02/04/2014

Conflits d'intérêts

Ce courriel tombe dans la messagerie du médiateur, brut de décoffrage: «Et toi Cornu tu devrais écrire sur les conflits d’intérêts, je crois que tu es le mieux placé».

Pourquoi cet immédiat tutoiement? Pourquoi cette interpellation abrupte qu’en dehors de relations amicales ou familières, une génération autrement policée ne connaissait guère qu’à l’école ou dans des rapports d’autorité mal dégrossis ? Pourquoi cette injonction ironique et sournoise? Est-ce là le registre de la communication sur l’Internet ? Il faudrait s’y faire. On ne s’y fait pas.

La question des conflits d’intérêts est pourtant loin d’être négligeable dans les médias. Il en va de l’indépendance professionnelle et de l’expression de l’opinion de tout journaliste. La déontologie du métier recommande de «n’accepter aucun avantage, ni aucune promesse» qui risqueraient de les limiter.

Le défaut de la norme est qu’elle tend à limiter le risque à des aspects matériels: invitations, cadeaux, avantages éventuels tirés d’informations privilégiées dans le domaine financier. Or, il existe aussi des contreparties d’ordre moral, qui se déploient dans le domaine social: honneurs et considération, reconnaissance publique, distinctions, auxquels les journalistes ne sont pas plus insensibles que d’autres.

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19/03/2014

Le médiateur flotte sur le Web

Le World Wide Web est né voilà 25 ans. En ce mois de mars 2014, le physicien anglais Tim Berners-Lee, son inventeur, est partout célébré. Il travaillait alors au CERN, à Genève. Son idée était de trouver un moyen de partager des documents informatiques en associant le principe de l’hypertexte à l’utilisation d’Internet. Son ambition était alors de réaliser un réseau unique permettant aux chercheurs du CERN de communiquer entre eux et d’échanger leurs travaux. Le projet a pris forme l’année suivante. La Toile est aujourd’hui planétaire.

L’Internet et les usages du Web ont commencé de se répandre dans la société à partir du milieu des années 1990. Les premières habitudes acquises par le public ont été la consultation de données et, de plus en plus, l’usage du courrier électronique. Les nouveaux outils permettaient d’étendre et d’accélérer les procédures.

Le grand saut s’est produit une dizaine d’années plus tard. Le Web qualifié de «2.0» a bouleversé les circuits de l’information, permettant à chacun d’intervenir à l’intention de tous.La Toile a changé nos vies. Elle a aussi changé celle de votre médiateur. Le Web occupe une place toujours plus étendue dans ses activités.

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03/03/2014

Détails inhabituels sur un suicide

Un détenu s’est suicidé le mois dernier  dans une cellule d’arrêts de La Croisée, établissement pénitentiaire situé à Orbe, dans le canton de Vaud. Le quotidien 24 heures relate les faits dans un article paru dans ses éditions des 15 et 16 février.

Le lecteur apprend que le détenu de 21 ans était placé en cellule d’arrêts en raison d’un comportement agressif répété, alors que le terme de sa peine n’était plus l’affaire que d’une douzaine de jours. L’autorité pénitentiaire précise que de telles cellules sont aménagées pour éviter ce genre de drame. Le détenu portait un survêtement (ou training), dont le cordon avait été retiré. Il s’est pendu aux barreaux de la porte avec son pantalon.

Un exposé aussi circonstancié est inhabituel dans un récit de suicide. La Déclaration des devoirs et des droits, code de déontologie des journalistes, souligne dans une directive qu’il leur incombe de renoncer «à des indications précises et détaillées sur les méthodes et les produits utilisés». L’objectif est d’éviter les risques de suicide par imitation.

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13/02/2014

Vie privée, vie publique

Le président François Hollande s’est donc rendu seul en visite officielle aux Etats-Unis, sans compagne. C’est l’épilogue provisoire d’une affaire qui a monopolisé pendant quelques semaines les premières pages des magazines de France et de Navarre. Les médias, goûtant l’effet de répétition, l’ont aussitôt qualifiée de « Gayetgate », du nom de la partenaire prêtée au président par l’hebdomadaire Closer, un beau matin de janvier.

Le médiateur s’est trouvé interpellé sur le champ par Bilan, bi-mensuel du groupe Tamedia, en vue de la mise en ligne de réactions en Suisse romande. Cette première intervention est encore accessible sur le site de la publication. Elle ne pouvait être plus spontanée. Le médiateur ignorait encore tout des révélations de Closer et n’avait jamais entendu parler de Julie Gayet. Sa première réaction fut de considérer que l’information présentait un intérêt public. Et de rappeler qu’un président de la République disposait d’une sphère privée plus restreinte que celle de tout un chacun. Sa partenaire supposée, au contraire, pouvait se prévaloir d’une légitime protection de la sienne. De ce point de vue, les prises de vue exploitées par le magazine, œuvres d’un «paparazzi» des chemins creux, pouvaient effectivement poser problème. Cela n’a pas manqué. Julie Gayet, comédienne et productrice, est intervenue le soir même de la publication.

Ces quelques considérations lapidaires, lâchées au débotté, méritent quelques mots de complément.

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03/02/2014

Médiation au "Washington Post": rien ne va plus

Voilà moins d’un an que la Page du médiateur relatait avec surprise et regret la disparition de la fonction d’ombudsman au Washington Post, quotidien américain qui en fut pourtant l’un des plus éminents pionniers.

La direction du journal considérait que la présence d’un médiateur, à la fois pédagogique et critique, ne s’imposait plus à une époque où les échanges directs sur l’Internet, l’activité des réseaux sociaux permettaient de se passer d’un relai entre les lecteurs et la rédaction.

Il suffisait à ses yeux qu’un représentant du lecteur (reader representative) se charge de transmettre d’éventuelles questions et doléances aux responsables de la rédaction, voire à d’autres étages du journal.

C’est à quoi fut donc invité le premier titulaire du poste, Doug Feaver, dès mars 2013. Or Feaver, pour des raisons à ce jour peu expliquées, a décidé de jeter l’éponge. Son dernier billet à l’enseigne Ask the Post («Posez la question au Post») a été mis en ligne le 5 décembre dernier.

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24/01/2014

Le piège des apparences

Un homme effacé est le titre d’un livre. Paru aux éditions Gallimard, il a reçu l’an dernier le Prix Goncourt du premier roman. Alexandre Postel, son auteur, est né en 1982. Que vient faire un roman dans cette Page du médiateur? Rappeler l’exigence du doute méthodique au départ de toute démarche journalistique, seul moyen de ne pas tomber dans le piège des apparences. C’est l’une des fortes leçons de ce récit passionnant et peu commun, qui renvoie à des situations plus fréquentes qu’il n’y paraît.

L’homme effacé dont parle Postel s’appelle Damien North,  professeur de philosophie entre deux âges. Depuis la mort de sa compagne douze ans plus tôt, il vit en solitaire une existence médiocre. Ses liens familiaux sont distendus, ses relations avec ses collègues de l’université peu actives et nourries de mesquineries dont le milieu est prodigue, il connaît à peine ses voisins.

Voilà qu’un jour son ordinateur portable, connecté au réseau de la faculté, lui refuse tout accès. Ses appels au service informatique restent vains. Au moment où il croit ouvrir la porte de son domicile à un technicien enfin venu le dépanner, il se trouve face à deux policiers. Il apprend qu’il aurait chargé illégalement des images pédopornographiques. Son matériel informatique est saisi.

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14/01/2014

Ces chers disparus

L’embarrassante question! Comme ça, au passage de l’an. Ce serait intéressant de débattre de «ce que l’on peut dire et ne doit pas dire sur une personne post mortem», suggère au médiateur un internaute journaliste à la retraite, qui continue de bloguer gaillardement. Le genre existe, il est identifié: il s’agit de l’article nécrologique.

La grande presse internationale le cultive, comme un indice de qualité signalant une participation modeste à l’écriture de l’histoire. Par exemple, tout lecteur du Monde découvre quotidiennement ou presque, à l’enseigne «Disparitions», des hommages rendus à des personnalités décédées, le plus souvent en correspondance avec les principaux centres d’intérêt du journal. Les défunts appartiennent pour la plupart au monde de la politique, de la culture, de l’université ou des hautes écoles, de l’industrie, parfois du sport, plus rarement à la galaxie clignotante des people (...) Le monde du journalisme et des médias, plus flottant, n’est pas négligé. Ses stars ou prétendues telles, bien entendu, mais aussi d’anciens collaborateurs de la rédaction, méritants travailleurs de l’ombre depuis longtemps oubliés, qui connaissent ainsi, enfin, un ultime quart d’heure de célébrité. C’est une sorte de revanche pour tout ceux qui, leur vie durant, n’ont fait qu’observer les autres et rapporter leurs faits et gestes.

La plupart de nos journaux régionaux observent aussi cet usage confraternel. Pour le reste, le registre est assez différent.

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11/12/2013

Qui paie le médiateur? Quelle est son indépendance?

Par qui votre médiateur est-il  rémunéré? Il l’est par le groupe de presse qui lui confie son mandat, soit Tamedia. Il l’était auparavant par Edipresse. Quelle assurance peut-il alors donner de sa liberté de jugement? Eternelle question, et donc éternel débat!  Elle se pose partout où sont installés des médiateurs de presse. Elle ne manque pas de l’être lorsque paraît sur cette page, à la suite d’une critique publique contre une rédaction, un avis jugé trop indulgent par l’un ou l’autre lecteur.

Une première réponse, formelle, est liée au contrat même du médiateur, qui lui garantit son indépendance. Une autre tient souvent – mais ni toujours ni partout! – à son état de journaliste en fin de parcours ou retraité, occupé par sa charge à temps partiel, dont la carrière professionnelle semble «derrière lui». Pour le reste, l’indépendance est essentiellement une affaire de conduite et de conscience personnelles.

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29/11/2013

Les récits de faits divers et leurs blessures inutiles

Les faits divers se sont installés très tôt dans la presse imprimée. Ils continuent d’occuper une place de choix dans les quotidiens d’aujourd’hui. Ils disputent leurs manchettes aux événements qui informent sur la marche du monde ou la vie des communautés locales. Depuis quelques années, leur présence s’accroît dans le temps pourtant compté des journaux télévisés. Par leur caractère en rupture de normalité, ils interpellent, touchent ou révulsent.

Il n’est pas étonnant que les lecteurs et internautes leur prêtent attention et que leurs récits suscitent autant de réactions. Compassion ou aversion, l’écho émotionnel des faits divers dans le public est audible. Chacun se sent aussitôt concerné.

Puisque l’émotion oriente naturellement la lecture des faits divers, elle risque en permanence d’en orienter le récit. Les sentiments ne sont pas interdits aux journalistes, qui sont des êtres humains comme les autres. Simplement, leur expression devrait respecter quelques garde-fous.

Autant que les faits eux-mêmes, ces garde-fous sont sujets à questionnement. Le médiateur en fait l’année durant son ordinaire.

Le partage entre la nécessaire information et le voyeurisme gratuit en est un.

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05/11/2013

Un ange est passé

Un ange est passé. Les médias ne l’ont pas manqué. Un ange blond au regard triste, sans ressemblance avec les angelots joufflus des églises baroques, pétants de santé et de joie de vivre. Une petite fille, apparue en Grèce, dans un camp rom. Elle appartenait à une famille dont les parents ne sont pas les siens. Des tests l’ont prouvé. Ses vrais parents ont été retrouvés. Ils sont des Roms, eux aussi, non de Grèce, mais de Bulgarie (...).

De ces faits largement relatés, Alain Salles tire dans Le Monde un billet qui fait réfléchir. «Eh bien oui, affirme-t-il en titre, les Roms peuvent être blonds!» La petite Maria est blonde comme le sont la plupart de ses frères et sœurs.

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18/10/2013

Le médiateur n'est pas...

Le médiateur s’occupe des réclamations au sujet du traitement journalistique de l’actualité, de la hiérarchie des nouvelles, du choix des photographies, de la formulation des titres et des affichettes. Il est à l’écoute des lecteurs et des internautes. Il intervient au besoin auprès des rédactions pour examiner la possibilité de donner satisfaction aux demandes. Il s’efforce d’apporter des réponses aux questions.

Le médiateur n’est donc pas un modérateur. La modération est une fonction propre aux sites des journaux sur l’Internet, et plus largement aux forums et autres espaces de discussion. Le modérateur est celui qui accepte ou refuse les commentaires ajoutés par les internautes aux informations mises en ligne ou en réponse à d’autres interventions. Il est d’ailleurs fréquent que le médiateur soit interpellé à propos d’un acte du modérateur, considéré comme une intolérable censure ou, au contraire, comme la démonstration d’un laxisme coupable.

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04/10/2013

Adeline, encore: pourquoi cette Maternité?

«Oui, mais… Et l’image de l’enfant?» En effet. Le médiateur ne s’est pas arrêté dans son dernier billet sur la publication d’une photographie d’Adeline portant dans ses bras sa petite fille, née voilà huit mois. Parue dans Le Matin du 14 septembre et dans Le Matin Dimanche du lendemain.

Il y a quelques raisons à cela. L’ampleur du drame, son retentissement social, le jaillissement de nombreuses questions sur son traitement journalistique justifiaient de la part du médiateur une réaction rapide, quelques orientations générales quant au comportement des médias à l’égard de la victime et du présumé coupable. Il était plus délicat d’aborder sans plus de recul la parution de cette «Maternité». Il ne suffisait pas d’écouter le lecteur qui s’interroge, proteste ou s’indigne devant une conduite émotionnelle. Encore fallait-il prendre le temps de s’enquérir des motifs des rédactions.

C’est désormais chose faite. Les rédactrices responsables du Matin et du Matin dimanche ont eu le loisir de s’en expliquer.

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16/09/2013

Au-delà de la nausée

Cela ne pouvait pas manquer. Le médiateur se trouve une fois de plus (une fois de trop) confronté aux questions que se pose le public après un acte criminel abominable. Sur quels fondements, juridiques, déontologiques repose le traitement réservé par les médias à l’auteur présumé, à la victime? Le dire sans attendre: les considérations attendues du médiateur consistent à disséquer froidement des pratiques professionnelles, alors que l’émotion qui saisit chacun ne l’épargne pas non plus. De telles observations s’apparentent aux actes d’un médecin légiste. Comme ce fut le cas le printemps dernier, lors du meurtre de Marie, il est impossible de se saisir de telles questions sans devoir surmonter un tenace sentiment de nausée.

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09/09/2013

Messages en absence

Le médiateur a pris quelques vacances. Pendant son absence, deux des messages qui lui sont parvenus reprennent des thèmes souvent traités sur cette Page. Ils le font en situation, à propos de l’actualité estivale. Le rôle du médiateur est d’écouter les lecteurs et de chercher à répondre à leurs réclamations. Il ne s’en écarte pas en faisant, pour une fois, entendre directement leur voix.

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15/08/2013

Querelle de chiffres

Un lecteur de La Côte tombe sur un titre en première page du Matin, le 5 juillet. Il lit: «Les lesbiennes osent davantage se mettre en couple». Le sens en est ambigu. Il peut signifier que les femmes homosexuelles sont plus nombreuses à franchir le pas du partenariat que les hommes. Ou qu’elles y recourent davantage que dans un passé récent.

Le lecteur se reporte à l’article concerné, dans les pages intérieures. Le titre est plus général: «De plus en plus de femmes sont en couple ». Mais un sous-titre fait aussitôt pencher la balance du côté de la première interprétation: «En Suisse, le nombre de lesbiennes qui ont fait appel au partenariat enregistré en 2012 dépasse celui des gays».

L’auteur de l’article se réfère à un communiqué de l’Office fédéral de la statistique, qui remonte au début de l’année. Le lecteur y découvre une réalité différente.

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