussitôt pencher la balance du côté de la première interprétation: «En Suisse, le nombre de lesbiennes qui ont fait appel au partenariat enregistré en 2012 dépasse celui des gays».

L’auteur de l’article se réfère à un communiqué de l’Office fédéral de la statistique, qui remonte au début de l’année. Le lecteur y découvre une réalité différente.

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05/08/2013

Les maux de nos mots

La discussion n’est pas de toute première fraîcheur, mais sa pertinence n’est pas affaire de saison. Une main amie de la Riviera a transmis au médiateur copie d’un extrait de La Gazette du 5 juillet. Non pas une page tirée des archives de l’illustre quotidien vaudois disparu. Mais la chronique «Réflexion» du mensuel de la fonction publique de l’Etat de Vaud. Cette publication est destinée à un public interne à l’administration et aux membres d’institutions cantonales.

Le chancelier d’Etat Vincent Grandjean s’en prend à la banalisation et à l’abus de mots porteurs de violence dans les médias. Le prétexte de cette mise en question est le titre d’un éditorial de 24 heures du 12 juin dernier sur la réforme de la nouvelle loi sur l’enseignement obligatoire: «L’Ecole mérite mieux que la dictature».

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18/07/2013

"Yes, we scan"

Les révélations d’Edward Snowden, et plus encore les pérégrinations planétaires (à ce jour théoriques) du jeune informaticien, alimentent les journaux, radios et télévisions en ces premières semaines de l’été. Jusqu’où donc l’ancien employé de l’Agence nationale de sécurité (NSA) ira-t-il dans les divulgations de documents confidentiels américains? Traître ou héros, selon le point de vue, où finira-t-il par se poser?

Tout cela distrait.

Les Etats-Unis sont évidemment mal pris, eux qui se posent en champions de la démocratie. Ils focalisent sur les agissements et les méthodes de leurs services spéciaux une attention médiatique ainsi dissuadée de se porter ailleurs. Comme toujours, c’est la figure présidentielle qui se trouve aussitôt exposée. Le slogan de la première campagne d’Obama, «Yes, we can» ( Oui, nous le pouvons») n’a pas tardé à être détourné: «Yes, we scan» («Oui, nous scannons»). C’était, il est vrai, assez bien trouvé. En coulisses, Georges W. Bush se sent pousser des ailes d’enfant de chœur.

C’est feindre d’oublier que tous les Etats, depuis toujours, s’emploient à assurer leur sécurité par des services de renseignements dont n’évoluent que les instruments et les cibles.

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08/07/2013

Information en ligne et droit à l'oubli

Existe-t-il encore un droit à l’oubli? L’Internet le met à mal en même temps qu’il en étend considérablement la portée.

Il ne suffit plus de s’en tenir, contre de perturbants rappels dépourvus de véritables justifications, à la protection d’une personne qui a eu par le passé affaire à la justice.

Il ne s’agit pas seulement non plus, dans une perspective élargie, d’empêcher l’évocation publique de faits anciens, qui entraverait sans fondement le secret et la tranquillité propices au développement de la personnalité de chacun.

Selon un projet formé par la Commission européenne au début 2012, il est désormais question d’introduire un véritable droit à l’oubli numérique. Celui-ci viserait à endiguer les atteintes portées à des personnes par les vagues algorithmiques des moteurs de recherche.  Chacun serait ainsi en droit d’obtenir la suppression de données qui le concernent, pour autant qu’aucun motif légitime ne justifie leur conservation.

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