07/08/2018

Droit de réponse et lettre de lecteur

Dans la correspondance adressée aux journaux, l’usage de l’expression «droit de réponse» est fréquent. Or il n’est pas toujours adéquat. En particulier s’il ne s’agit que d’une réaction à un article ou à une lettre parue dans le courrier des lecteurs.

Le droit de réponse relève du Code civil, tel qu’il a été révisé en 1985. Il vise à faciliter les démarches d’une personne qui se sent atteinte par la publication d’un article ou la diffusion d’une émission. Plutôt que d’engager une procédure judiciaire, souvent longue et coûteuse, la personne touchée peut s’adresser au journal, ou à tout autre média périodique, et lui demander de pouvoir exposer sa version des faits. Sa demande est traitée par la rédaction en chef.

Le moyen de défense est simple et rapide. Toute personne dont le Code civil protège la personnalité peut y recourir. Son usage est cependant soumis à des conditions. La personne doit être touchée directement. Il ne suffit pas qu’elle soit nommée par le média. La mention de son nom doit être associée à la présentation de faits qui la concernent.

Elle ne peut prétendre à un droit de réponse à l’encontre d’opinions qui seraient formulées à son endroit. Seuls les faits sont pris en compte. Elle ne peut l’invoquer non plus lorsqu’elle a participé au débat public d’une autorité, relaté par les médias.

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09/07/2018

Questions d'images: de Trump au pistolet suisse

La page de couverture retenue par le magazine américain Time pour son édition du 2 juillet a déclenché avant même parution une vague d’émotion aux États-Unis. Face à face, une petite fille en larmes et le président Trump, accompagnés du titre « Welcome to America » (Bienvenue en Amérique).

La photo est un montage. Elle illustre une politique migratoire dure impliquant la séparation des enfants et de leurs parents à la frontière du Mexique. Donald Trump finit par reculer : les familles ne sont plus séparées ; à ce jour, le passage vers l’Amérique du Nord n’en reste pas moins verrouillé.

La fillette de deux ans est originaire du Honduras. La photographie est prise le 12 juin au Texas par un reporter de l’agence de presse Getty Images, alors que la mère de l’enfant se fait contrôler par un agent de la police des frontières. Reproduite en « Une » par le New York Times et diffusée sur les réseaux sociaux, elle fait le tour du monde.

Le petite Yanela devient un symbole. Comme autrefois l’enfant décharné guetté par un vautour, lors de la terrible famine de 1993 au sud du Soudan. Ou plus récemment le corps sans vie du petit Aylan sur une plage de Bodrum, en Turquie.

Personne ne doute à première vue de l’artifice en « Une » du Time : à la notoriété même de la photographie originelle s’ajoutent l’absence de décor ou de contexte, le recours à un fond rouge uni. Mais la puissance symbolique est écornée : selon une enquête du Washington Post,  Yanela n’a pas été séparée de sa mère. Les partisans de Donald Trump dénoncent une fake news.

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08/06/2018

Migration du "Matin" et droit de savoir

L’annonce de la disparition de l’édition imprimée du quotidien Le Matin n’a surpris personne dans le milieu des médias. Elle a choqué beaucoup de monde alentour. Le journal est populaire, lu autrefois sur les chantiers de Suisse romande pendant la pause, lu jusqu’à ce jour dans les bistrots à l’heure du café. Dès fin juillet, il devient exclusivement numérique, accessible sur les écrans des ordinateurs, des tablettes, des téléphones portables surtout. Au moins est-il ainsi remplacé par un nouvel avatar, et non condamné à une pure et simple disparition, comme le fut L’Hebdo l’an dernier. Les pertes d’emploi restent lourdes.

Quelle était la place du Matin dans le paysage de la presse de notre région ? A quelle attente répondait-il et entend-il répondre désormais via le seul Internet?

La question conduit à revenir sur quelques fondements. La mission essentielle des médias d’information en démocratie est de répondre au droit de savoir du public. Sur ce point, tout le monde semble d’accord. Savoir quoi et pour quel public ? La réponse n’est pas monolithique.

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03/05/2018

La navigation compliquée du journalisme scientifique

Comment parler de la science dans les médias ? Le magazine des journalistes Edito fait de la question le thème principal de sa dernière livraison. Pas simple.

La page de couverture donne le ton. On y voit un journaliste perplexe devant son ordinateur portable et trois personnages en blouse blanche soufflant dans son dos ces deux messages : « Vous avez bien compris ce que vous devez écrire ? » et « N’oubliez pas pour qui vous travaillez ! »

Le journalisme scientifique a mis du temps à s’ouvrir une voie dans les médias généralistes. Les débuts spectaculaires de la conquête spatiale, dans les années 1960, ont largement contribué à éveiller l’intérêt du grand public.

La voie n’est pas assurée. Comme le relève un journaliste spécialisé, Olivier Dessibourg, une information scientifique régulière apparaît encore comme une élégance : c’est bien d’en avoir (« nice to have »).

Les médias vivent actuellement des temps difficiles. Les journalistes scientifiques ne sont pas les mieux protégés. Le magazine Edito signale pourtant une exception : l’ATS, l’agence de presse nationale, licencie, et pourtant sa rubrique scientifique n’est pas affectée. Elle se renforce même. La raison ? Ce n’est pas l’ATS qui paie. L’information scientifique de l’agence est soutenue par la Conférence des recteurs des universités suisses (swissuniversities), rejointe en 2016 par les Ecoles polytechniques et la Fonds national suisse.

Le recours à des soutiens extérieurs comme panacée ? Un microbiologiste devenu journaliste, Beat Glogger, a mené déjà plusieurs expériences en Suisse alémanique. Deux fondations ont financé pendant sept ans la parution d’une double page hebdomadaire dans 20 Minuten. Glogger a lancé au début de cette année la plate-forme higgs.ch, soutenue par la fondation Gebert Rüf. L’aventure continue.

Soutiens financiers extérieurs donc. Pour quelle assurance d’indépendance ? Cela dépend évidemment des partenaires. Dans les cas cités, toutes les garanties semblent effectivement offertes par des institutions publiques comme les universités ou des fondations.

L’affaire n’est pas moins complexe lorsque le soutien se traduit par un apport de compétences. Le monde scientifique est peuplé de chercheurs qui ont intérêt à ce que les médias parlent d’eux.

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19/01/2018

Fausses nouvelles

Le terme fake news (fausse nouvelle; plus littéralement, nouvelle truquée) a été retenu comme mot de l’année 2017 par le dictionnaire anglais Collins. Un an plus tôt, c’était l’expression post truth (post-vérité) qui avait les honneurs du dictionnaire d’Oxford.

Fake news. Le néologisme trumpesque ne devrait pas se traduire par «fausse information». Ce serait rapprocher deux termes que leurs sens devraient éloigner. Une information entretient par nature une relation exigeante, sinon assurée, à la vérité. Elle est censée donner au public des renseignements qui lui permettent de de se situer dans son environnement et de le comprendre. Fausse, une information n’en serait plus une: elle serait au mieux une erreur, au pire une tromperie, un mensonge ou une manipulation.

Dans la sphère politico-médiatique, la fausse nouvelle est une arme à double usage. En la lançant, on vise à discréditer et déstabiliser un adversaire. En dénonçant comme fausse nouvelle une information constituée, on l’esquive et on en déconsidère l’auteur. Ainsi sont restitués les mécanismes de la propagande, dont l’efficacité repose toujours sur l’exploitation d’une part de réalité avérée, fût-elle infime.

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31/10/2017

Plus de 400 morts et disparus, et alors?

Le samedi 14 octobre se produit au centre de Mogadiscio, capitale de la Somalie, un épouvantable attentat au véhicule piégé. Une semaine plus tard, le bilan est de 358 morts, 228 blessés et 56 disparus. L’attentat n’est pas revendiqué. Les autorités somaliennes l’attribuent aux Chabab, islamistes liés à Al-Qaida.

Plus de quatre cents morts et disparus à Mogadiscio, et alors? Dans ses éditions du lundi 16 octobre, la presse quotidienne lémanique payante traite l’événement avec une discrétion surprenante: sept lignes et une photographie sur une colonne dans la Tribune de Genève et 24 heures; une photographie de plus grande surface accompagnée d’une légende dans Le Matin.

L’information la plus ample, assortie de l’illustration la plus généreuse, se trouve ce lundi matin 16 octobre dans 20 Minutes. Impossible d’y échapper: «Carnage en plein cœur de la Somalie» occupe la plus grande place en première page. A l’intérieur du journal, l’attentat de Mogadiscio se voit accorder un espace substantiel. De quoi retoucher, pour le moins, quelques clichés sur la presse quotidienne gratuite.

Attentive pourtant à l’actualité internationale, La Liberté ne publie qu’une nouvelle minuscule. Sans surprise, Le Temps est le moins laconique, il reprend une dépêche de l’AFP d’une quarantaine de lignes. La part de l’attentat, le plus meurtrier de l’histoire de la Somalie, reste congrue.

Ce manque d'attention aurait suscité naguère des réactions de la part de lecteurs critiques ou indignés. Il aurait fallu recourir aux arguments classiques de la relativité des nouvelles selon l’abondance de l’actualité, du déclin de leur intérêt selon la distance, géographique ou psychologique, qui nous sépare des événements.

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27/09/2017

Le droit de la communication s'applique au numérique

L’Internet impose des examens à nouveaux frais de dispositions légales. A ce jour, la régulation de la communication numérique n’entraîne pourtant pas nécessairement de réelles innovations. Dans plusieurs pays, on observe plutôt une volonté de s’en tenir à une «lecture numérique» des dispositions du droit existant et de procéder par adaptation.

Cette ligne est confirmée dans un rapport du 10 mai 2017 du Conseil fédéral. Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans la diffusion galopante des fake news ou fausses nouvelles. Le droit en vigueur traite déjà de certains de leurs aspects problématiques. La création de nouvelles normes n’est pas d’actualité, au moins «pour le moment».

Une décision prise le 30 juin 2017 par le parlement allemand offre une autre illustration de l’application du droit au monde numérique. Le parlement a voté une loi imposant aux réseaux sociaux – Facebook en première ligne – de supprimer certains contenus dans les vingt-quatre heures suivant leur signalement par des internautes, sous peine de lourdes amendes. Il s’agit des propos haineux, racistes, antisémites ou encore de la propagande terroriste. Pour l’essentiel, la loi soumet l’un des géants du Net, et dans les conditions propres à ses activités, à des principes déjà inscrits dans le droit.

La communication numérique a cependant induit une innovation notable en matière de droit à l’oubli. Par son étendue, par la pérennité de ses contenus, l’Internet accroît les risques de dommages provoqués par une publication portant atteinte à la réputation ou à la vie privée des gens. La simple inscription d’un nom dans la fenêtre d’un moteur de recherche fait remonter à la surface des épisodes d’une existence sans relation avec la situation présente, sinon déshonorants.

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14/09/2017

Quelle déontologie des journalistes sur l'Internet?

Lors de l’entrée des médias dans le monde numérique, les changements de statut et de pratiques du journalisme ont été assez tôt identifiés. A la posture de moniteur propre au journalisme d’opinion, à la fonction de guide reconnue au journalisme d’information, s’ajoute un rôle d’aiguilleur.

Le premier dit ce qu’il faut penser, le deuxième à quoi il faut penser. Le troisième explore ce qu’on pense, à quoi l’on pense et ce qui se raconte sur le vaste Web.

Cette évolution provoque-t-elle des changements notables dans la formulation des normes déontologiques du métier? Sans procéder à un tour d’horizon complet, et pour s’en tenir à quelques pays d’Europe occidentale, ce n’est pas le cas.

Les valeurs dominantes du journalisme demeurent: la défense de la liberté de l’information et des idées, la recherche de la vérité et le respect de la personne.

Les normes qui en découlent, formulées dans des chartes, restent pertinentes – qu’elles soient partout et en tout temps respectées est une autre affaire. Tout au plus peut-on relever quelques adaptations mineures (...)

 

L’ensemble de ces applications et adaptations confirme que les nouvelles pratiques du journalisme numérique n’ont pas provoqué pour l’instant de relecture spectaculaire de la déontologie du métier. Les normes établies tiennent la route. L’appareil juridique entourant les pratiques journalistiques et médiatiques observe une retenue analogue. Un état durable? Les évolutions sont rapides, la question ne peut que rester ouverte.

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09/08/2017

Des festivals de journalisme vraiment festifs?

L’été est la saison des festivals et des rencontres. De musique, de théâtre, de photographie… Et même de journalisme. C’est plutôt inattendu. Les premières initiatives sont nées en Italie, à Pérouse en 2006, à Ferrare l’année suivante.

L’idée est de mettre en débat les enjeux et les pratiques du métier, non pas entre soi, mais en présence d’un public accueilli en libre accès, grâce au soutien des collectivités locales et de parrainages.

Elle essaime partout. Début juin s’est tenu pour la première fois en Angleterre, dans l’East Sussex, un Byline Festival, largement dévolu au journalisme et à l’information. Cet été, deux rencontres ont eu lieu en France. La première à Autun – un Rendez-vous de juillet organisé par les revues XXI et 6 mois, fondées par l’éditeur Laurent Beccaria. La seconde à Couthures, dans le Sud-Ouest, deuxième édition du Festival international du journalisme vivant.

Dans un article paru dans Le Monde du 27 juillet, Alexis Delcambre relève que les festivals les plus récents se situent «à la confluence de trois tendances».

La première est suscitée par une industrialisation de l’information qui réduit nombre de ses agents à s’effacer derrière le rôle que leur attribue le système médiatique. Elle est de permettre un contact direct, de personne à personne, entre le public et des journalistes qui parlent de leur métier – d’où la notion de «journalisme vivant».

La deuxième, plus constante mais aussi plus pressante que jamais, est de s’interroger sur l’information en démocratie. Question posée à Autun: faut-il brûler les journalistes?

La troisième est une autre conséquence des bouleversements imposés par l’Internet à la circulation des informations et des opinions. Elle tient à la recherche par les médias d’information, traditionnels aussi bien que numériques, des moyens de s’assurer la fidélité de leurs lecteurs et utilisateurs. L’enjeu est de les constituer en communauté, plutôt qu’en audience diffuse et volatile, et d’assurer ainsi leur propre survie.

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06/06/2017

Une mort abandonnée à ses mystères

Le suicide d’Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire neuchâteloise, a soulevé dans la presse romande une émotion profonde et partagée. L’homme était unanimement apprécié: ouvert, disponible, atypique, sympathique, imaginatif. Tout ce qui peut séduire un journaliste.

Le lendemain de sa disparition, les titres des quotidiens lémaniques sont d’une commune sobriété. Ils s’en tiennent à la mention du «décès» du chef de la police judiciaire. Cité dans le texte, un communiqué de la police neuchâteloise indique pourtant d’emblée que tout laisse à penser que celui-ci a mis fin à ses jours.

Au cours de la journée, la police confirme après enquête qu’Olivier Guéniat s’est suicidé. Elle précise qu’il a utilisé son arme de service. Cette information est alors portée en titre de l’information commune diffusée sur leurs sites internet par Le Matin, 24 heures et la Tribune de Genève (ainsi que par 20 Minutes).

Stop Suicide réagit en adressant un message aux rédactions numériques des quatre quotidiens. Cette association dévolue à la prévention du suicide est attentive aux possibles incidences des récits médiatiques. En l’espèce, elle relève que la mention dans le titre de l’arme de service pose problème. La Suisse est le pays européen où le plus grand nombre d’armes à feu est en circulation. L’accès en est relativement aisé, par les effets du système militaire de milice. Conjuguée à l’empathie suscitée par la personnalité d’Olivier Guéniat, la mention de l’instrument de la mort risque d’accroître les risques d’imitation.

La réaction de Stop Suicide est en phase avec la déontologie journalistique. La directive sur le suicide attachée à la Déclaration des devoir et des droits de la profession précise que «les journalistes renoncent à des indications précises et détaillées sur les méthodes et les produits utilisés». Dans ce cas, le seul argument pouvant expliquer la liberté prise avec la recommandation déontologique est l’évidence de l’instrument. Le mentionner est un moyen de couper court à d’autres suppositions.

Dans ce même communiqué, Stop Suicide salue la réserve de la presse romande, qui n’a pas spéculé sur les causes ou facteurs qui ont pu conduire Olivier Guéniat à se donner la mort. L’association a raison: sans être dûment étayées par des faits, de telles spéculations peuvent être sordides, selon les cas et les personnes.

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19/04/2017

De bons apôtres au chevet de la presse romande

Les grands bouleversements sont propices à l’ouverture de nouvelles perspectives. Ils s’accompagnent aussi de moments de désarroi. La presse écrite en Suisse romande vit des temps difficiles. Cela vaut au médiateur ce commentaire d’un lecteur: «Il ne fait aucun doute que c’est la perte de crédibilité de la presse qui la conduit à la ruine».

 L’avis est largement partagé. Il n’est que de se balader sur la plate-forme des blogs de la Tribune de Genève, sur celle de 24 heures ou alentour. Les bons apôtres se bousculent.

 Il suffirait, dit l’un, d’écouter enfin la voix du peuple, qui a l’accent de l’UDC. En Suisse alémanique, la Weltwoche cartonne. Les quotidiens, dit un autre, n’ont qu’à se distribuer gratuitement. 20 Minutes s’en sort fort bien. Selon un troisième, les motifs avancés pour expliquer la crise – la révolution de l’Internet et l’exode des annonceurs – ne seraient que des prétextes. Ils ne tromperaient personne. Voyez Le Courrier, valeureux survivant presque sans publicité ni moyens sophistiqués!

 Dommage! Les derniers chiffres d’audience publiés en avril sont de nature à rafraîchir les enthousiasmes. La Weltwoche perd plus d’un lecteur sur cinq en un an. 20 Minutes reste le titre le plus lu de Suisse, ses trois éditions linguistiques confondues; mais l’audience de l’édition papier en français est en recul.

 Nos bons apôtres ne sont pourtant pas avares de conseils. Les journaux retrouveraient leur crédibilité, leur public et leurs revenus s’ils se laissaient insuffler davantage de pluralisme ou de goût pour la recherche. S’ils résistaient à tout suivisme journalistique, s’ils osaient s’écarter du sillage des décideurs. Ou encore s’ils s’affranchissaient de l’influence morale de la bien-pensance.

Pourquoi ne pas en débattre? Il est toujours possible de faire mieux, d’approfondir plutôt que de survoler, de rencontrer des gens plutôt que de reproduire des dépêches, de partir à la découverte plutôt que d’attendre la chute des marrons à la rentrée.

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05/04/2017

Des Noirs, dealers au coin des rues

Voilà une lectrice mécontente! Elle ne l’envoie pas dire au dessinateur Herrmann, de la Tribune de Genève. Elle glisse sous enveloppe la coupure d’un dessin récent sur la vente de cannabis légal, assortie d’un double commentaire: «Pourquoi le dealer est-il forcément noir? Et s’il n’y avait pas tant de clients blancs?» Le dessin applique en effet cette répartition des rôles.

Faut-il y voir un indice de racisme? Gérald Herrmann s’en défend. «C’est très exactement la deuxième fois que je désigne un dealer en représentant un Noir». La vente de cannabis et autres stupéfiants au coin des rues n’est pourtant pas un sujet rare. Hermann lui a déjà consacré plusieurs de ses dessins quotidiens.

Chacun sait que s’ils vivent ou vivotent de leur trafic, les revendeurs de drogue n’en sont pas les principaux exploitants. Ils sont les instruments de gros trafiquants, selon des filières liées à leurs origines : aux Maghrébins  le cannabis, aux Albanais l’héroïne, aux Africains de l’Ouest la cocaïne. Cette répartition reste toujours d’actualité, confirme un porte-parole de la police, sans exclure une part de diversification. Du coup, en attribuant à des Noirs la revente de cannabis, fût-il illégal, le dessin allègerait plutôt la charge.

Les collaborateurs de la Tribune de Genève sont les témoins quotidiens du petit trafic qui, dès la fin du jour, se déroule sur le tronçon de la rue des Rois longeant le cimetière et dans des rues avoisinantes. Ils observent de temps en temps des interventions de policiers. Tous les revendeurs du quartier, au su et au vu de ses habitant ou des passants, sont des Noirs. Cette réalité devrait-elle être occultée?

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06/02/2017

Federer résiste au lexique religieux

Roger Federer, vainqueur du tournoi de Melbourne. On pouvait craindre le pire. Le pire ne s’est pas produit. Les titres des journaux romands ont été triomphants par la dimension de leurs caractères. Ils sont restés sobres par leurs contenus. Notées au vol, deux exceptions. Affichées curieusement par des quotidiens peu suspects de frivolité. L’un parle en titre de première page de «résurrection». L’autre proclame, en surcharge d’une photo du champion procédant à l’élévation de son trophée, «La canonisation attendra». C’est certain, Federer n’est pas encore sportivement mort.

Si prisé par la presse, le vocabulaire religieux cède ici clairement le pas au lexique de la chanson de geste. Il est question d’exploit, de légende, de héros, de «combat épique». «Il n’y a qu’un seul dieu dans le ciel du tennis», laisse néanmoins filer une plume de la presse régionale lémanique. Cette confession d’un monothéisme de la petite balle jaune coiffe «dieu» d’une minuscule, histoire de le désacraliser un brin.

Les narrations sportives ne sont pas avares de miracles et de souffrances christiques. Tel coureur cycliste vit un «calvaire» dans l’ascension du Mont Ventoux. Tel gardien de football se voit «crucifié» par une reprise de volée à dix mètres de la ligne de but. La «résurrection» de Federer s’inscrit dans cette nouvelle mouture du récit néotestamentaire.

Les appareils théologique et ecclésial sont aussi convoqués.

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11/01/2017

Le virus de la "post-vérité"

L’année écoulée n’a pas contribué à une remontée de la cote des médias dans l’opinion. Où qu’on en prenne la mesure, aux Etats-Unis, en Allemagne, en France ou ailleurs, cette cote est basse, et depuis longtemps. L’anémie de la crédibilité des médias est chronique. Elle pourrait atteindre son niveau d’étiage.

Cela tient pour beaucoup à la coïncidence dans l’actualité de plusieurs scrutins majeurs, dont les issues ont été contraires aux prévisions. Ces scrutins portaient sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (le Brexit); sur l’élection présidentielle aux Etats-Unis; sur l’élection primaire du candidat de la droite et du centre en vue de l’élection présidentielle de mai prochain en France.

Les résultats ont conduit à mettre en cause, le plus souvent sans nuance, le travail des journalistes – déclarations, polémiques, lettres de lecteurs, commentaires et tweets assassins. Les réseaux sociaux ont atteint sur le sujet un point de saturation.

Le débat s’est focalisé sur l’élection de Donald Trump. Plusieurs voix du journalisme aux Etats-Unis – prestigieuses, sinon unanimement respectées en dehors du métier –,  ont procédé à un impressionnant nostra culpa. Incapables de concevoir l’élection du magnat de l’immobilier à la Maison Blanche, les observateurs professionnels n’ont pas su en percevoir les indices annonciateurs. Des erreurs ont été commises. Des défaillances se sont produites. Ces voix en font l’aveu.

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19/12/2016

L'identité proclamée d'un pédophile britannique

Un ancien entraîneur britannique provoque le scandale dans le monde du football. Déjà plusieurs fois condamné, il est à nouveau poursuivi pour huit faits d’agression sexuelle sur mineur. Les actes auraient été commis au début des années 1980. L’homme  a travaillé pour divers clubs, dont Manchester City et Stoke City (la formation actuelle de l’international suisse Xherdan Shakiri).

L’annonce par les services du procureur de la Couronne met en émoi la Grande-Bretagne. Plusieurs joueurs de football accusent l’ancien entraîneur d’agressions sexuelles, subies alors qu’ils étaient encore adolescents. Le football est un sport universel, rien d’étonnant que la nouvelle fasse aussitôt le tour de la planète.

Les médias suisses s’en saisissent, comme beaucoup d’autres. La Tribune de Genève et 24 heures publient le même article circonstancié de leur correspondant commun à Londres, Tristan de Bourbon. Faut-il donner le nom de l’ancien entraîneur?

Le quotidien vaudois choisit de privilégier le thème et d’en élargir le champ. Il lui consacre le titre de tête de première page de son édition du 1er décembre. Il réserve une page entière à « la lutte délicate contre les prédateurs des vestiaires », évoquant les efforts de prévention de l’Association cantonale vaudoise de football. Le nom de l’inculpé, en toutes lettres, figure déjà à la première ligne du texte paru sous la manchette, soit sous le titre de la première page.

La Tribune de Genève, elle, ne porte pas l’affaire en «Une». Elle s’en tient au seul article du correspondant à Londres, placé en page intérieure. Le responsable de l’édition décide de désigner l’ancien entraîneur par ses seules initiales. La rédaction s’en tient à la consigne lors des deux premières occurrences, mais flanche à la troisième. Prénom et nom finissent donc par apparaître dans le texte. Qui plus est, le site Web du journal genevois, qui met en ligne des contenus communs aux titres de Tamedia, révèle non seulement l’identité du prévenu, mais publie sa photographie reprise du Daily Mirror.

Pour le dire brièvement, le traitement par 24 heures s’accorde à celui que réserve à l’affaire la plupart des médias; le traitement par la Tribune de Genève, dans son édition imprimée, se veut d’abord respectueux des normes déontologiques.

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