05/03/2019

Confiance dans les médias en France:nouveau coup de mou

Pas de surprise. En France, la confiance dans les médias fléchit. Elle atteint même son plus bas niveau d’étiage depuis quelque trente ans. Le baromètre établi chaque début d’année par l’institut Kantar pour le quotidien La Croix est éloquent.

La radio reste le média tenu pour le plus crédible par le public. Les personnes interrogées continuent pour moitié (50%) de lui accorder leur confiance; elles étaient plus nombreuses il y a un an (56%). La presse écrite campe en deuxième position (44%); elle abandonne la totalité de la progression enregistrée au début 2018 (8 points).

Quant à la télévision, elle perd davantage que le gain enregistré lors de la précédente enquête et ne donne confiance qu’aux 38% du public. Internet reste stable, avec un capital de confiance limité à 25%.

Le premier paradoxe de cette enquête est que les médias auxquels les Français accordent le moins confiance sont ceux qu’ils utilisent le plus pour s’informer: la télévision (46%) et Internet (29%). La radio n’est la principale source d’information que de 18% des personnes interrogées et la presse imprimée d’un maigre contingent de 6%. Ces deux médias drainent néanmoins un public élargi sur leurs sites et applications numériques.

Dans un commentaire publié par La Croix, le sociologue Jean-Marie Charon, tout frais docteur honoris causa de l’université de Neuchâtel, observe: «Il y a un décrochage important entre les milieux culturels et les niveaux d’éducation. Les plus âgés et les moins diplômés regardent encore très majoritairement le petit écran. Les “intellos” n’ont pas les mêmes sources d’information que les milieux populaires: ils écoutent la radio et s’informent sur les sites de la presse et auprès des médias créés sur Internet. Il y a bel et bien une information à deux vitesses, qui pose plus que jamais le débat de la qualité de l’information.»

Un second paradoxe de l’enquête, moins marqué, est que le fléchissement de la confiance dans les médias ne coïncide pas avec une baisse d’intérêt pour l’actualité. L’attention aux nouvelles tend même à se renforcer selon le dernier sondage: 67%, contre 62% un an plus tôt.

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04/02/2019

Elle court, elle court la rumeur

Les affaires qui ont abondamment occupé les médias romands au cours des derniers mois ont incité un lecteur à s’inquiéter de l’usage des fuites par les journalistes. Cet aspect a été abordé lors d’une récente chronique. Ce correspondant posait aussi la question des rumeurs qui, elle, fut à peine effleurée en cette occasion.

Fuites et rumeurs ne sont pas tirées du même tonneau. La fuite porte le plus souvent sur des faits ou des propos en principe avérés. Ce sont la légalité et le moment de la communication, l’identité de la source et ses motivations, qui peuvent faire problème et donc mériter examen.

Les rumeurs sont de composition plus complexe. Dans son interpellation, le lecteur vise en particulier un article paru dans la Tribune de Genève. Le sujet en est une dénonciation pénale de quatre associations de taxis à l’encontre du conseiller d’État Pierre Maudet. Cette dénonciation, indique l’article, est «basée sur des rumeurs, renforcées par une étrange chronologie».

Sur le même registre, une prétendue mise sur écoute de bagagistes de l’aéroport de Cointrin, répercutée par un député, vient d’être classée par le Ministère public, faute du moindre indice.

Les rumeurs ne courent donc pas toutes comme le furet. Il en est qui passent par des actions publiques: un dépôt de plainte, une intervention parlementaire. Qu’elles soient reprises par les médias est normal, dès lors qu’elles sont désignées comme telles.

Il n’en va pas de même des rumeurs drainées par les journalistes eux-mêmes. Ceux-ci sont alors censés respecter leurs pratiques professionnelles et les devoirs énoncés dans leur code de déontologie. La liste ne tient pas en deux mots: ne publier que les informations dont l’origine leur est connue (et cela élimine d’office de nombreux bruits qui courent), les recouper auprès d’autres sources et les vérifier, signaler les nouvelles non confirmées, entendre les personnes faisant l’objet de reproches graves, renoncer aux méthodes déloyales pour obtenir des renseignements, rectifier enfin toute information publiée matériellement inexacte.

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11/01/2019

Fuites et distance critique sur les «affaires»

L’année 2018 n’était pas achevée qu’un lecteur genevois s’étonnait aimablement du silence du médiateur au sujet des fuites et des rumeurs qui ne cessent d’alimenter les médias. En ligne de mire: les «affaires» qui agitent depuis plusieurs mois la République et Canton de Genève aussi bien que le Pays de Vaud.

Une fois encore, il n’appartient pas au médiateur de se prononcer sur le fond. Le lecteur qui nous écrit s’interroge d’ailleurs, opportunément, sur la légitimité de la politique d’information des médias et sur leur comportement. Il se dit de plus en plus choqué par la «désinvolture» de certains journalistes, qui semblent perdre le sens de la mesure et négliger toute distance critique. Il s’attache en priorité aux fuites.

Comment se fait-il, par exemple, que les procès-verbaux des auditions par le Ministère public de deux témoins importants dans l’affaire du voyage de M. Maudet à Abu Dhabi soient tombés entre les mains de journalistes? Que les fuites sur les dépositions aient même emporté dans leur flux des pièces du dossier?

Au premier titre, la question concerne moins les médias que leurs sources potentielles. Un article documenté est paru à ce sujet dans l’édition numérique du périodique Domaine public. Son auteur, Raphaël Mahaim, avocat à Lausanne, décortique les responsabilités des divers protagonistes engagés dans une procédure pénale.

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18/12/2018

L'affaire Maudet: paroles de lecteurs

Le voyage du conseiller d’État Pierre Maudet à Abu Dhabi et ses suites ont occupé une place considérable dans la chronique genevoise des sept derniers mois.  Sur ce dossier, la Tribune de Genève, n’a pas quitté la tête du peloton médiatique. Elle a publié plusieurs enquêtes ou informations en primeur. Elle a porté une vingtaine de fois le sujet en manchette (le grand titre de première page, directement sous le bandeau affichant le nom du journal).

Elle a suivi les étapes du dossier: des interrogations initiales sur le financement du voyage – accompagnées de doutes sur un traitement privilégié en faveur d’une entreprise abudhabienne à l’Aéroport de Genève, à ce jour non démontré –, aux divers soutiens financiers à l’homme politique et à leur effets fiscaux. Elle a posé des questions, relayé des accusations issues du milieu politique, recueilli les explications de M. Maudet, restitué les positions des partis, en particulier du sien, le Parti libéral-radical (PLR).

Quelles ont été les réactions des lecteurs? La Tribune de Genève a largement ouvert sa rubrique Courrier quotidienne. Seules quelques très rares lettres ont été écartées en raison de leur caractère ouvertement injurieux ou diffamatoire, selon l’usage courant.

Au total, 61 lettres ont été publiées du 23 mai au 15 décembre. Elles ne l’ont pas été à un rythme régulier, mais selon les fluctuations de l’actualité. Les premières divulgations ont provoqué une rapide poussée de fièvre en mai: quinze lettres en une petite dizaine de jours.

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04/09/2018

Sur le Web, le déclin du clic

Dans les tout premiers temps de l’extension des médias traditionnels sur le Web, l’objectif absolu était de générer des clics. Combien pour telle information, pour telle image, pour telle vidéo de plus en plus  ? Les plates-formes médiatiques comptaient leurs clics comme les gamins d’autrefois comptaient leurs billes à la fin de la récréation.

Des outils plus sophistiqués se sont bientôt mis en place, permettant de suivre sur écran, minute par minute, la fréquentation des contenus d’actualité affichés sur les sites. Le procédé avait pour effets d’identifier les sujets les plus attractifs et d’inciter les rédactions en ligne à prêter une attention suivie aux thèmes de prédilection des internautes. Cette audimétrie permanente impliquait une tendance à l’uniformisation et amorçait une inversion progressive du rapport de force entre les rédactions et les internautes. Elle a donné naissance à une culture du clic.

Les « sismographes » du Web présentaient deux défauts originels. Le premier tenait à l’enregistrement d’une perception immédiate, sans rendre compte de l’intérêt pour un contenu dans la durée. Le second à l’ignorance de l’intensité de cet intérêt (simple coup d’œil, lecture partielle, lecture complète) et de son potentiel d’incitation à découvrir d’autres contenus sur le même site.

Des correctifs sont désormais apportés. Des indications plus précises permettent d’orienter l’offre de contenus, tout en répondant aux attentes des annonceurs, davantage intéressés par la qualité de la lecture sur écran que pas le nombre de pages tournées.

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08/06/2018

Migration du "Matin" et droit de savoir

L’annonce de la disparition de l’édition imprimée du quotidien Le Matin n’a surpris personne dans le milieu des médias. Elle a choqué beaucoup de monde alentour. Le journal est populaire, lu autrefois sur les chantiers de Suisse romande pendant la pause, lu jusqu’à ce jour dans les bistrots à l’heure du café. Dès fin juillet, il devient exclusivement numérique, accessible sur les écrans des ordinateurs, des tablettes, des téléphones portables surtout. Au moins est-il ainsi remplacé par un nouvel avatar, et non condamné à une pure et simple disparition, comme le fut L’Hebdo l’an dernier. Les pertes d’emploi restent lourdes.

Quelle était la place du Matin dans le paysage de la presse de notre région ? A quelle attente répondait-il et entend-il répondre désormais via le seul Internet?

La question conduit à revenir sur quelques fondements. La mission essentielle des médias d’information en démocratie est de répondre au droit de savoir du public. Sur ce point, tout le monde semble d’accord. Savoir quoi et pour quel public ? La réponse n’est pas monolithique.

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12/04/2018

Mais que fait-on des fake news?

Qu’est-ce qu’une fake news? Par quels moyens combattre sa toxicité? Ces deux questions ont déjà été évoquées sur cette page. En restent d’autres. Par exemple, comment les fake news sont-elles accueillies et utilisées dans le public? Deux études intéressantes sont parues sur le sujet au cours des derniers mois.

La publication la plus récente concerne une enquête menée par une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT) de 2006 à 2017. Elle est parue début mars dans la revue Science. Elle porte sur quelque 126 000 histoires relayées sur Twitter plus de 4,5 millions de fois et par 3 millions de personnes.

Deux conclusions saillantes : les fake news ont 70% de chances supplémentaires d’être  «retwittées» en cascade que les informations avérées; la nouvelle vraie met six fois plus de temps qu’une fake news à atteindre un public de 1500 personnes.

La fake news se diffuse donc davantage, plus vite et à plus de personnes qu’une information vraie et consolidée.

Quelles sont les explications de ce traitement différencié ? Une enquête qualitative complémentaire du MIT l’attribue au fait que la fake news offre le plus souvent un contenu plus original, inspire des émotions différentes et plus marquées, comme la surprise, la peur ou le dégoût.

Au contraire, peut-on ajouter, une nouvelle vraie s’inscrit ordinairement dans une chaîne d’informations, dans un contexte déjà connu. Elle «fait suite», elle n’est qu’une nouvelle ajoutée.

Une question subsiste néanmoins: dans l’esprit du public, la distinction entre nouvelle fausse et nouvelle vraie est-elle aussi claire que pour les chercheurs du MIT, qui ont recouru à des spécialistes de la vérification des faits (fact checking) pour attribuer les histoires retenues à ces deux catégories ?

Une autre étude introduit le doute.

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08/03/2018

Fake news: un combat perdu d'avance?

La nouvelle truquée (ou fake news) est perverse. Elle l’est à deux titres.

D’abord, parce qu’elle reprend les codes traditionnels du journalisme. Elle se donne donc les apparences d’une nouvelle ordinaire et avérée, dans l’intention de tromper. Au dire du sociologue Gérald Bronner, cela fonctionne très bien dans « la démocratie des crédules », titre d’un ouvrage paru en 2013.

Ensuite, parce qu’elle se formule en termes irréfutables, donc se dispense de toute démonstration. Elle vous met dans une situation impossible. Le philosophe Raphaël Enthoven, auteur du récent «Morales provisoires», le dit clairement dans un entretien au Matin Dimanche (28 janvier 2018): «Comment voulez-vous réfuter ce qui n’est pas démontré?» Par une affirmation péremptoire (exemple:  «la terre est plate») l’auteur s’abstient de prouver ce qu’il raconte. Du coup, il demande à son interlocuteur de prouver que « ce qu’[il] raconte est faux». Un déni ne suffit pas.

L’internet n’a pas créé les fausses nouvelles. Il en favorise la fabrication et en facilite surtout la diffusion. Tout internaute s’expose à leur caractère viral.

Les médias ne sont pas totalement immunisés non plus. Leurs procédures de contrôle sont parfois négligées.

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20/02/2018

Confiance dans les médias: un notable rebond

La Suisse n’est pas la France. Les médias suisses, même en Suisse romande, ne sont pas les médias français. Sinon on vous l’aurait dit.

Un sondage n’établit pas des faits, mais reflète l’état d’une opinion, à un moment donné. Il est tributaire de plusieurs facteurs, à commencer par la sincérité des réponses.

Il reste que l’enquête annuelle menée par l’institut Kantar Public (anciennement Sofres) depuis trente ans reste un bon indicateur de la confiance accordée par le public français à ses médias. Le baromètre est établi pour le quotidien La Croix et peut être consulté comme une indication de tendance intéressante dans nos contrées. Il a été réalisé en janvier.

 L’an dernier, sur cette même Page du médiateur, il fut assez largement question des difficultés des  journaux. Une confiance en baisse, des lecteurs en fuite.

La seconde affirmation ne se dément pas. En France, les titres de presse écrite enregistrent globalement une nouvelle baisse de leur lectorat. La question posée était: «Vous arrive-t-il de lire un quotidien national ou régional, ou un magazine d’information générale, qu’il s’agisse de la version papier ou du site internet du journal?». La réponse qui vient en tête paraît relativement rassurante. Une lecture régulière est reconnue par plus du tiers (36%) des personnes interrogées, proportion identique à celle de l’année précédente.

Les affaires se gâtent par la suite. Ne lisent plus que de temps à autre 27% ou rarement 15%. Plus inquiétant, un cinquième des sondés (21%, en hausse de quatre points) répond «jamais».

Le déclin de l’intérêt du public pour l’actualité est général , commun en France à tous les médias (presse, radio, télévision, internet).  L’institut de sondage enregistre un intérêt assez grand ou très grand auprès de moins des deux tiers du public (62%). Une partie importante (38%) ne porte aux nouvelles qu’une attention assez faible ou très faible (...)

Jointe à la désertion de la publicité, naguère source importante de revenus, l’érosion du lectorat et de la diffusion traduit les difficultés des journaux payants, publiés sur papier. Serait-elle le signal irréfutable d’une perte de crédibilité?

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19/01/2018

Fausses nouvelles

Le terme fake news (fausse nouvelle; plus littéralement, nouvelle truquée) a été retenu comme mot de l’année 2017 par le dictionnaire anglais Collins. Un an plus tôt, c’était l’expression post truth (post-vérité) qui avait les honneurs du dictionnaire d’Oxford.

Fake news. Le néologisme trumpesque ne devrait pas se traduire par «fausse information». Ce serait rapprocher deux termes que leurs sens devraient éloigner. Une information entretient par nature une relation exigeante, sinon assurée, à la vérité. Elle est censée donner au public des renseignements qui lui permettent de de se situer dans son environnement et de le comprendre. Fausse, une information n’en serait plus une: elle serait au mieux une erreur, au pire une tromperie, un mensonge ou une manipulation.

Dans la sphère politico-médiatique, la fausse nouvelle est une arme à double usage. En la lançant, on vise à discréditer et déstabiliser un adversaire. En dénonçant comme fausse nouvelle une information constituée, on l’esquive et on en déconsidère l’auteur. Ainsi sont restitués les mécanismes de la propagande, dont l’efficacité repose toujours sur l’exploitation d’une part de réalité avérée, fût-elle infime.

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15/12/2017

Des limites à l'emprise des géants du Net

L’inventaire des effets produits sur la communication par l’entrée en jeu des géants de l’Internet est loin d’être clos. On réunit ces mastodontes sous un acronyme, le GAFA, qui renvoie aux principales puissances de l’univers numérique: Google, Apple, Facebook et Amazon. Ou GAFAM si l’on ajoute Microsoft.

Deux de ces puissances concernent plus directement le journalisme: Google et Facebook. La première peut être considérée comme le leader incontesté à ce jour des moteurs de recherche, la seconde comme le porte-drapeau des réseaux sociaux. L’une et l’autre sont passées au statut de diffuseurs et adaptateurs de contenus. Elles entrent en concurrence directe avec les médias. Elles pèsent sur le débat public. Leur participation à la circulation des informations et des opinions en accroît le débit jusqu’à la submersion et en oriente le cours jusqu’à la perversion.

L’informatique a fait évoluer la production et la diffusion des médias traditionnels. Il serait absurde de nier l’apport des grandes entreprises du Net au partage de la connaissance, à l’organisation et à la communication au sein de nos sociétés. «Nous cherchons déjà à respirer par les bronches de Google», lançait il y a quelques années l’essayiste italien Alessandro Baricco.

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24/11/2017

La nationalité des suspects, une pomme de discorde

La police de la ville de Zurich innove. Dans ses communiqués, elle ne mentionne plus de manière systématique la nationalité des personnes qu’elle appréhende. Les amalgames sont courants entre l’origine des auteurs d’actes répréhensibles et la population immigrée. Ils conduisent à des généralisations, considérées comme propres à alimenter un discours de caractère raciste.

L’intention est louable. Mais est-ce vraiment la bonne solution? Les réactions à cette nouvelle orientation permettent d’en douter. Au-delà même de l’annonce par l’UDC locale du lancement d’une initiative contre cette «censure», plusieurs objections sont apparues. Le Temps en fait le tour (édition du 17 novembre).

Depuis 2000, des recommandations de la Conférence des commandants des polices cantonales prévoient la divulgation par les agents de police de la nationalité des personnes interpellées. Son secrétaire général Roger Schneeberger, cité par le journal, justifie la pratique au nom de la transparence: «Il ne faut pas cacher des informations à la population, au risque de renforcer les ressentiments». Il est en effet préférable de dire les choses, quitte à les expliquer, que de les taire et favoriser des rumeurs. Pour ne pas parler de la prolifération des théories du complot, plus encouragées que jamais sur les réseaux sociaux.

La pratique policière s’accorde sur ce point avec celle des journalistes, premiers porteurs des informations au public. Leur code de déontologie range parmi les discriminations «la désignation de l’appartenance ethnique ou nationale, de l’origine, de la religion, de l’orientation sexuelle et/ou de la couleur de peau». En particulier lorsqu’elle généralise des jugements de valeur négatifs et qu’elle renforce ainsi des préjugés à l’encontre des minorités. La disposition n’est pas sans nuance. Elle requiert une pesée des intérêts entre la valeur informative et la discrimination.

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29/08/2017

Presse lémanique: le temps des regroupements

Les restructurations annoncées dans la presse lémanique interrogent. Quelle issue au regroupement du Matin et de 20 Minutes? Quelle identité genevoise pour La Tribune, dont une partie de la rédaction travaillera à Lausanne dans une unité commune, partagée avec 24 heures et Le Matin Dimanche?

La migration impliquera les rubriques internationale et suisse, les sports et l’économie, un cinquième de l'effectif du journal genevois, selon la direction romande de Tamedia. L’ancrage de la rubrique suisse à Lausanne était déjà acquis au sein d'Edipresse, avant même la vente au groupe zurichois.

A ce jour, les incidences du déménagement sur le travail de terrain ne sont pas connues avec précision. Sous quelles conditions s’effectueront la recherche et l’élaboration des informations au jour le jour? L’incertitude ne contribue pas à dissiper le malaise au sein du quotidien genevois. A Lausanne, les effets des transferts rédactionnels touchant 24 heures seront amortis par la proximité.

Le basculement est assez sensible pour que des inquiétudes et des critiques envers l'éditeur s’expriment sur les réseaux sociaux. Il en est qui arrivent jusque sur le bureau du médiateur. Cela avait été le cas déjà en automne 2016, quand Tamedia avait annoncé des licenciements dans les rédactions de la Tribune de Genève et de 24 heures.

L’impression d’ensemble n'est-elle pas cependant davantage d’indifférence ou de résignation? Cela serait plus inquiétant encore pour la presse écrite.

Le médiateur interpellé? Un rappel s’impose, tant le malentendu est tenace. Le médiateur n’est pas, et n’a jamais été, une instance de conciliation ou d’arbitrage interne. La politique d’entreprise n’est pas son affaire. Son rôle est de servir d’intermédiaire entre les lecteurs et les rédactions. Il est voué par Tamedia au «traitement des réclamations contre les contenus rédactionnels (en texte ou en image) de ses journaux et magazines ainsi que de ses médias en ligne».

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02/05/2017

Crise de la presse papier: des lecteurs en fuite

Est-ce qu’une crédibilité accrue ramèneraient aux journaux sur papier une audience prête à payer pour leurs prestations et assez fournie pour leur rendre la santé économique? La question était posée en conclusion d’un récent billet.

 En Suisse romande, le bassin des lecteurs de presse est exigu. Pour imaginer surmonter la crise actuelle, les recettes de titres comme le New York Times ou le Washington Post paraissent inapplicables. La masse critique manque. Aucun journal ne dispose non plus d’un potentiel d’exportation significatif.

 L’étroit bassin se rétrécit chaque année, car il vieillit. Une rencontre avec des étudiants de l’Université de Fribourg, vient de le confirmer une fois de plus. Ils étaient une bonne trentaine. Aucun ne lit le journal, tous consultent leur smartphone.

 La crédibilité d’un titre influence son audience sur l’Internet. Elle ne suffit pas à l’imposer. Le journal Libération vient de comparer l’impact des pages et des contenus numériques d’une cinquantaine de médias français. D’un côté, des médias traditionnels (parmi lesquels Le Monde, Le Figaro ou France Télévision, mais aussi Mediapart, et Huffington Post). De l’autre, des médias dits «alternatifs», de droite comme de gauche. Le résultat est éloquent: ce sont les médias «alternatifs»  qui produisent les contenus les plus partagés.

 La crédibilité d’un titre ne suffit pas non plus à pérenniser sa diffusion en kiosque ou par abonnement, et donc à lui procurer des revenus à un niveau assuré de viabilité. La presse écrite est aujourd’hui – le couplet devient lassant – à la recherche d’un modèle économique.

 Cette évolution s’inscrit dans une lente et apparemment inexorable transformation des habitudes de lecture. Le temps de chacun est dévoré par d’autres activités, proposées notamment par les nouvelles technologies. Sous réserve d’exceptions, l'audience globale de la presse subit un déclin constant dès la fin des années 1980.

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19/04/2017

De bons apôtres au chevet de la presse romande

Les grands bouleversements sont propices à l’ouverture de nouvelles perspectives. Ils s’accompagnent aussi de moments de désarroi. La presse écrite en Suisse romande vit des temps difficiles. Cela vaut au médiateur ce commentaire d’un lecteur: «Il ne fait aucun doute que c’est la perte de crédibilité de la presse qui la conduit à la ruine».

 L’avis est largement partagé. Il n’est que de se balader sur la plate-forme des blogs de la Tribune de Genève, sur celle de 24 heures ou alentour. Les bons apôtres se bousculent.

 Il suffirait, dit l’un, d’écouter enfin la voix du peuple, qui a l’accent de l’UDC. En Suisse alémanique, la Weltwoche cartonne. Les quotidiens, dit un autre, n’ont qu’à se distribuer gratuitement. 20 Minutes s’en sort fort bien. Selon un troisième, les motifs avancés pour expliquer la crise – la révolution de l’Internet et l’exode des annonceurs – ne seraient que des prétextes. Ils ne tromperaient personne. Voyez Le Courrier, valeureux survivant presque sans publicité ni moyens sophistiqués!

 Dommage! Les derniers chiffres d’audience publiés en avril sont de nature à rafraîchir les enthousiasmes. La Weltwoche perd plus d’un lecteur sur cinq en un an. 20 Minutes reste le titre le plus lu de Suisse, ses trois éditions linguistiques confondues; mais l’audience de l’édition papier en français est en recul.

 Nos bons apôtres ne sont pourtant pas avares de conseils. Les journaux retrouveraient leur crédibilité, leur public et leurs revenus s’ils se laissaient insuffler davantage de pluralisme ou de goût pour la recherche. S’ils résistaient à tout suivisme journalistique, s’ils osaient s’écarter du sillage des décideurs. Ou encore s’ils s’affranchissaient de l’influence morale de la bien-pensance.

Pourquoi ne pas en débattre? Il est toujours possible de faire mieux, d’approfondir plutôt que de survoler, de rencontrer des gens plutôt que de reproduire des dépêches, de partir à la découverte plutôt que d’attendre la chute des marrons à la rentrée.

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