06/02/2017

Federer résiste au lexique religieux

Roger Federer, vainqueur du tournoi de Melbourne. On pouvait craindre le pire. Le pire ne s’est pas produit. Les titres des journaux romands ont été triomphants par la dimension de leurs caractères. Ils sont restés sobres par leurs contenus. Notées au vol, deux exceptions. Affichées curieusement par des quotidiens peu suspects de frivolité. L’un parle en titre de première page de «résurrection». L’autre proclame, en surcharge d’une photo du champion procédant à l’élévation de son trophée, «La canonisation attendra». C’est certain, Federer n’est pas encore sportivement mort.

Si prisé par la presse, le vocabulaire religieux cède ici clairement le pas au lexique de la chanson de geste. Il est question d’exploit, de légende, de héros, de «combat épique». «Il n’y a qu’un seul dieu dans le ciel du tennis», laisse néanmoins filer une plume de la presse régionale lémanique. Cette confession d’un monothéisme de la petite balle jaune coiffe «dieu» d’une minuscule, histoire de le désacraliser un brin.

Les narrations sportives ne sont pas avares de miracles et de souffrances christiques. Tel coureur cycliste vit un «calvaire» dans l’ascension du Mont Ventoux. Tel gardien de football se voit «crucifié» par une reprise de volée à dix mètres de la ligne de but. La «résurrection» de Federer s’inscrit dans cette nouvelle mouture du récit néotestamentaire.

Les appareils théologique et ecclésial sont aussi convoqués.

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11/01/2017

Le virus de la "post-vérité"

L’année écoulée n’a pas contribué à une remontée de la cote des médias dans l’opinion. Où qu’on en prenne la mesure, aux Etats-Unis, en Allemagne, en France ou ailleurs, cette cote est basse, et depuis longtemps. L’anémie de la crédibilité des médias est chronique. Elle pourrait atteindre son niveau d’étiage.

Cela tient pour beaucoup à la coïncidence dans l’actualité de plusieurs scrutins majeurs, dont les issues ont été contraires aux prévisions. Ces scrutins portaient sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (le Brexit); sur l’élection présidentielle aux Etats-Unis; sur l’élection primaire du candidat de la droite et du centre en vue de l’élection présidentielle de mai prochain en France.

Les résultats ont conduit à mettre en cause, le plus souvent sans nuance, le travail des journalistes – déclarations, polémiques, lettres de lecteurs, commentaires et tweets assassins. Les réseaux sociaux ont atteint sur le sujet un point de saturation.

Le débat s’est focalisé sur l’élection de Donald Trump. Plusieurs voix du journalisme aux Etats-Unis – prestigieuses, sinon unanimement respectées en dehors du métier –,  ont procédé à un impressionnant nostra culpa. Incapables de concevoir l’élection du magnat de l’immobilier à la Maison Blanche, les observateurs professionnels n’ont pas su en percevoir les indices annonciateurs. Des erreurs ont été commises. Des défaillances se sont produites. Ces voix en font l’aveu.

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19/12/2016

L'identité proclamée d'un pédophile britannique

Un ancien entraîneur britannique provoque le scandale dans le monde du football. Déjà plusieurs fois condamné, il est à nouveau poursuivi pour huit faits d’agression sexuelle sur mineur. Les actes auraient été commis au début des années 1980. L’homme  a travaillé pour divers clubs, dont Manchester City et Stoke City (la formation actuelle de l’international suisse Xherdan Shakiri).

L’annonce par les services du procureur de la Couronne met en émoi la Grande-Bretagne. Plusieurs joueurs de football accusent l’ancien entraîneur d’agressions sexuelles, subies alors qu’ils étaient encore adolescents. Le football est un sport universel, rien d’étonnant que la nouvelle fasse aussitôt le tour de la planète.

Les médias suisses s’en saisissent, comme beaucoup d’autres. La Tribune de Genève et 24 heures publient le même article circonstancié de leur correspondant commun à Londres, Tristan de Bourbon. Faut-il donner le nom de l’ancien entraîneur?

Le quotidien vaudois choisit de privilégier le thème et d’en élargir le champ. Il lui consacre le titre de tête de première page de son édition du 1er décembre. Il réserve une page entière à « la lutte délicate contre les prédateurs des vestiaires », évoquant les efforts de prévention de l’Association cantonale vaudoise de football. Le nom de l’inculpé, en toutes lettres, figure déjà à la première ligne du texte paru sous la manchette, soit sous le titre de la première page.

La Tribune de Genève, elle, ne porte pas l’affaire en «Une». Elle s’en tient au seul article du correspondant à Londres, placé en page intérieure. Le responsable de l’édition décide de désigner l’ancien entraîneur par ses seules initiales. La rédaction s’en tient à la consigne lors des deux premières occurrences, mais flanche à la troisième. Prénom et nom finissent donc par apparaître dans le texte. Qui plus est, le site Web du journal genevois, qui met en ligne des contenus communs aux titres de Tamedia, révèle non seulement l’identité du prévenu, mais publie sa photographie reprise du Daily Mirror.

Pour le dire brièvement, le traitement par 24 heures s’accorde à celui que réserve à l’affaire la plupart des médias; le traitement par la Tribune de Genève, dans son édition imprimée, se veut d’abord respectueux des normes déontologiques.

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11/10/2016

Les démentis restent ouverts à la critique

L’insertion dans les colonnes d’un journal d’une rectification ou d’une précision permet de retoucher une information incorrecte ou incomplète. Elle est l’affaire de la rédaction, qui prend sur elle d’opérer la correction (voir la Page du médiateur, 21 juin 2016).

Le démenti est d’une autre nature. Il s’impose de l’extérieur. L’initiative en est prise par une personne, une entreprise ou une institution mêlée à une affaire traitée par les médias. La présentation des faits est contestée, d’éventuelles accusations sont déclarées sans fondement.

Le démenti  peut intervenir à tout moment. Il est souvent intégré à l’exposé même des faits. Le journaliste est tenu par sa déontologie d’entendre avant toute publication une personne faisant l’objet de reproches graves. C’est donner à cette dernière la possibilité de se défendre, voire de dénier tout motif à de tels reproches. Sa position doit être alors reproduite «de manière loyale» dans le même récit médiatique.

Il existe des exceptions: si les reproches proviennent de sources officielles publiques – par exemple, de jugements de tribunaux; si les reproches et la réaction de la personne ont été déjà portés à la connaissance des lecteurs – la réaction de l’intéressé ne pourrait cependant se voir escamotée dès lors que les reproches eux-mêmes seraient rappelés; si un intérêt public prépondérant le justifie.

Il n’est pas rare néanmoins qu’une rédaction reçoive un démenti après publication. Par exemple, lorsque l’audition requise de la personne mise en cause n’a pu avoir lieu. Ou qu’un acteur autre qu’elle se sent également visé. Ou encore qu’il y a eu négligence ou trop prompt recours à la notion d’intérêt public prépondérant. Il convient alors d’en faire état publiquement, de manière non moins loyale. Dans certains cas, la parution d’une lettre de lecteur peut convenir.

Cette ouverture à l’information contradictoire n’interdit pas à un média de maintenir ses informations, pour autant que ses sources soient sûres. Elle ne lui interdit pas non plus de soumettre le démenti à la critique.

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27/09/2016

La presse écrite cherche des sous

iciPartout, l’argent manque. Pour faire plus, mieux, nouveau. Pour continuer à faire, tout simplement. Les universités, les institutions culturelles ne comptent plus sur les seules contributions des collectivités publiques. Celles-ci ne suffisent pas à assurer des prestations ni à satisfaire des ambitions répondant à un jeu de concurrence de plus en plus sévère. La recherche de fonds est devenue une activité à part entière. Des fondations sont sollicitées, le parrainage et le mécénat sont encouragés.

Par son ampleur, le phénomène est nouveau. Il est exposé à des dérapages. L’exemple académique le plus caricatural, et pourtant réel, est la recherche sur le cancer des poumons financée par l’industrie du tabac. Dans domaine culturel, le risque est celui de l’intervention d’un parrain généreux en mal d’influence sur les choix artistiques. L’apport de fonds extérieurs ne devrait donc pas échapper au respect de règles et de normes qui assurent à la fois l’indépendance des institutions et la transparence quant à leurs origines et conditions.

La presse écrite quotidienne se trouve aujourd’hui dans une situation analogue. Elle ne reçoit certes pas de fonds publics, bien que l’information semble être considérée encore comme un bien commun en démocratie. Depuis bientôt deux siècles, elle tire ses ressources de ses ventes et de ses recettes publicitaires. Mais son modèle économique est atteint d’anémie.

Partout dans le monde, les tirages des journaux s’érodent, même parmi les plus grands. Partout, les volumes publicitaires se ratatinent. Les deux sources financières de la presse sont en voie d’assèchement.

La presse écrite quotidienne subit deux migrations massives: celle des lecteurs, et d’abord des plus jeunes, celle d’annonceurs autrefois très présents sur le marché de l’automobile, de l’emploi, de l’immobilier, des petites annonces. Tout le monde se retrouve désormais sur le Net.

Les journaux se lancent donc à leur tour dans la recherche de fonds. Les pratiques de deux quotidiens romands se voient discutées.

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23/08/2016

Trump: c'est la faute aux médias!

A la mi-août, Donald Trump envoie une salve de messages sur son compte Twitter. Il dénonce l’action des médias. Coupables à ses yeux de la baisse des intentions de vote en sa faveur. Et d’une «protection» dont jouirait à ses yeux la candidate démocrate Hillary Clinton.

Il semble que cette brusque éruption soit provoquée par une enquête du New York Times, publiée la veille. L’article évoque les interrogations d’une équipe de soutien sur la capacité du candidat républicain à hausser son niveau.

Au même moment, un éditorial du Wall Street Journal suggère qu’à défaut de professionnaliser sa campagne dans les plus brefs délais, Donald Trump serait bien inspiré de se retirer au profit de son colistier Mike Pence. Depuis lors, son équipe tente tant bien que mal de corriger le tir.

Avant l’élection primaire, le magnat de l’immobilier s’en est déjà pris plus d’une fois à la presse: attaque contre une journaliste de Fox News, chaîne de télévision pourtant peu suspecte d’antipathie envers son parti; menace de suspension de l’accréditation du New York Times, permettant aux journalistes du quotidien de suivre sa campagne; mise au ban du Washington Post, en raison d’articles critiques; altercation avec la presse au sujet d’une promesse de dons, non suivie, à des anciens combattants; jusqu’à l’évocation d’une modification de la loi, afin de rendre plus faciles les actions en justice contre les entreprises d’information.

Le nouveau médiateur du New York Times, Jim Rutenberg, n’a pas attendu le dernier éclat du milliardaire pour signaler les dommages  collatéraux causés par cette candidature sur les pratiques journalistiques. «Trump teste les normes de l’objectivité en journalisme», affirme le titre de sa chronique parue le 8 août dans le quotidien.

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21/06/2016

Rectification et précision: mode d'emploi

Aucun journaliste ne saurait prétendre à l’infaillibilité. Dans l’exercice du métier, le risque d’erreur est permanent. Il peut être dû aux circonstances, à la complexité d’une situation, aux dérobades de certains acteurs. Il peut l’être bien entendu à des défaillances professionnelles, à un travail précipité ou bâclé. Le constat en a déjà été plus d’une fois établi sur la Page du médiateur. Il appartient dès lors au journaliste de corriger ses erreurs aussitôt qu’il en a connaissance. Un journalisme de qualité se signale par la faculté de reconnaître les manques et de rétablir sans attendre la vérité des faits.

Ce qui s’applique au journaliste s’étend à son organisation. Les médias ne sont pas moins concernés. La frontière est souvent floue entre les fautes des journalistes, qui sont individuelles, et les défauts des médias, qui sont collectifs et structurels: vulnérabilité aux pressions du milieu social et économique, soumission aux lois de la concurrence, incitation à accélérer la circulation de l’information. Les médias sont aujourd’hui confrontés à l’exigence indépassable d’immédiateté, qui appartient à l’ADN de l’internet et des réseaux sociaux.

Votre médiateur est régulièrement saisi de réclamations portant sur la relation des faits. Les plaintes ne dénoncent pas forcément des erreurs. Elles signalent aussi des imprécisions. Le traitement en est distinct.

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06/06/2016

Proche-Orient: victimes ou agresseurs?

Quelle réponse apporter aux lecteurs qui se plaignent de déformations systématiques dans la relation des faits? Et le plus souvent les dénoncent comme délibérées?

«This is the column I never wanted to write»: voici la chronique que je n’ai jamais voulu écrire. C’est par ces mots que la médiatrice (public editor) du New York Times, Magaret Sullivan, commençait l’une de ses dernières chroniques de l’année 2014. Elle revenait sur l’été sanglant dans la région de Gaza. Elle traitait, inévitablement, des reproches adressés à la rédaction du Times de manquer d’impartialité dans ce conflit.

La lecture de sa chronique apportait de nombreuses confirmations quant à la difficulté à convaincre de la bonne foi d’une rédaction des lecteurs qui se sont fait une fois pour toute leur opinion. Il n’est pas aisé de plaider le respect des règles professionnelles par les journalistes et leur recherche de l’impartialité dans la couverture de situations gangrénées par la propagande.

Votre médiateur ne pouvait manquer de se reconnaître alors dans les embarras de son homologue newyorkaise. Au cours du même été 2014, il a été confronté à des réactions analogues, sous forme de lettres de lecteurs, de commentaires en ligne sur le Web ou de messages personnels.

Depuis lors, les choses n’ont guère changé. Le médiateur (readers’ editor) du quotidien britannique The Guardian, Chris Elliott, fait état de semblables accusations. Le conflit entre Israël et la Palestine appartient aux sujets qui provoquent le plus grand nombre de réclamations. Elliott relève que la plupart des plaintes émanent de partisans d’Israël, qu’il s’agisse de personnes privées, de groupes de pression ou des services de l’ambassade d’Israël à Londres.

Il signale cependant un changement significatif. Depuis la multiplication des agressions contre des sujets israéliens, commises par des Palestiniens utilisant des couteaux, des armes à feu ou des véhicules, ce sont pas les articles qui font l’objet principal de critiques, mais leurs titres. Selon un attaché de presse de l’ambassade d’Israël, les titres opèrent un renversement systématique: l’agresseur est présenté comme une victime.

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18/05/2016

Les vagues médiatiques des "Panama Papers"

La divulgation de données en provenance du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca commence début avril. Elle concerne des comptes offshore, placés donc sous la juridiction d’un Etat qui n’est pas le pays de résidence des détenteurs des fonds. L’affaire est d’une ampleur exceptionnelle, onze millions et demi de fichiers. Elle est passée dans l’actualité sous l’appellation de «Panama Papers».

A l’origine, une source anonyme transmet les données de Mossack Fonseca à la Süddeutsche Zeitung, quotidien réputé pour le sérieux de ses enquêtes. Selon ses dires, le lanceur d’alerte a essuyé auparavant le refus d’autres organisations médiatiques. Le journal allemand voit mal comment venir à bout d’une telle masse. Il fait appel à une organisation de journalistes préconisant la collaboration par-dessus les frontières, basée à Washington: le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ).

Près de quatre cents professionnels, plus de cent rédactions s’attellent au décryptage des données. Les résultats sont distillés dans leurs pays respectifs, 76 au total, pendant cinq semaines. D’un territoire à l’autre, l’information se diversifie selon la qualité des protagonistes, la nature des fonds, leurs liens éventuels avec des crimes ou délits comme le trafic de drogue ou la corruption.

Les matériaux se sont accumulés pendant quarante ans. Ils ne sont pas tous également intéressants ni pertinents. Ils contiennent de nombreuses données de comptes qui ont été fermés ou qui sont devenues obsolètes. L’examen des archives de Mossack Fonseca requiert du discernement.

L’opération conduit néanmoins à la mise au jour de renseignements substantiels, actuels ou récents.

Elle présente au moins trois volets.

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02/05/2016

Drame du Grand-Pont et retour sur information

Le 8 juillet 2003, un chauffard lance sa voiture contre des passants en plein cœur de Lausanne, au moment de la pause de midi. Trois personnes sont tuées, sept autres blessées. C’est le drame du Grand-Pont, resté fameux dans la capitale vaudoise et même au-delà. L’homme qui tenait le volant de la «voiture folle» en réchappe, il est incarcéré.

L’affaire est peu commune et fait grand bruit. Trois mois plus tard, un journaliste publie dans un magazine illustré un article portant notamment sur des aspects personnels du prévenu et sa vie en détention. Les pièces utilisées appartiennent au dossier de l’instruction. Le journaliste déclare les avoir reçues anonymement.

Avec le recul, le contenu même de l’article paraît plutôt anodin. Sa publication suffit cependant à fonder une action en justice. L’enjeu est de trancher entre la liberté d’expression du journaliste et la publication de documents officiels secrets.

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17/03/2016

Cisjordanie: à l'école de la rectification

L’édition du Matin du 24 février a publié dans sa rubrique «Le monde en images» une photographie accompagnée d’une légende fautive. La même photographie et la même légende ont été reprises dans l’édition web du journal, le même jour.

Dans cette histoire, rien n’est anodin. La photographie montre une douzaine d’enfants assis sur des chaises, en plein air. Ils sont placés devant un drapeau palestinien, planté dans ce qui ressemble à la sortie au sol d’une gaine technique. Ils écoutent une jeune femme voilée au visage découvert.  Derrière eux, un peu plus loin, des constructions de fortune, genre bidonville. A l’arrière-plan, sur une crête, la silhouette d’une bourgade.

Placée sous le titre «A rude école», la légende dit ceci: «Cisjordanie. Leur salle de classe ayant disparu sous les bombes lors d’un raid de l’aviation israélienne, c’est en plein air que ces jeunes Palestiniens suivent leurs cours à Al-Azariya».

L’image est portée au crédit de l’Agence France-Presse (AFP)  et d’un photographe nommé Ahmad Gharabli.

En soi, elle interroge. Pourquoi des enfants dépourvus de tout matériel scolaire? Ils semblent réunis en vue d’une photo de classe plutôt que pour un cours. Pourquoi une institutrice sans le moindre support d’enseignement?  La destruction de l’école peut tout expliquer. Mais pourquoi la présence des couleurs palestiniennes? S’agit-il d’une « tranche de vie » en territoire cisjordanien ou d’une mise en scène de propagande?

C’est pourtant la légende qui pose le problème le plus aigu.

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03/03/2016

De quoi la schizophrénie est-elle le nom?

Maladie mentale, la schizophrénie représente pour qui en souffre un lourd handicap. Elle se caractérise par une désorganisation psychique qui se manifeste par l’ambivalence des pensées et des sentiments. Elle se traduit par une conduite paradoxale. Elle entraîne une perte de contact avec la réalité et un repli sur soi. Par ses symptômes, des crises, elle est porteuse d’inquiétude pour l’entourage familial et social.

Comme l’ensemble des maladies mentales, elle est loin d’être partout traitée dans le monde à hauteur de sa gravité, ni même reconnue. Tous les pays n’offrent pas aux malades les soins de médecins et d’établissements spécialisés. Loin de là. La schizophrénie, selon les temps et les régimes, a souvent servi de commode passeport pour des asociaux et des dissidents politiques, envoyés dans des camps ou maintenus sous régime pénitentiaire.

En quoi cette triste réalité concerne-t-elle les médias? En premier lieu au titre de leur devoir de vigilance envers les abus de pouvoir et de défense des droits de l’homme. Il ne s’en sont pas privés à l’époque du goulag. Leur attention a été plus inégale par la suite, en d’autres régions de la planète où le déni de la maladie mentale est largement partagé.

Concernés, les médias le sont aussi par l’usage du terme «schizophrénie» qui est couramment le leur. Diverses études internationales démontrent  que le discours de la presse suscite une stigmatisation de la maladie capable d’influencer les politiques de santé et les soutiens privés.  Les médias tendent par ailleurs à la banaliser en lui attribuant un sens métaphorique,  contribuant ainsi à une incompréhension.

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17/12/2015

La vie du commerce et des produits

Remise d’un commerce de vin sur la Riviera vaudoise, l’été dernier. Son propriétaire souhaite que le quotidien 24 heures consacre un reportage à cette nouvelle étape. Il se voit opposer une fin de non-recevoir. A l’automne, il s’aperçoit qu’une cave voisine fait l’objet d’un article circonstancié, à la suite d’une modernisation de ses locaux. Il ne comprend pas. Il y voit un favoritisme inacceptable. Il demande au médiateur des explications et un reportage équivalent.

Le médiateur ne peut que transmettre les explications de la rédaction. Le quotidien vaudois présente chaque semaine une PME du canton. Le choix peut s’accorder à une actualité: un développement des activités, une extension, un déménagement, une modernisation… La rédaction choisit librement ses sujets et en assure la diversité. Ainsi, l’attention portée à une remise de commerce ne créerait aucun «droit» pour d’autres commerçants, quelle que soit leur domaine, qui déciderait un jour de remettre leur affaire.

Cela peut paraître arbitraire. C’est aussi une façon d’affirmer l’indépendance de la presse sur un terrain particulièrement délicat.

La démarche de la cave représente une exception. Le médiateur n’est pour ainsi dire jamais interpellé sur les relations entre l’activité journalistique et la vie du commerce. Depuis qu’il a pris sa fonction, c’est même l’un de ses étonnements. La presse parle de l’ouverture de nouvelles enseignes, du lancement de produits. Elle traite des mouvements de rachat, de fusions, de cessation d’activité. Elle suit d’une manière générale la marche des affaires.

Cette large couverture dissimulerait-elle une part de compromission? La question ne manque pas de se poser. Les plaintes auprès de Conseil suisse de la presse ne s’illustrent pourtant ni par le nombre ni par la fréquence. Pour s’en tenir aux démarches auprès du médiateur, le public ne semble pas en avoir cure.

Les journalistes y sont au contraire très sensibles (...)

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03/11/2015

Délinquants et criminels protégés par les médias?

L’anonymat assuré par les médias à des délinquants et criminels n’en pas finit de susciter la perplexité ou l’indignation. Il est compris par une partie de l’opinion publique comme une forme abusive de protection, assurée à des gens qui ne la méritent pas..

La réserve observée dans les premiers temps de la procédure judiciaire est ordinairement admise. L’ensemble des services de l’Etat sont censés respecter la présomption d’innocence du prévenu, avant le prononcé d’un jugement de condamnation. Le Tribunal fédéral a étendu cette obligation aux médias. Cela signifie que la présentation des faits et de leur auteur présumé ne doit pas créer dans le public la conviction d’une culpabilité. Or, la publication de l’identité d’un suspect peut suffire à l’établir dans l’esprit de beaucoup.

La déontologie des journalistes admet par ailleurs qu’une identité soit divulguée dans certains cas: l’exercice par le suspect d’un mandat politique ou d’une fonction dirigeante, si un lien est établi entre la fonction et l’affaire sous instruction; la notoriété de la personne impliquée, si une relation existe entre les causes de cette notoriété et le délit ou le crime relaté; le risque de confusion avec un tiers; un intérêt public prépondérant.

En dehors de ces situations, les médias ne publient donc pas l’identité d’un suspect. Ils le désignent par tout autre moyen propre à conduire le récit des faits, sans permettre toutefois son identification par quiconque n’appartenant pas à son entourage familial, social et professionnel.

Après une condamnation, la perspective change. Plus question d’invoquer la présomption d’innocence. S’y substituent la préservation des chances de réinsertion sociale du condamné et la protection de ses proches, qu’une identification publique risquerait d’associer dans l’opprobre. De tels arguments ne sont pas négligeables.

Un lecteur de Chernex-sur-Montreux met en cause la persistance de l’anonymat, ainsi que ses modalités.

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20/10/2015

Campagne électorale et casse-tête journalistique

Soirée d’élections fédérales, résultats à haut débit, bousculades devant les micros. Quelle tendance? Quelles surprises? Pourquoi cette progression, ce recul?

Au cours d’une campagne électorale, le premier souci du médiateur est de prêter attention à l’équilibre opéré par les rédactions entre les diverses forces politiques. De tendre l’oreille aux critiques publiques – bien qu’elles paraissent davantage portées à flatter les idées reçues qu’à se soucier de démonstration. Les cibles habituelles en sont les médias dominants, la rts et les grands journaux régionaux.

La tâche des quotidiens d’information politique et générale n’est pas simple en période d’élection. Quelle place réserver à l’appréciation éditoriale des enjeux, des propositions, des candidats, qui relève de la liberté de la presse? Comment concilier cette liberté avec la mission d’un journal régional d’assurer une information large et complète des citoyens? Cela tourne au casse-tête.

Une équité parfaite tiendrait de la quadrature du cercle. Toutes les formations politiques n’ont pas le même poids. Convient-il de distribuer l’espace rédactionnel accordés aux partis et à leurs candidats selon la force des représentations dans le parlement à renouveler? Ce serait favoriser le statu quo et escamoter la réalité du moment. De viser une absolue égalité entre les listes, voire les candidats? Cela risquerait d’estomper les différences entre envie de participer et expérience acquise, projets et réalisations, vision idéale et souci d’efficacité. De se contenter de relater les «faits de campagne»? Cela accroîtrait les effets de distorsions déjà inévitables: les candidats occupant des fonctions politiques ou sociales importantes sont naturellement favorisés, soutenus par le cours même de l’actualité.

 
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