19/01/2018

Fausses nouvelles

Le terme fake news (fausse nouvelle; plus littéralement, nouvelle truquée) a été retenu comme mot de l’année 2017 par le dictionnaire anglais Collins. Un an plus tôt, c’était l’expression post truth (post-vérité) qui avait les honneurs du dictionnaire d’Oxford.

Fake news. Le néologisme trumpesque ne devrait pas se traduire par «fausse information». Ce serait rapprocher deux termes que leurs sens devraient éloigner. Une information entretient par nature une relation exigeante, sinon assurée, à la vérité. Elle est censée donner au public des renseignements qui lui permettent de de se situer dans son environnement et de le comprendre. Fausse, une information n’en serait plus une: elle serait au mieux une erreur, au pire une tromperie, un mensonge ou une manipulation.

Dans la sphère politico-médiatique, la fausse nouvelle est une arme à double usage. En la lançant, on vise à discréditer et déstabiliser un adversaire. En dénonçant comme fausse nouvelle une information constituée, on l’esquive et on en déconsidère l’auteur. Ainsi sont restitués les mécanismes de la propagande, dont l’efficacité repose toujours sur l’exploitation d’une part de réalité avérée, fût-elle infime.

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15/12/2017

Des limites à l'emprise des géants du Net

L’inventaire des effets produits sur la communication par l’entrée en jeu des géants de l’Internet est loin d’être clos. On réunit ces mastodontes sous un acronyme, le GAFA, qui renvoie aux principales puissances de l’univers numérique: Google, Apple, Facebook et Amazon. Ou GAFAM si l’on ajoute Microsoft.

Deux de ces puissances concernent plus directement le journalisme: Google et Facebook. La première peut être considérée comme le leader incontesté à ce jour des moteurs de recherche, la seconde comme le porte-drapeau des réseaux sociaux. L’une et l’autre sont passées au statut de diffuseurs et adaptateurs de contenus. Elles entrent en concurrence directe avec les médias. Elles pèsent sur le débat public. Leur participation à la circulation des informations et des opinions en accroît le débit jusqu’à la submersion et en oriente le cours jusqu’à la perversion.

L’informatique a fait évoluer la production et la diffusion des médias traditionnels. Il serait absurde de nier l’apport des grandes entreprises du Net au partage de la connaissance, à l’organisation et à la communication au sein de nos sociétés. «Nous cherchons déjà à respirer par les bronches de Google», lançait il y a quelques années l’essayiste italien Alessandro Baricco.

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24/11/2017

La nationalité des suspects, une pomme de discorde

La police de la ville de Zurich innove. Dans ses communiqués, elle ne mentionne plus de manière systématique la nationalité des personnes qu’elle appréhende. Les amalgames sont courants entre l’origine des auteurs d’actes répréhensibles et la population immigrée. Ils conduisent à des généralisations, considérées comme propres à alimenter un discours de caractère raciste.

L’intention est louable. Mais est-ce vraiment la bonne solution? Les réactions à cette nouvelle orientation permettent d’en douter. Au-delà même de l’annonce par l’UDC locale du lancement d’une initiative contre cette «censure», plusieurs objections sont apparues. Le Temps en fait le tour (édition du 17 novembre).

Depuis 2000, des recommandations de la Conférence des commandants des polices cantonales prévoient la divulgation par les agents de police de la nationalité des personnes interpellées. Son secrétaire général Roger Schneeberger, cité par le journal, justifie la pratique au nom de la transparence: «Il ne faut pas cacher des informations à la population, au risque de renforcer les ressentiments». Il est en effet préférable de dire les choses, quitte à les expliquer, que de les taire et favoriser des rumeurs. Pour ne pas parler de la prolifération des théories du complot, plus encouragées que jamais sur les réseaux sociaux.

La pratique policière s’accorde sur ce point avec celle des journalistes, premiers porteurs des informations au public. Leur code de déontologie range parmi les discriminations «la désignation de l’appartenance ethnique ou nationale, de l’origine, de la religion, de l’orientation sexuelle et/ou de la couleur de peau». En particulier lorsqu’elle généralise des jugements de valeur négatifs et qu’elle renforce ainsi des préjugés à l’encontre des minorités. La disposition n’est pas sans nuance. Elle requiert une pesée des intérêts entre la valeur informative et la discrimination.

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29/08/2017

Presse lémanique: le temps des regroupements

Les restructurations annoncées dans la presse lémanique interrogent. Quelle issue au regroupement du Matin et de 20 Minutes? Quelle identité genevoise pour La Tribune, dont une partie de la rédaction travaillera à Lausanne dans une unité commune, partagée avec 24 heures et Le Matin Dimanche?

La migration impliquera les rubriques internationale et suisse, les sports et l’économie, un cinquième de l'effectif du journal genevois, selon la direction romande de Tamedia. L’ancrage de la rubrique suisse à Lausanne était déjà acquis au sein d'Edipresse, avant même la vente au groupe zurichois.

A ce jour, les incidences du déménagement sur le travail de terrain ne sont pas connues avec précision. Sous quelles conditions s’effectueront la recherche et l’élaboration des informations au jour le jour? L’incertitude ne contribue pas à dissiper le malaise au sein du quotidien genevois. A Lausanne, les effets des transferts rédactionnels touchant 24 heures seront amortis par la proximité.

Le basculement est assez sensible pour que des inquiétudes et des critiques envers l'éditeur s’expriment sur les réseaux sociaux. Il en est qui arrivent jusque sur le bureau du médiateur. Cela avait été le cas déjà en automne 2016, quand Tamedia avait annoncé des licenciements dans les rédactions de la Tribune de Genève et de 24 heures.

L’impression d’ensemble n'est-elle pas cependant davantage d’indifférence ou de résignation? Cela serait plus inquiétant encore pour la presse écrite.

Le médiateur interpellé? Un rappel s’impose, tant le malentendu est tenace. Le médiateur n’est pas, et n’a jamais été, une instance de conciliation ou d’arbitrage interne. La politique d’entreprise n’est pas son affaire. Son rôle est de servir d’intermédiaire entre les lecteurs et les rédactions. Il est voué par Tamedia au «traitement des réclamations contre les contenus rédactionnels (en texte ou en image) de ses journaux et magazines ainsi que de ses médias en ligne».

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02/05/2017

Crise de la presse papier: des lecteurs en fuite

Est-ce qu’une crédibilité accrue ramèneraient aux journaux sur papier une audience prête à payer pour leurs prestations et assez fournie pour leur rendre la santé économique? La question était posée en conclusion d’un récent billet.

 En Suisse romande, le bassin des lecteurs de presse est exigu. Pour imaginer surmonter la crise actuelle, les recettes de titres comme le New York Times ou le Washington Post paraissent inapplicables. La masse critique manque. Aucun journal ne dispose non plus d’un potentiel d’exportation significatif.

 L’étroit bassin se rétrécit chaque année, car il vieillit. Une rencontre avec des étudiants de l’Université de Fribourg, vient de le confirmer une fois de plus. Ils étaient une bonne trentaine. Aucun ne lit le journal, tous consultent leur smartphone.

 La crédibilité d’un titre influence son audience sur l’Internet. Elle ne suffit pas à l’imposer. Le journal Libération vient de comparer l’impact des pages et des contenus numériques d’une cinquantaine de médias français. D’un côté, des médias traditionnels (parmi lesquels Le Monde, Le Figaro ou France Télévision, mais aussi Mediapart, et Huffington Post). De l’autre, des médias dits «alternatifs», de droite comme de gauche. Le résultat est éloquent: ce sont les médias «alternatifs»  qui produisent les contenus les plus partagés.

 La crédibilité d’un titre ne suffit pas non plus à pérenniser sa diffusion en kiosque ou par abonnement, et donc à lui procurer des revenus à un niveau assuré de viabilité. La presse écrite est aujourd’hui – le couplet devient lassant – à la recherche d’un modèle économique.

 Cette évolution s’inscrit dans une lente et apparemment inexorable transformation des habitudes de lecture. Le temps de chacun est dévoré par d’autres activités, proposées notamment par les nouvelles technologies. Sous réserve d’exceptions, l'audience globale de la presse subit un déclin constant dès la fin des années 1980.

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19/04/2017

De bons apôtres au chevet de la presse romande

Les grands bouleversements sont propices à l’ouverture de nouvelles perspectives. Ils s’accompagnent aussi de moments de désarroi. La presse écrite en Suisse romande vit des temps difficiles. Cela vaut au médiateur ce commentaire d’un lecteur: «Il ne fait aucun doute que c’est la perte de crédibilité de la presse qui la conduit à la ruine».

 L’avis est largement partagé. Il n’est que de se balader sur la plate-forme des blogs de la Tribune de Genève, sur celle de 24 heures ou alentour. Les bons apôtres se bousculent.

 Il suffirait, dit l’un, d’écouter enfin la voix du peuple, qui a l’accent de l’UDC. En Suisse alémanique, la Weltwoche cartonne. Les quotidiens, dit un autre, n’ont qu’à se distribuer gratuitement. 20 Minutes s’en sort fort bien. Selon un troisième, les motifs avancés pour expliquer la crise – la révolution de l’Internet et l’exode des annonceurs – ne seraient que des prétextes. Ils ne tromperaient personne. Voyez Le Courrier, valeureux survivant presque sans publicité ni moyens sophistiqués!

 Dommage! Les derniers chiffres d’audience publiés en avril sont de nature à rafraîchir les enthousiasmes. La Weltwoche perd plus d’un lecteur sur cinq en un an. 20 Minutes reste le titre le plus lu de Suisse, ses trois éditions linguistiques confondues; mais l’audience de l’édition papier en français est en recul.

 Nos bons apôtres ne sont pourtant pas avares de conseils. Les journaux retrouveraient leur crédibilité, leur public et leurs revenus s’ils se laissaient insuffler davantage de pluralisme ou de goût pour la recherche. S’ils résistaient à tout suivisme journalistique, s’ils osaient s’écarter du sillage des décideurs. Ou encore s’ils s’affranchissaient de l’influence morale de la bien-pensance.

Pourquoi ne pas en débattre? Il est toujours possible de faire mieux, d’approfondir plutôt que de survoler, de rencontrer des gens plutôt que de reproduire des dépêches, de partir à la découverte plutôt que d’attendre la chute des marrons à la rentrée.

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08/03/2017

Médias: une confiance en baisse

La crédibilité des médias est en débat. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est davantage, c’est le contexte: adaptation aux nouvelles technologies, déplacement des sources de revenu, crise de rentabilité, menaces sur la viabilité de titres de presse écrite. La Suisse romande n’y échappe pas.

En France, tous les médias ont vu leur crédibilité baisser dans l’opinion l’an dernier. La radio, tenue pour le média le plus crédible par nos voisins comme par d’autres, subit une perte de trois points. Plus de la moitié des personnes interrogées (53%) continue cependant d’accorder sa confiance aux informations qu’elle diffuse. Les baisses sont plus sensibles du côté des journaux (7 points de moins, au niveau de 44%) et de la télévision (9 points de moins, à 41%).

Le sondage a été réalisé début janvier 2017. Il est paru un mois plus tard dans le quotidien La Croix. Cela fait trois décennies que ce journal publie son baromètre annuel. L’enquête porte sur un échantillon de quelque mille personnes majeures. Dès l’origine, elle est confiée à la Sofres (Société française d’enquêtes par sondages), devenue Kantar TNS en 2016.

Sur la durée, elle permet d’observer des évolutions intéressantes. Au début, la télévision était tenue pour le média le plus digne de confiance: «C’est vrai, je l’ai vu à la télé». Selon l’enquête réalisée en 1989, les deux tiers (65%) des personnes interrogées considéraient encore que les choses s’étaient passées « vraiment » ou « à peu près » comme elle les avait relatées. La radio suivait alors de près (63%) et la presse à quelque distance (55%). Comparés aux chiffres enregistrés en 2017, les écarts sont sensibles. Et le classement entre les médias a changé.

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23/01/2017

Les hyperliens ne sont pas que des nids de propagande

Depuis la réforme opérée par Le Matin dans les forums de son édition en ligne, le médiateur pensait avoir atteint le nirvãna: dès la fin de l’été, les réclamations, plaintes ou jérémiades à propos des commentaires se sont rapidement taries. Il en est redescendu dès les premiers jours de janvier.

Un internaute, qui s’était déjà signalé auparavant, commence par lui transmettre les aveux d’un familier du site lematin.ch. Ces aveux, il les a repérés sur un autre site, fort peu complaisant envers les titres romands de Tamedia (parmi d’autres). Ils remontent à l’ancien régime. A la façon du catalogue des conquêtes de don Juan lu par Leporello, le coquin décline divers pseudonymes dont il se glorifie d’avoir usé pour «foutre la misère sur LM». On en compte une douzaine, dont le dernier banni n’est pas le moins élégant: «Sal Bicco».

Bien que remontant à plus de quatre mois, l’information paraît d’emblée utile aux yeux du médiateur, tout le monde ne consultant pas le site en question. Elle confirme au moins que le temps était bel et bien venu de faire le ménage sur les forums. Merci donc à cet internaute vigilant.

Mais voilà que ce dernier livre une semaine plus tard le fruit d’autres investigations. Cette fois, ce sont les liens URL introduits dans leurs textes par certains commentateurs qui lui posent problème. «Votre forum, écrit-il, est toujours une foire aux liens propagandistes».

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11/01/2017

Le virus de la "post-vérité"

L’année écoulée n’a pas contribué à une remontée de la cote des médias dans l’opinion. Où qu’on en prenne la mesure, aux Etats-Unis, en Allemagne, en France ou ailleurs, cette cote est basse, et depuis longtemps. L’anémie de la crédibilité des médias est chronique. Elle pourrait atteindre son niveau d’étiage.

Cela tient pour beaucoup à la coïncidence dans l’actualité de plusieurs scrutins majeurs, dont les issues ont été contraires aux prévisions. Ces scrutins portaient sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (le Brexit); sur l’élection présidentielle aux Etats-Unis; sur l’élection primaire du candidat de la droite et du centre en vue de l’élection présidentielle de mai prochain en France.

Les résultats ont conduit à mettre en cause, le plus souvent sans nuance, le travail des journalistes – déclarations, polémiques, lettres de lecteurs, commentaires et tweets assassins. Les réseaux sociaux ont atteint sur le sujet un point de saturation.

Le débat s’est focalisé sur l’élection de Donald Trump. Plusieurs voix du journalisme aux Etats-Unis – prestigieuses, sinon unanimement respectées en dehors du métier –,  ont procédé à un impressionnant nostra culpa. Incapables de concevoir l’élection du magnat de l’immobilier à la Maison Blanche, les observateurs professionnels n’ont pas su en percevoir les indices annonciateurs. Des erreurs ont été commises. Des défaillances se sont produites. Ces voix en font l’aveu.

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07/12/2016

Les sondages d'opinion soumis à des coups de sac

Le printemps a fait surgir le Brexit des urnes britanniques et l’automne a été chaud. Election de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. En France, écrasante victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite et du centre. En Suisse, comme en catimini dans le brouhaha ambiant, un vote populaire sur la sortie de l’énergie nucléaire pas conforme aux sondages, et notamment à l’enquête d’opinion réalisée par Tamedia.

Les enquêtes sur l’électorat sont partout soumises à d’énergiques coups de sac. La démocratie aurait-elle mal à ses sondages? Fournies après coup, les explications les plus pertinentes, ou les plus probables, ne suffisent pas à convaincre. L’opinion publique est habitée par une incrédulité croissante. Cela ne l’empêche pas de guetter en chaque occasion les résultats délivrés par les instituts spécialisés, relayés par les médias.

L’oubli qu’un sondage n’est pas un oracle est tenace. Un sondage ne prédit rien. Il n’est que la photographie de l’état de l’opinion à un moment donné. L’indication systématique par les sondeurs d’un intervalle de confiance vise à relativiser le résultat chiffré. Elle est mal perçue et augmente le doute lorsque la marge est allègrement enjambée.

La photographie proposée par les sondeurs n’a pas la précision des nouveaux appareils digitaux. Une enquête d’opinion dépend de divers facteurs, dont la prise en compte varie selon les techniques et procédures utilisées.

L’idéal serait que l’échantillon défini corresponde exactement à l’univers concerné. Il serait aussi que chaque réponse soit à la fois sincère et assurée: la personne questionnée dit effectivement ce qu’elle pense; et ce qu’elle dit, elle l’exprime ensuite dans l’urne.

Or, les sondeurs savent depuis longtemps que des gens taisent leurs inclinations pour certains candidats, partis ou projets, stigmatisés à tort ou à raison par la majorité des médias. Ils essayent de corriger les distorsions, sans toujours y parvenir.

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14/11/2016

Les médias, cible à découvert

Cela n’a pas manqué. Aussitôt connu le résultat de l’élection présidentielle américaine, les snipers du nouveau populisme ont rempli les chargeurs*. La cible s’offre, désarmée, en plein champ de tir. La cible?

Là-bas, ce sont les grands médias proches des élites. D’emblée portés par un courant critique envers Donald Trump. Des quotidiens de renom comme le New York Times ou le Washington Post, qui se sont illustrés pourtant dans le passé par leur indépendance et leur courage: la publication des Papiers du Pentagone, à l’époque de la guerre du Vietnam; l’enquête sur le Watergate, qui poussa le président Richard Nixon à la démission.  Les principales chaînes nationales de télévision aussi. Dans leur sillage, deux cent journaux ont soutenu Hillary Clinton, six seulement le futur vainqueur, selon un décompte du site Politico.

Ici, ce sont en première ligne les journaux  les plus profilés en matière de politique étrangère qui sont prévenus de partialité, et la radio-télévision de service public.

 Pour expliquer la victoire de Donald Trump s’impose partout l’opposition à une mondialisation défendue par les classes supérieures de la société et une majorité des milieux intellectuels (l’establishment), escortées par le courant dominant dans les médias. Cette mondialisation est créatrice d’inégalités. Les nouveaux populistes s’en sont emparés. C’est électoralement payant.

C’est aussi un jeu auquel les médias perdent à tous les coups.

Hillary Clinton mène dans les sondages. L’explication est simple: les médias faussent le jeu démocratique, ils cherchent à influencer le scrutin par leurs informations biaisées. Ils manipulent. Trump ne s’est pas privé de recourir à de tels arguments au cours de la campagne.

Donald Trump est vainqueur. Changement de décor. L’explication est toujours aussi simple: les médias vivent en décalage par rapport à l’opinion, ils sont incapables de la sentir, et donc de l’exprimer. Ils sont mauvais. Les médias américains n’ont d’ailleurs pas tardé à faire l’aveu spontané de leurs égarements, de leur manque d’écoute. De la contamination de leurs observations des réalités américaines, surtout, par leur conviction qu’une élection du milliardaire tonitruant serait simplement impensable.

Excès de contrition?

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25/10/2016

Les forums du "Matin":vers un retour au calme

Pas simple! Pas simple du tout! Le site du Matin a pris à la fin du mois d’août la décision courageuse de faire le ménage dans ses forums. L’ opération tient en deux volets. L’inscription de tout commentateur est soumise à une gestion plus rigoureuse: chaque participant est tenu de fournir désormais des indications attestant son identité et livrant ses coordonnées (adresse électronique et numéro de téléphone mobile). La surveillance du contenu des propos mis en ligne se fait plus attentive, la modération devient plus stricte.

Affirmé dans les colonnes mêmes du journal, l’objectif de la rédaction est de parvenir à ménager aux internautes «un véritable lieu de discussion dans le respect mutuel», et non de les convier à une foire d’empoigne. «Des débats, pas du fiel», proclamait le titre.

Le médiateur n’a reçu que très peu de réactions à la mise en œuvre de la réforme. Mais le jour de l’annonce, ce message lui est parvenu: «Le Matin (…) bannit toutes les opinions dissidentes dans ses forums. La dictature de la pensée unique avance!». Par pensée unique, la précision est apportée qu’il s’agit bien du triomphe attendu du «politiquement correct». Pas du fiel peut-être, mais alors du miel. Seulement du miel?

Cet internaute primesautier aurait sans doute quelque peine à le démontrer. Et plus encore à convaincre l’auteur d’un long réquisitoire guetté par l’hyperbole et l’extrapolation, parvenu un mois plus tard: «Une simple lecture (…) vous montrera, sans équivoque, que les pollueurs d’hier sont toujours présents et que seuls leurs contradicteurs occasionnels ont été évincés.»

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11/07/2016

Accidents mortels et commentaires déplacés

Une lectrice de Monthey se dit outrée par la publication de commentaires envoyés par des internautes à la suite d’accidents mortels. Elle prend pour exemple récent la mort d’une jeune fille sur un passage protégé à Vevey, dans les premiers jours de juillet.
Un certain nombre de réactions parvenues sur le site du Matin mettent en cause, en effet, l’un ou l’autre des protagonistes, alors que les circonstances de l’accident ne sont pas encore établies et sans égard pour leurs proches.
L’information du Matin s’illustre pourtant par la plus grande sobriété. Le journal, dans sa version papier comme sur le Web, observe les normes déontologiques. Celles-ci recommandent de peser avec soin le droit du public à être informé et les intérêts des victimes et des personnes concernées.
Des quelque soixante commentaires figurant en ligne deux jours après l’accident, quelques-uns sont déplacés, ou même stupides. Ils ne paraissent pas dépasser pour autant les limites ordinairement admise dans le courrier des lecteurs et sur les forums. Selon une directive de la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes, les lecteurs et internautes se voient accorder la liberté d’expression la plus large possible. Il faut une violation manifeste des normes de la déontologie journalistique pour qu’un commentaire soit écarté. Il appartient au modérateur d’y veiller.

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18/04/2016

Commentaires sur l'internet: excès et défaillances

L’attention requise de votre médiateur au sujet de la modération des commentaires sur les sites des journaux est permanente. Elle l’a déjà conduit à se demander s’il n’y laissait pas trop de temps et d’énergie. D’autres thèmes, plus directement liés aux pratiques journalistiques et médiatiques, paraissent plus substantiels et davantage dignes de soins. Il trouve donc un réconfort certain à la lecture d’une récente chronique de l’actuel médiateur du Monde, Franck Nouchi. Il y découvre, à l’identique, l’ensemble des questions que pose depuis dix ans le développement de cette forme d’interactivité sur l’internet.

Le médiateur des titres de Tamedia n’est donc pas le seul à recevoir de nombreuses réclamations concernant la modération des commentaires. Pas le seul à faire face à des accusations de laxisme, pour ne pas dire de complicité, lorsque paraissent des propos jugés inadmissibles. Pas le seul, à l’inverse,  à devoir répondre d’une prétendue censure imposée  à certains participants aux forums de discussion. Pas le seul enfin à fournir des explications à des lecteurs critiques, qui s’interrogent sur le fonctionnement du dispositif de régulation.

Ces aspects sont régulièrement abordés dans des correspondances particulières, en réponse à des réclamations. Ils l’ont été plus d’une fois sur la Page du médiateur. Ils le sont en début d’année, depuis que les rédactions des quotidiens de Tamedia (24 heures, Tribune de Genève, Le Matin) ont choisi de confier la modération à une société française spécialisée, Netino. Ils sont alors référés aux données de l’exercice écoulé, consignées dans un rapport.

Or il se trouve que cette même société modère les commentaires des lecteurs de plusieurs titres de presse français, dont les divers supports du Monde.fr. Il existe cependant de notables différences quant au champ de la modération.

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08/01/2016

Haro sur le politiquement correct

Le «politiquement correct» a mauvaise presse. Il est perçu comme un obstacle à la liberté d’expression. Il est donné le plus souvent comme une valeur «de gauche» face à une droite qui cultiverait son franc-parler.

L’expression est née aux Etats-Unis. Elle a commencé par définir un discours conforme à une ligne de pensée. A sa manière, le discours marxiste se devait de l’être. Le qualifier de politiquement correct revenait à reconnaître son orthodoxie, que ce soit pour l’en louer ou pour s’en moquer.

Le sens s’est infléchi au cours des années 1980. La formule s’est étendue au gré de son usage dans les campus universitaires, suivant de nouveaux champs d’études sur la condition féminine (women’s studies) ou sur la communauté noire (african-american’s studies). Son développement s’est fondé en particulier sur la dénonciation du «discours de haine» (hate speach) dont sont victimes certaines personnes ou groupes sociaux. Une dénonciation qui se retrouve aujourd’hui à propos des commentaires déposés sur les espaces de discussion ménagés sur l’internet.

Marion Rousset relit cette histoire des origines dans un excellent dossier paru dans un supplément «Culture & idées» du Monde (23 mai 2105). Elle cite le sociologue Eric Fassin : «Le mot nigger était l’un des exemples de ces discours de haine, cela a toujours été une insulte. Quand une minorité est stigmatisée, son nom finit toujours par être dévalorisé».

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