01/07/2020

Le coronavirus aggrave la crise du savoir

Ah, bon? Aux presque dernières nouvelles, le rebond du coronavirus constaté à Pékin serait dû à une variante de souche européenne, plus ancienne que le virus qui continue de circuler ici. Selon des chercheurs chinois plutôt prudents, faut-il préciser. Voilà. Tout est dit. Mieux vaut s’en tenir là pour l’instant.

La démarche scientifique suppose la formulation d’hypothèses. Elle implique que ces hypothèses soient vérifiées, étayées. Elles ne le sont pas toutes. Plusieurs sont assez vite abandonnées. Bien que consolidées, et précisément parce qu’elles le sont, d’autres restent exposées à des réfutations. La démarche scientifique est par nature jalonnée d’erreurs. L’erreur fait partie de la recherche de la vérité.

L’inquiétude latente expose à la tentation de se jeter sans précaution sur la dernière hypothèse qui passe. De l’adopter ou de la rejeter, par préjugé, inclination ou simple goût de se distinguer de l’opinion dominante.

À ce jour, l’origine exacte de la pandémie n’est pas sûrement établie. Personne n’a oublié les premières hypothèses. D’abord, la fréquentation d’un marché de la ville de Wuhan, en Chine, exposant les marchands et les chalands à un contact avec certains animaux vivants ou morts, chauve-souris, pangolin ou autre. Ensuite, l’existence d’un important laboratoire de recherche dans cette même ville, d’où le virus se serait échappé.

Après deux mois de confinement en Suisse, ces hypothèses-là restaient les plus convaincantes: 62% des personnes questionnées estimaient que le virus s’est propagé de l’animal à l’homme, 30% qu’il provient d’un laboratoire, les deux réponses n’étant pas incompatibles (sondage Tamedia). Il y en eut d’autres: de l’élevage industriel d’animaux à l’imposition de la norme de téléphonie mobile 5G.

Les incertitudes tenaces entraînent la multiplication des hypothèses. Cela stimule les esprits. La curiosité est le propre de l’homme, autant que le rire. L’esprit critique est un bon outil pour comprendre le monde. Tant la première que le second se situent accessoirement au fondement de la démarche journalistique.

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01/06/2020

Experts en chœur antique, médias en moutons bêlants, vraiment?

Les médias romands ont-ils suivi le Conseil fédéral comme des moutons? Un aspect a focalisé l’attention: la place accordée aux experts scientifiques et médicaux convoqués pendant la crise du coronavirus.

Une étudiante de l’Académie du journalisme et des médias de l’Université de Neuchâtel s’interroge sur «le manque de variété des experts scientifiques interviewés». Pourquoi donc, sous réserve d’inventaire, cette impression laissée par les médias d’uniformité, sinon de conformité?

Le recours à des experts est fréquent dans le journalisme dès que l'actualité sort du champ de l'information politique et générale. La science et la médecine comptent parmi les domaines les plus concernés. Il suppose l’identification de personnes indépendantes, fiables et compétentes, en dehors des spécialistes en service commandé, médecins cantonaux ou fonctionnaires des divers offices de la santé publique.

Des considérations pratiques entrent en jeu. Il existe d'abord des scientifiques qui «passent bien» à l'antenne, alors que d'autres, non moins compétents, ont davantage de peine à vulgariser leurs connaissances. Ce sont les premiers que l’on rappelle et qui deviennent bientôt des familiers du public.

Certains spécialistes sont privilégiés aussi parce qu’ils se trouvent à portée des studios de télévision ou de radio: ils vivent ou travaillent à Genève et à Lausanne. Ou d’autres – ce sont ici les mêmes! – parce qu’ils représentent des institutions très importantes, en l'occurrence les HUG ou le CHUV. La RTS, pour ne parler que d’elle, a produit pourtant un effort méritoire pour s'écarter de l'Arc lémanique. 

L’appel à des experts s'inscrit dans le devoir fondamental du journaliste de rechercher la vérité. Rechercher la vérité? À l’émergence de notre Covid-19 personne ne pouvait prétendre à des connaissances sûres.

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03/05/2018

La navigation compliquée du journalisme scientifique

Comment parler de la science dans les médias ? Le magazine des journalistes Edito fait de la question le thème principal de sa dernière livraison. Pas simple.

La page de couverture donne le ton. On y voit un journaliste perplexe devant son ordinateur portable et trois personnages en blouse blanche soufflant dans son dos ces deux messages : « Vous avez bien compris ce que vous devez écrire ? » et « N’oubliez pas pour qui vous travaillez ! »

Le journalisme scientifique a mis du temps à s’ouvrir une voie dans les médias généralistes. Les débuts spectaculaires de la conquête spatiale, dans les années 1960, ont largement contribué à éveiller l’intérêt du grand public.

La voie n’est pas assurée. Comme le relève un journaliste spécialisé, Olivier Dessibourg, une information scientifique régulière apparaît encore comme une élégance : c’est bien d’en avoir (« nice to have »).

Les médias vivent actuellement des temps difficiles. Les journalistes scientifiques ne sont pas les mieux protégés. Le magazine Edito signale pourtant une exception : l’ATS, l’agence de presse nationale, licencie, et pourtant sa rubrique scientifique n’est pas affectée. Elle se renforce même. La raison ? Ce n’est pas l’ATS qui paie. L’information scientifique de l’agence est soutenue par la Conférence des recteurs des universités suisses (swissuniversities), rejointe en 2016 par les Ecoles polytechniques et la Fonds national suisse.

Le recours à des soutiens extérieurs comme panacée ? Un microbiologiste devenu journaliste, Beat Glogger, a mené déjà plusieurs expériences en Suisse alémanique. Deux fondations ont financé pendant sept ans la parution d’une double page hebdomadaire dans 20 Minuten. Glogger a lancé au début de cette année la plate-forme higgs.ch, soutenue par la fondation Gebert Rüf. L’aventure continue.

Soutiens financiers extérieurs donc. Pour quelle assurance d’indépendance ? Cela dépend évidemment des partenaires. Dans les cas cités, toutes les garanties semblent effectivement offertes par des institutions publiques comme les universités ou des fondations.

L’affaire n’est pas moins complexe lorsque le soutien se traduit par un apport de compétences. Le monde scientifique est peuplé de chercheurs qui ont intérêt à ce que les médias parlent d’eux.

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